En­fin Ben­ve­nu­to !

OPERA MAGAZINE - - FRANCE -

L’Opé­ra de Pa­ris frappe fort pour inau­gu­rer sa sai­son : il nous pro­pose la rare ver­sion en fran­çais et en cinq actes de Don Car­los, confiée à Phi­lippe Jor­dan et Kr­zysz­tof War­li­kows­ki, avec une dis­tri­bu­tion al­lé­chante puis­qu’elle an­nonce Jo­nas Kauf­mann dans le rôle-titre (en al­ter­nance avec Pa­vel Cer­noch), Ludovic Té­zier en Po­sa, mais aus­si deux Eli­sa­beth ( dont So­nya Yon­che­va) et deux Ebo­li (dont Eli­na Ga­ran­ca), sans ou­blier le Thi­bault d’ève-maud Hu­beaux ( Don Carlo, en ita­lien donc, est an­non­cé pour 2019). Peu de chan­teurs fran­co­phones, mais, ne fût-ce que pour la par­ti­tion, un spec­tacle qui vau­dra le dé­tour et qu'on pour­ra com­pa­rer au Don Car­los qu'af­fi­che­ra éga­le­ment, au prin­temps, l'opé­ra de Lyon. On no­te­ra qu’in­go Metz­ma­cher di­ri­ge­ra pour sa part un autre spec­tacle de War­li­kows­ki : le dip­tyque réunis­sant la pé­nible Voix hu­maine de Pou­lenc (même par Bar­ba­ra Han­ni­gan) et le flam­boyant Châ­teau de Barbe-bleue de Bar­tok. Puis­qu’il a été ques­tion de Ver­di, on no­te­ra que Bryn Ter­fel se­ra Fal­staff (et Ju­lie Fuchs, Na­net­ta) dans la re­prise de la mise en scène de Do­mi­nique Pi­toi­set, et qu’an­ja Har­te­ros et Son­dra Rad­va­novs­ky al­ter­ne­ront dans le rôle d’ame­lia du Bal­lo in ma­sche­ra vu par Gil­bert De­flo. Quant à La Tra­via­ta ( dans la re­prise de la mise en scène de Be­noît Jac­quot), elle fe­ra al­ter­ner Ma­ri­na Re­be­ka et An­na Ne­treb­ko, avec deux Ger­mont père dont, vous l’avez de­vi­né, Pla­ci­do Do­min­go. Et si vous ai­mez Ro­ber­to Ala­gna, sa­chez qu’il n’est pro­gram­mé que dans deux re­pré­sen­ta­tions du Tro­va­tore, à la fin de la sai­son. Avec Don Car­los, l’un des titres- phares de la sai­son est Ben­ve­nu­to Cel­li­ni, absent de l’opé­ra de Pa­ris de­puis un quart de siècle. Oui mais voi­là, on s’est pa­res­seu­se­ment conten­té de re­prendre le spec­tacle de Ter­ry Gilliam, sym­pa­thique mais plus brouillon qu’ha­bi­té par la folie, dé­jà vu à l’en­glish Na­tio­nal Ope­ra, à Bar­ce­lone et à Am­ster­dam. On au­rait ai­mé une nouvelle mise en scène, car le cycle Ber­lioz ima­gi­né par Sté­phane Liss­ner a quelque chose de boi­teux : après une Dam­na­tion de Faust ca­la­mi­teuse (mal­gré Jo­nas Kauf­mann) en 2015, Béa­trice et Bé­né­dict a sau­vé les meubles en 2017 (pour une seule soi­rée, dans une ver­sion mise en es­pace), mais Ber­lioz ne semble pas être de ceux aux­quels on offre le meilleur. La dis­tri­bu­tion de Ben­ve­nu­to, ain­si, n’est guère fran­co­phone ( Mi­chèle Lo­sier est tou­te­fois As­ca­nio), mais on peut néan­moins es­pé­rer que John Os­born fe­ra des mer­veilles, et on prie pour que Phi­lippe Jor­dan re­nou­velle la bonne surprise qu'il nous a ré­ser­vée avec Béa­trice. Au sein de la ver­sion en deux actes an­non­cée, qui le conseille­ra tou­te­fois pour les nom­breux mi­cro-choix qu'il faut né­ces­sai­re­ment faire au sein de la par­ti­tion ? Pre­nons Wa­gner, main­te­nant : il a droit, lui, à tous les égards, avec un nou­veau Par­si­fal mis en scène par Ri­chard Jones et une dis­tri­bu­tion très soi­gnée : An­ja Kampe (Kun­dry), Pe­ter­mat­tei(am­for­tas), Ev­ge­ny­ni­ki­tin(kling­sor).

