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’ Opé­ra de Monte- Car­lo re­pre­nait la pro­duc­tion mise en scène par Ar­naud Ber­nard, créée à Lau­sanne, en 2014 ( voir O. M. n° 100 p. 42 de no­vembre), d’une grande beau­té plas­tique, ja­mais ico­no­claste et très sen­sible à la sin­gu­la­ri­té de l‘ou­vrage. Et, tout

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

Après Re­naud Dou­cet, à Inns­bruck, qui trans­po­sait l’in­trigue d’il ma­tri­mo­nio se­gre­to dans un pou­lailler ( voir O. M. n° 121 p. 43 d’oc­tobre 2016), voi­là que Cor­du­la Däu­per, à Nan­cy, en­ferme les fi­gures du pé­tillant ma­ri­vau­dage de Ci­ma­ro­sa dans une mai­son de pou­pée aux cou­leurs cr iardes. Ou­tra­geu­se­ment ha­billés et ma­quillés, les per­son­nages de cette co­mé­die grin­çante perdent, bien évi­dem­ment, en es­prit et en pro­vo­ca­tion ce qu’ils gagnent en ex­cès et en ca­ri­ca­ture. Ca­ro­li­na, la soeur se­crè­te­ment ma­riée d’eli­set­ta, res­semble à si mé­prendre à la jeune Baby Jane, dans le film What Ever Hap­pe­ned to Baby Jane ? de Ro­bert Al­drich (1962), avec Bette Da­vis et Joan Craw­ford. Dans le feu de l’ac­tion, elle n’hé­site pas à évo­quer l’olym­pia nym­pho­mane des Contes d’hoff­mann re­vus par Ro­bert Car­sen, à l’opé­ra Bas­tille, en sou­le­vant sa robe et en consom­mant des concombres dans l’in­ti­mi­té de sa cham­brette. Chaque membre de son en­tou­rage est af­fu­blé d’une tare ou d’un fan­tasme cen­sés faire rire le pu­blic. Fi­dal­ma par­tage ain­si ses nuits avec un ours en pe­luche géant, le Comte Ro­bin­son dort sur un che­val à bas­cule, tan­dis que Pao­li­no, cu­lotte courte et chaus­settes orange, oc­cupe une sou­pente où Ca­ro­li­na vient le re­trou­ver pour quelques ga­li­pettes, au nez et à la barbe de Ge­ro­ni­mo. Certes, la mai­son de pou­pée, qui oc­cupe tout l’es­pace et tourne sur elle-même pour mon­trer aux spec­ta­teurs ses dif­fé­rentes pièces, consti­tue une amu­sante réa­li­sa­tion. Mais cette lec­ture égrillarde, aus­si bien ré­glée soit-elle, fi­nit par las­ser. Jo­li­ment di­ri­gée par Sa­scha Goet­zel, à la tête d’un Or­chestre Sym­pho­nique et Ly­rique de Nan­cy aux so­no­ri­tés dé­grais­sées, la par­ti­tion avance sans ac­croc, sur un tem­po alerte. Les chan­teurs, qui veillent à ce que le rythme de la re­pré­sen­ta­tion ne se re­lâche ja­mais, forment une dis­tri­bu­tion glo­ba­le­ment ho­no­rable. Ric­car­do No­va­ro campe ain­si un sa­vou­reux Comte Ro­bin­son, à la voix fine et en­jouée, doux dingue bien dé­ci­dé à prendre femme sans pour au­tant se rui­ner, face au Ge­ro­ni­mo to­ta­le­ment dé­pas­sé par les évé­ne­ments de Do­na­to Di Ste­fa­no, à l’ins­tru­ment néan­moins éli­mé. Cor­ne­lia On­cioiu ne re­cule de­vant au­cun jeu de scène, aus­si dou­teux soit-il, mais ap­porte à Fi­dal­ma un timbre cor­sé. Ma­ria Sa­vas­ta­no est une Eli­set­ta sur­vol­tée, évo­luant sans dif­fi­cul­té dans une tes­si­ture acro­ba­tique et réus­sis­sant à im­po­ser sa forte pré­sence, mal­gré d’af­freux cos­tumes. Peu de re­proches à adres­ser à la Ca­ro­li­na de Li­lian Fa­ra­ha­ni, amu­sante en pou­pée dé­ver­gon­dée et tech­ni­que­ment sûre, même si son ex­pres­sion de­meure trop uni­forme. Son jeune époux est in­car­né par Ani­cio Zor­zi Gius­ti­nia­ni, adroit dans les ré­ci­ta­tifs, mais à la vé­lo­ci­té vo­cale as­sez li­mi­tée.

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