GUIDE dvd

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

Pa­trick Da­vin to­lère de fâ­cheuses cou­pures ; mais sa di­rec­tion ne manque ni de dy­na­misme, ni de fi­nesse. Ou­blions l’ef­froyable Des Grieux d’ales­san­dro Li­be­ra­tore. Pierre Doyen et Ro­ger Joa­kim offrent, heu­reu­se­ment, des com­po­si­tions in­tègres. An­nick Mas­sis, en­fin, n’a au­cune peine à sur­pas­ser ses par­te­naires : en dé­pit de l’atroce per­ruque blonde dont elle est af­fu­blée, elle campe une Ma­non char­mante, à la voix tendre et frui­tée, au chant ra­vis­sant. Pour elle seule, cette ver­sion s’im­pose ; mais l’édi­tion au­dio, qui pa­raît en même temps, est lar­ge­ment suf­fi­sante (2 CD Dy­na­mic CDS

&&&). Le duo Na­ta­lie 7751/ 1- 2, Des­say/ro­lan­do Villa­zon (Era­to) n’a au­cune peine à res­ter en tête de la vi­déo­gra­phie de Ma­non.

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Sans se his­ser au rang de ré­fé­rence, cer­tains en­re­gis­tre­ments, au­dio ou vi­déo, se ré­vèlent in­dis­pen­sables. Cette cap­ta­tion de la pre­mière de la pro­duc­tion de Tu­ran­dot qui inau­gu­rait, le 1er mai 2015, la pro­gram­ma­tion de la Sca­la pour l’ex­po­si­tion uni­ver­selle, est de ceux-là. Un Man­da­rin in­digne et des Mi­nistres au pe­tit pied – même si le Ping d’an­ge­lo Vec­cia s’af­firme au fil des actes – ne sau­raient faire pen­cher la ba­lance en dé­fa­veur de la dis­tri­bu­tion. D’au­tant que Car­lo Bo­si se dis­tingue des té­nors ca­co­chymes qui tirent, de­puis bien trop long­temps, Al­toum vers la ca­ri­ca­ture. Si sa basse manque de creux et de ma­tu­ri­té, Alexan­der Tsym­ba­lyuk est un Ti­mur su­per­be­ment pho­no­gé­nique. Et Ma­ria Agres­ta, dont Liù semble d’abord légèrement ex­cé­der les moyens, touche au su­blime à l’heure de sa mort, par l’al­liage fré­mis­sant, et ja­mais dé­mons­tra­tif, entre lu­mière – ces notes sus­pen­dues comme en ape­san­teur – et fra­gi­li­té. Sans doute le bronze d’alek­san­drs An­to­nen­ko, dont l’ai­gu, au vi­bra­to trop gé­né­reux, manque par­fois de li­ber­té, est- il plus uni­for­mé­ment ro­buste que prin­cier – quoi­qu’il ne né­glige ni la ligne, ni la dic­tion. Mais son Ca­laf ne connaît au­jourd’hui au­cun ri­val, en termes de for­mat et d’im­pact vo­cal. Quant à Ni­na Stemme, comme nous l’avions écrit dans notre compte ren­du d’une re­pré­sen­ta­tion ul­té­rieure ( voir O. M. n° 108 p. 59 de juillet- août 2015), elle rayonne, im­mense Tu­ran­dot, dans la li­gnée de Bir­git Nils­son. Tran­chante donc, et ce­pen­dant moins im­pa­vide que sa glo­rieuse aî­née, grâce à cette chair mag­ma­tique, et d’une éga­li­té qua­si sur­na­tu­relle sur tout l’am­bi­tus, qui, sans faire d’em­blée fondre la glace, laisse en­tre­voir, en dé­pit d’un cos­tume en­com­brant, et même as­sez ri­di­cule, la fê­lure de la princesse. Ni­ko­laus Lehn­hoff, que l’on dé­couvre, non sans émo­tion, très amai­gri au ri­deau fi­nal, quelques mois avant sa dis­pa­ri­tion, ne l’ex­ploite guère, dont la mise en scène s’en tient, par-de­là la sty­li­sa­tion des dé­cors de Rai­mund Bauer, aux poses fixées par la tra­di­tion. Mieux vaut, pour­tant, cet es­thé­tisme sou­vent gla­çant plu­tôt que les dé­lires vi­suels, fa­çon quin­caille­rie de luxe, aux­quels a don­né lieu la Chine lé­gen­daire du li­vret d’ada­mi et Si­mo­ni. Les timbres de l’or­chestre de Puc­ci­ni – puis de ce­lui de Lu­cia­no Be­rio, du­rant les quinze mi­nutes d’un fi­nale que Mi­lan en­ten­dait pour la pre­mière fois – suf­fisent à l’évo­quer, avec un raf­fi­ne­ment que la ba­guette de Ric­car­do Chailly trans­cende avec un sens qua­si ci­né­ma­to­gra­phique de la nar­ra­tion. Pour le rôle-titre et le chef, un DVD à mar­quer d’une pierre blanche.