De la mai­son des morts au royaume des morts

Il y a bien des an­nées, l’opé­ra de Pa­ris avait confié à Jorge La­vel­li le soin de mon­ter Di e lu s t i g e Wi tw e ; Ka r i t a Ma tt i l a e t Bo Skov­hus, dans nos sou­ve­nirs, fai­saient par­tie de la dis­tri­bu­tion. Le ré­sul­tat : un spec­tacle ma­gni­fique, qui nous re­vient au dé­but de cette nouvelle sai­son sous la double di­rec­tion mu­si­cale de Ja­kub Hru­sa et Ma­rius Stie­ghorst, avec Véronique Gens dans le rôle d’han­na Gla­wa­ri, Tho­mas Hamp­son en Da­ni­lo, et même Jo­sé Van Dam (Mir­ko Ze­ta) et Sieg­fried Je­ru­sa­lem (Nje­gus) ! On ne man­que­ra pas cette Veuve joyeuse, même si elle est hé­las dé­pla­cée à la Bas­tille, de même qu’on re­vien­dra au Co­si fan tutte mis en scène et en danse par An­na Te­re­sa de Keers­mae­ker pour quelques voix ins­crites à l’af­fiche ( Jac­que­lyn Wa­gner et Ida Falk Win­land, Mi­chèle Lo­sier, Cy­rille Du­bois). Et puis­qu’il est ques­tion cette fois de Mo­zart, on ira ap­plau­dir Mi­chael Spyres dans La cle­men­za di Tito, qui fe­ra face au Ses­to de Ma­rianne Cre­bas­sa (qui al­ter­ne­ra avec Sté­pha­nie d’ous­trac). De la mai­son des morts est an­non­cé comme une nouvelle pro­duc­tion, mais le fait que la mise en scène soit si­gnée Pa­trice Ché­reau

in­dique bien qu’il s’agit d’une nouvelle pro­duc­tion in si­tu (le spec­tacle a vu le jour en 2007 aux Wie­ner Fest­wo­chen). Esa- Pek­ka Sa­lo­nen de­vrait don­ner toute sa den­si­té à cette mu­sique âpre et exi­geante. L’art de la mise en scène est éphé­mère, et si l’on veut gar­der un sou­ve­nir pré­cis des spec­tacles de Ché­reau (au­quel l’opé­ra consa­cre­ra une ex­po­si­tion du 18 no­vembre au 3 mars), on ne man­que­ra pas ce­lui- ci, tout comme il est pos­sible de re­voir Elek­tra au Met. Claus Guth pro­po­se­ra une nouvelle Bo­hème (in­dé­mo­dable par­ti­tion !) que di­ri­ge­ront en al­ter­nance Gus­ta­vo Du­da­mel et Ma­nuel Lo­pez-go­mez, mais aus­si un nou­veau Jeph­ta em­me­né William Ch­ris­tie, avec no­tam­ment Ia n Bo st r i d g e, Ma ri e - Ni co l e Le m i e u x et Ka­the­rine Wat­son. La mise en scène de Pel­léas par Ro­bert­wil­son est bien belle, mais la voir à la Bas­tille a quelque chose de gla­çant. De même le dip­tyque réunis­sant L’heure es­pa­gnole et Gian­ni

Schic­chi, que di­ri­ge­ra Maxime Pas­cal (eh oui, sans les ar­ti­fices de son Bal­con), avec une dis­tri­bu­tion très bien choi­sie réunis­sant Clé­men­tine Mar­gaine et Mi­chèle Lo­sier ( Co nc e p t i o n ) , St an i s l a s de Ba rb e y ra c (Gon­zalve), Nicolas Cour­jal étant pré­sent dans les deux ou­vrages. On no­te­ra en­core, en fin de sai­son, une pro­met­teuse nouvelle pro­duc­tion de Bo­ris

Go d o u n ov se l o n Iv o Va n Hov e , av e c en al­ter­nan­cev­la­di­mir Ju­rows­ki et Da­mian Io­rio au pu­pitre, et une dis­tri­bu­tion es­sen­tiel­le­ment russe, et un nou­veau Don Pas­quale confié à Eve­li­no Pi­do (ce qui est bien) et Da­mia­no Mi­chie­let­to (ce qui est plus dis­cu­table, sauf si le met­teur en scène évite les lieux com­muns qui émaillent son Bar­biere).

Ne reste que le son

La mu­sique de notre temps n’est pas très pré­sente à l’af­fiche (il est vrai qu’on garde un sou­ve­nir as­sez gris de Trompe-la-mort créé au prin­temps der­nier), mais le Pa­lais Gar­nier ac­cueille­ra la créa­tion fran­çaise d’on­ly the Sound

Re­mains de Kai­ja Saa­ria­ho, co-com­mande de l’opé­ra de Pa­ris avec quatre autres théâtres ly­riques. Le fi­dèle Pe­ter Sel­lars met­tra en scène cet ou­vrage ins­pi­ré de deux pièces du théâtre nô et in­ter­pré­té par deux chan­teurs de choix : Phi­lippe Ja­rouss­ky et Da­vone Tines. On peut en­core rap­pe­ler que l’or­phée de Gluck qu’avait cho­ré­gra­phié Pi­na Bausch se­ra re­pris au prin­temps sous la di­rec­tion de Tho­mas Hen­gel­brock et de Man­lio Ben­zi, avec Ma­ria Ric­car­da Wes­se­ling et Aga­ta Sch­midt dans le rôle-titre. En­fin, on no­te­ra que les chan­teurs de l’aca­dé­mie de l’opé­ra de Pa­ris se pro­dui­ront dans une nouvelle pro­duc­tion de Rei­gen de Phi­lippe Boes­mans (dans l’or­ches­tra­tion ré­duite de Fa­bri­zio Cas­sol) confiée à Ch­ris­tiane Lutz, sous la di­rec­tion de Jean De­royer.

Au pays d’elio­ga­ba­lo

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.