S COMPTES REN­DUS En concert

Ous la thé­ma­tique « Voyage en musique », Lu­do­vic Té­zier et la pia­niste Thuy Anh Vuong nous convient à les ac­com­pa­gner, de­puis le Pa­lais Gar­nier, sur les routes du lied ro­man­tique al­le­mand, en pre­mière par­tie de soi­rée, avant de pour­suivre, après l’en­tract

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

Na­tio­nal de France vit l’une de ses grandes soi­rées ? Le mer­veilleux « En­tr’acte » du troi­sième acte, si bien res­pi­ré dans la duc­ti­li­té du so­lo de flûte, ne se lais­se­ra pas ou­blier. Le Choeur et la Maî­trise de Ra­dio France, dont tous les mots sont in­tel­li­gibles, s’im­pliquent comme ja­mais dans l’ac­tion. Les « pe­tits sol­dats » ont toutes rai­sons de mar­cher « la tête haute », car ce concert n’est pas un simple « concert bou­gé » : tout l’es­pace est uti­li­sé par Laurent Del­vert. At­tri­buer le rôle de Car­men à Marie-ni­cole Le­mieux pou­vait ap­pe­ler la per­plexi­té, après Azu­ce­na et Mrs. Qui­ck­ly. La pre­mière phrase (« Quand je vous ai­me­rai ? ») ba­laie toute ob­jec­tion dans l’évi­dence d’une pré­sence ahu­ris­sante. La voix, claire dans l’ai­gu, ne sa­cri­fie pas au poi­tri­nage ex­ces­sif. Sur­tout, l’in­tel­li­gence du texte et l’en­ga­ge­ment res­tent tou­jours stric­te­ment mu­si­caux, sans ja­mais tom­ber dans la sur­in­ter­pré­ta­tion. Mi­chael Spyres fait par­tie du pe­tit nombre de té­nors ca­pables d’as­su­mer les trois vo­ca­li­tés suc­ces­sives de Don Jo­sé : il étonne par la grâce et la lé­gè­re­té de l’émis­sion dans le duo avec Mi­caë­la, mène avec ly­risme son air « de la fleur », mo­dèle de phra­sé jus­qu’à un si bé­mol fi­lé à ra­vir, puis ré­vèle ses res­sources dra­ma­tiques au troi­sième acte et un désespoir pa­thé­tique dans la scène fi­nale. Van­ni­na San­to­ni, Mi­caë­la en jupe noire pour une fois, mais nattes tom­bantes, offre le juste contraste de la pu­re­té par sa ligne de chant, et la sû­re­té de son « Je d i s q u e r i e n n e m’épou­vante » , me­né comme une douce prière. Jean-sé­bas­tien Bou, admirable « ba­ry­ton Mar­tin », ir­rem­pla­çable Mâ­rouf, doit-il s’orien­ter vers Es­ca­mil­lo, rôle éprou­vant par ses plon­gées vers le grave ? Il en a la ligne dans le haut mé­dium et son ai­gu brille quand il faut. Fras­qui­ta et Mer­cé­dès, fu­tiles et en­jô­leuses, trouvent en Chan­tal San­ton-jef­fe­ry et Ah­li­ma Mham­di de par­faites in­ter­prètes. Dé­jà pré- sents pour une mé­mo­rable ou­ver­ture de sai­son 2009-2010 de la Sca­la, sous la ba­guette de Da­niel Ba­ren­boim, Fran­cis Dud­ziak et Ro­dolphe Briand re­nou­vellent leur duo ir­ré- sis­tible de grands ac­teurs- chan­teurs en Dan­caïre et Re­men­da­do. En­fin, les belles voix de basse de Jean Teit­gen et de ba­ry­ton de Frédéric Gon­calves com­plètent un en­ca­dre­ment mi­li­taire sans faille. Une ré­serve im­pli­que­rait de re­prendre les contro­verses mu­si­co­lo­giques sur la fi­dé­li­té tant pro­cla­mée de l’édi­tion Oe­ser : peut-on sup­por­ter la phrase « Entre nous, c’est fi­ni », à la place de « tout est fi­ni » ? Non seule­ment pour des rai­sons de me­sure (noire, croche poin­tée, double- croche, noire), mais tout au­tant pour la langue fran­çaise elle-même et pour le ton (ce­lui de Mé­ri­mée/bi­zet ne s’ap­pa­rente pas au re­gistre de la goua­lante réa­liste). C’est peu au re­gard d’une aven­ture exal­tante.

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