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Éa­li­sée par Willy De­cker et Wolf­gang Guss­mann pour Franc­fort, en 20052006, cette pro­duc­tion a beau­coup voya­gé, à Rome no­tam­ment ( voir O. M. n° 104 p. 69 de mars 2015). Re­prise à Bar­ce­lone par Ste­fan Hein­richs, tout y semble écrit dès les pre­miers ac­cords

OPERA MAGAZINE - - IN MEMORIAM -

King Ar­thur est un drôle d’ou­vrage. En 2008, au Fes­ti­val de Ra­dio France et Mont­pel­lier, les hu­mo­ristes Shir­ley et Di­no ( Co­rinne et Gilles Be­ni­zio) avaient choi­si la franche ri­go­lade pour uni­fier cette pièce, dans la­quelle les dia­logues par­lés de John Dry­den prennent ré­gu­liè­re­ment le pas sur la musique de Pur­cell. Un « se­mi-opé­ra », en somme, que Sven-eric Bech­tolf et Ju­lian Crouch ré­ac­tua­lisent en pre­nant le point de vue d’un en­fant, en pleine Se­conde Guerre mon­diale. Ce pro­cé­dé, pour ar­ti­fi­ciel qu’il puisse pa­raître, fonc­tionne ad­mi­ra­ble­ment bien : la geste ar­thu­rienne est ra­con­tée ici, par les différents membres de la fa­mille, à un pe­tit gar­çon qui a per­du son père, avec un sens du mer­veilleux qui n’ex­clut pas l’iro­nie, no­tam­ment en ce qui concerne la charge pa­trio­tique du li­vret. Les dé­cors, cos­tumes et trou­vailles vi­suelles sont rien moins que ren­ver­sants : tru­quages à l’an­cienne (ma­rion­nettes, mer agi­tée par des ac­ces­soi­ristes, pa­piers peints) et mo­dernes ( vi­déos et lu­mières en­chan­te­resses) par­ti­cipent à la fée­rie. Et si le spectacle est trop long, la faute à vou­loir trop em­bras­ser la di­ver­si­té de la pièce ori­gi­nelle, il reste un mo­dèle d’ap­pro­pria­tion res­pec­tueuse de l’oeuvre. S’il ne nous ap­par­tient pas de ju­ger de la per­for­mance des co­mé­diens, tous cé­lèbres ou­treR­hin (Mi­chael Rot­schopf en Ar­thur, HansMi­chael Reh­berg en Mer­lin...), d’au­tant que le Staat­so­per choi­sit de ne sur­ti­trer au­cun de leurs échanges en al­le­mand, Anett Fritsch et Ro­bin Jo­hann­sen se dé­tachent ma­gni­fique- ment de l’équipe vo­cale – celle-ci chan­tant en an­glais ; la pre­mière, avec son so­pra­no riche- ment tim­bré, et la se­conde, avec son sens de la ligne vo­cale. Mais c’est dans la fosse que ré­side le vé­ri­table hé­ros de la soi­rée. En ef­fet, l’aka­de­mie für Alte Mu­sik Ber­lin trouve, avec Re­né Ja­cobs, un chef va­riant à foi­son les at­mo­sphères. La sé­lec­tion mu­si­cale est, par ailleurs, fi­ne­ment pen­sée : aux nu­mé­ros de la par­ti­tion qui nous sont res­tés, sont ajou­tés les né­ces­saires ana­chro­nismes à la ré­ac­tua­li­sa­tion vou­lue par les met­teurs en scène, ain­si que d’autres par­ti­tions pur­cel­liennes, qui servent de tran­si­tion aux pas­sages par­lés. Le cé­lèbre air du Gé­nie du Froid (« What po­wer art thou ») ré­sume l’es­prit du spectacle : cris­tal­lin, mais em­por­té par une fougue tran­quille­ment abra­sive.

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