L

’Opé­ra de Tours a l’ex­cel­lente idée de re­prendre la mise en scène très clas­sique de Lak­mé, si­gnée Paul- Émile Four­ny, co­pro­duite par Bonn et Metz, où elle avait été chro­ni­quée dans ces co­lonnes, en no­vembre 2013 ( voir O. M. n° 91 p. 47 de jan-

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

tasmes de l’époque. Le dé­cor unique de Be­noît Du­gar­dyn pro­pose une sorte de mou­cha­ra­bieh qui ferme toute la scène, tan­dis qu’un autre de la même fac­ture, dé­ve­lop­pé à son in­té­rieur, se ploie et se dé­ploie, pour dé­ter­mi­ner les différents lieux de l’ac­tion, le tout agré­men­té par de très rares ac­ces­soires : pas de coupe d’ivoire, ni de fleur vé­né­neuse, notre ima­gi­na­tion doit y sup­pléer. Jo­die De­vos, nou­velle va­leur mon­tante du monde ly­rique, est une dé­li­cieuse Lak­mé. Elle marie jo­liesse du timbre, sou­plesse dans les vo­ca­lises, et sur­tout, on com­prend cha­cun des mots qu’elle chante ! Char­mante à re­gar­der, sa pe­tite taille des­sine à mer­veille une femme en­fant, et pour­tant fa­tale. Ju­lien Dran était an­non­cé souf­frant, ce­la ne s’ e n t e n d g u è re ; à p a r t quelques ai­gus va­gue­ment ti­rés, il est par­fait, en­dos­sant à nou­veau le cos­tume du gendre idéal. En Ni­la­kan­tha, Vincent Le Texier n’a plus beau­coup de voix. Il lui reste l’ex­pé­rience, et l’au­to­ri­té. Ce n’est pas suf­fi­sant. Ma­j­dou­line Zé­ra­ri, qui porte avec or­gueil un pe­tit ventre an­non­çant un heu­reux évé­ne­ment, marie idéa­le­ment son timbre à ce­lui de Jo­die De­vos dans le fa­meux duo « des fleurs » . Guillaume An­drieux est un Frédéric très v i v a n t , t a n d i s q u e Ca r l Gha­za­ros­sian des­sine un Had­ji par­ti­cu­liè­re­ment élé­gant. En­fin, la sup­pres­sion de la plu­part des dia­logues par­lés ré­duit les per­son­nages des trois An­glaises à de simples sil­houettes. On a connu l’or­chestre Sym­pho­nique Ré­gion Centre- Val de Loire/ Tours dans un plus jo­li son. Sous la ba­guette de Ben­ja­min Pionnier, son di­rec­teur mu­si­cal, il ne dé­mé­rite pour­tant pas, dans une in­ter­pré­ta­tion évi­tant toute ten­ta­tion de kitsch ou de lar­moyance.

Pour Ca­lix­to Biei­to, le thème prin­ci­pal de Tannhäu­ser est le dé­sir. L’op­po­si­tion entre amour char­nel et spi­ri­tuel, la di­men­sion re­li­gieuse qui en dé­coule, n’in­té­ressent guère le met­teur en scène es­pa­gnol. Il pré­fère se concen­trer sur la force de l’éros et la ré­pres­sion que lui in­fligent les so­cié­tés hu­maines. Le­ve­nus­berg est un obs­cur amas de brous­sailles, d’où émergent des arbres ren­ver­sés et en per­pé­tuel mou­ve­ment. Point de va­peurs roses, ni de lueurs cré­pus­cu­laires, point de nymphes, ni de si­rènes, point de faunes, ni de sa­tyres... bref, point de « Bac­cha­nale ». Ve­nus, en pe­tite te­nue noire, n’en ma­ni­feste pas moins d’in­con­trô­lables en­vies de sexe, se frot­tant contre les troncs d’arbres et im­po­sant àtannhäu­ser des pra­tiques on ne peut plus ex­pli­cites. La­wart­burg prend en­suite la forme d’un grand cube di­vi­sé en trois par­ties, bai­gnant dans une lu­mière blanche asep­ti­sée. Des gens d’au­jourd’hui y co­existent, for­mant une so­cié­té fer­mée et hy­po­crite. Elle est do­mi­née par la gent mas­cu­line qui, d’un cô­té, étouffe les émo­tions et, de l’autre, se dé­foule en mo­les­tant les femmes. Eli­sa­beth en est la pre­mière vic­time, mais une vic­time sin­gu­liè­re­ment pug­nace et pro­vo­cante. Ha­billée qua­si­ment com­me­ve­nus, la fian­cée de Tannhäu­ser laisse à pen­ser que, pour Ca­lix­to Biei­to, les deux hé­roïnes, comme le Ve­nus­berg et la Wart­burg, ne sont, en dé­fi­ni­tive, que les deux faces d’une même mé­daille. L’acte III confirme cette im­pres­sion. On y re­trouve le cube du II, cette fois dis­po­sé légèrement en dia­go­nale, par­tiel­le­ment en­va­hi par les brous­sailles du I et plon­gé dans une de­mi-obs­cu­ri­té. Wol­fram, ob­sé­dé par son en­vie de pos­sé­der phy­si­que­ment Eli­sa­beth, s’en­fonce dans la fo­lie et tente d’étran­gler l’ob­jet de son dé­sir. Dans pa­reil contexte, le sau­ve­tage de l’âme de Tannhäu­ser par le sa­cri­fice d’eli­sa­beth n’a plus de sens. D’où un ta­bleau fi­nal où les pè­le­rins, jusque-là can­ton­nés dans les cou­lisses ou sur les cô­tés, en­va­hissent le pla­teau et s’avancent vers le pu­blic, comme pour ob­te­nir une ré­demp­tion de toute ma­nière im­pos­sible. Ce der­nier acte est sans doute le plus convain­cant du spectacle, à condi­tion d’ou­blier le chan­ge­ment ra­di­cal de pers­pec­tive im­po­sé par le met­teur en scène. Les deux pre­miers, en ef­fet, souffrent d’une réa­li­sa­tion un peu ban­cale. Mu­si­ca­le­ment, on re­tient d’abord la ma­gni­fique di­rec­tion, lim­pide dans ses co­lo­ris et dé­pour­vue de toute em­phase, du chef is­raé­lien Omer Meir Well­ber, en par­faite os­mose avec la dé­marche de Ca­lix­to Biei­to. Dom­mage que l’or­chestre du Tea­tro La Fe­nice, pré­cis et concen­tré sur sa tâche, ait été pri­vé de har­piste, le soir où nous étions. Faute de rem­pla­çant, on a dû lui sub­sti­tuer un pia­niste, avec un ré­sul­tat pour le moins dé­rou­tant. For­fait après la pre­mière, Ste­fan­vinke a lais­sé le rôle-titre à Paul Mc­na­ma­ra. Les moyens du té-

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.