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En 2004, la Sca­la fai­sait l’évé­ne­ment : pour sa réou­ver­ture, après près de trois ans de tra­vaux, et pour son choix de l’eu­ro­pa ri­co­nos­ciu­ta de Sa­lie­ri, l’opé­ra qui avait inau­gu­ré la salle, en août 1778, re­pris pour la pre­mière fois. Avec cette pu­bli­ca­tion tar­dive du DVD, fil­mé à la pre­mière, le 7 dé­cembre, la dé­cep­tion est d’au­tant plus forte, moins pour les réelles et nom­breuses beau­tés de l’oeuvre (dans l’acte II, sur­tout), mal­gré un li­vret confus et ter­ri­ble­ment dés­équi- li­bré, que pour la pro­duc­tion, d’une grande mé­dio­cri­té – et très mé­dio­cre­ment fil­mée par la RAI, avec ac­com­pa­gne­ment d’une pla­quette in­di­gente. Comme sou­vent dans sa fin de car­rière, Lu­ca Ron­co­ni dé­çoit, entre autres par l’ab­sence qua­si to­tale de di­rec­tion d’ac­teurs, à l’ins­tar d’un Pier Lui­gi Piz­zi que nous avons ra­re­ment vu aus­si faible, pour la pau­vre­té et la sé­che­resse de ses dé­cors géo­mé­triques et la lai­deur gé­né­rale de ses cos­tumes, le tout dans une gamme de gris et bleus ternes, mi­sé­ra­ble­ment éclai­rés. On en sau­ve­ra seule­ment le bal­let dé­me­su­ré qui clôt le pre­mier des deux actes, re­cons­ti­tué par le chef et ré­glé par Heinz Spör­li – même s’il reste bien pâle par rap­port à ce qu’on a vu ailleurs, en ma­tière d’évo­ca­tion d’époque. On se ra­bat­tra alors sur le haut ni­veau de la par­tie mu­si­cale. En pre­mier lieu, pour la di­rec­tion ar­dente et puis­sante de Ric­car­do Mu­ti, dans un des points forts de son ré­per­toire. En se­cond lieu, pour la per­for­mance admirable de Dia­na Dam­rau, tou­jours très belle à voir en Eu­ro­pa, rôle au­quel elle donne tout le re­lief pos­sible. Son grand air du II (« Ah ! lo sen­to »), où elle triomphe de vo­ca­lises et de sur­ai­gus im­pos­sibles ( plu­sieurs contre-fa, un contre-sol...), avec un in­ves­tis­se­ment et une qua­li­té per­son­nelle de jeu qui font ou­blier le la­men­table dra­pé de son cos­tume, est un mo­ment d’an­tho­lo­gie qu’il faut connaitre. Ge­nia Küh­meier est en­core moins bien trai­tée dans un tra­ves­ti peu cré­dible, mais la maî­trise du rôle est égale, comme en­core celle de Da­nie­la Bar­cel­lo­na, en très bonne voix. Dé­si­rée Ran­ca­tore, en re­vanche, son vi­sage de pou­pée cris­pé sur ses vo­ca­lises et avec un jeu de mains aus­si in­si­gni­fiant qu’ir­ri­tant, n’a pas la di­men­sion vo­cale et scé­nique du per­son­nage de Se­mele, tan­dis que le té­nor Giu­seppe Sab­ba­ti­ni as­sume cor­rec­te­ment sa mis­sion, sans plus. Un CD au­dio au­rait été bien pré­fé­rable !

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