Soixante-dix ans plus tard

OPERA MAGAZINE - - EUROPE -

Ily a soixante-dix ans, Wal­ter Fel­sen­stein fon­dait le Ko­mische Oper de Ber­lin, et c’est Bar­rie Kos­ky, In­ten­dant und Che­fre­gis­seur du lieu, qui si­gne­ra la pre­mière des Pre­mie­ren de la sai­son : un Pel­léas et Mé­li­sande di­ri­gé par Jor­dan de Sou­za, nou­veau Ka­pell­meis­ter, avec Nad­ja Mchan­taf (Mé­li­sande), Do­mi­nik Kö­nin­ger et Jo­na­than Mcgo­vern ( Pel­léas) et Gün­ter Pa­pen­dell (Go­laud). On pas­se­ra d’al­le­monde à l’inde avec Sa­tya­gra­ha de Phi­lip Glass, opé­ra da­té de 1980, mis en scène et cho­ré­gra­phié par la forte per­son­na­li­té de Si­di Lar­bi Cher­kaoui, avec Ste­fan Ci­fo­lel­li dans le rôle de Gand­hi. Die Ge­zeich­ne­ten, qui re­viennent au pre­mier plan de­puis quelques sai­sons, au­ront droit à une mise en scène si­gnée Ca­lix­to Biei­to, Ste­fan Sol­tesz se char­geant de la di­rec­tion mu­si­cale. Une pro­messe pleine de belle vio­lence, si l’on suit les par­tis de Biei­to, car l’opé­ra de Schre­ker mé­rite d’être connu. Aus­rine Stun­dyte, Joa­chim Goltz, Mi­chael Na­gy font par­tie de la dis­tri­bu­tion, as­sez al­lé­chante. Se­mele, opé­ra plu­tôt rare de Haen­del, se­ra di­ri­gé par Kon­rad Junghä­nel et mis en scène par Lau­ra Scoz­zi, avec Ni­cole Che­va­lier dans le rôle-titre. C’est en­fin Bar­rie Kos­ky qui si­gne­ra la der­nière des Pre­mie­ren de la sai­son, Die Nase (c’est-àdire Le Nez), que di­ri­ge­ra Ga­briel Feltz. Cô­té mu­sique lé­gère, Bar­rie Kos­ky met­tra en scène Ana­te­va­ka (1964), mu­si­cal (tra­duit en al­le­mand) de Jer­ry Bock, ce­pen­dant qu’une opé­rette de Paul Abra­ham, Mär­chen in GrandHô­tel – brillant mé­lange de valses, tan­gos et jazz à la mode hon­groise, nous dit-on –, per­met­tra d’en­tendre Ta­lya Lie­ber­man et Jo­hannes Dunz. Quant au rôle- titre de Blau­bart (c’est-à-dire Barbe-bleue, en al­le­mand), il se­ra te­nu par Wolf­gang Ablin­gerS­per­rhacke. Les en­fants au­ront droit à la créa­tion de Die bre­mer Stadt­mu­si­kan­ten d’at­ti­la Ka­dri Sen­dil, com­mande du Ko­mische Oper, On ci­te­ra en­fin Ich wollt’, ich wär’ ein Huhn, soi­rée ber­li­noise (Des­sau, Weill) mise en scène par Bar­rie Kos­ky pour Anne-so­fie von Ot­ter.

Grande nouvelle ! Après sept ans de tra­vaux, le Staat­so­per de Ber­lin va quit­ter le Schil­ler Thea­ter et re­trou­ver, 275 ans après sa fon­da­tion, le théâtre Un­ter den Lin­den (« sous les tilleuls ») qui a fait son his­toire pres­ti­gieuse (c’est là, pour ne ci­ter qu’une date, que fut créé en 1821 Der Frei­schütz) et mou­ve­men­tée (le théâtre a été vic­time d’in­cen­dies en 1843 et en 1945). Pour cé­lé­brer cette ré­ou­ver­ture, Da­niel Ba­ren­boim, di­rec­teur mu­si­cal du lieu, pro­po­se­ra une ver­sion scé­nique (si­gnée Jür­gen Flimm, in­ten­dant lo­cal) des Sze­nen aus Goethes Faust. Pa­ri tou­jours ris­qué, car il s’agit là, comme on le sait, d’une oeuvre in­clas­sable que Schu­mann n’avait pas pré­vue pour la scène. Sui­vront un nou­vel Hän­sel und Gre­tel dû à Achim Freyer puis, plus cap­ti­vant, L’in­co­ro­na­zione di Pop­pea di­ri­gé par Die­go Fa­so­lis, avec Max Ema­nuel Cen­cic (Ne­rone), An na Proh as­ka(Pop­pea), Ka­tha ri na Kam­mer­lo­her (Ot­ta­via). Si l’acous­tique du théâtre res­tau­ré est pro­pice à ce type de ré­per­toire, on n’hé­si­te­ra pas à faire le voyage de Ber­lin. La liste des Pre­mie­ren se pour­sui­vra avec un Tris­tan vu par Dmitri Tcher­nia­kov, avec An­dreas Scha­ger et An­ja Kampe, et la Brangäne d’eka­te­ri­na Gu­ba­no­va, puis avec une Sa­lome due à Hans Neuen­fels, avec Aus­rine Stun­dyte dont on at­tend beau­coup en jeune prin­cesse sur­vol­tée. Le Fal­staff de Ma­rio Mar­tone se­ra sans doute de bon aloi, avec Mi­chael Volle dans le rô­le­titre et Ma­ria Agres­ta dans ce­lui d’alice, alors que le Mac­beth d’har­ry Kup­fer, ca­pable du pire comme du meilleur, de­vrait at­ti­rer tous ceux que les seuls noms de Pla­ci­do Do­min­go et An­na Ne­treb­ko suf­fisent à trans­por­ter. On au­rait ai­mé qu’un nou­vel opé­ra ac­com­pagne la ré­ou­ver­ture du Staat­so­per, mais voi­ci ve­nir en juillet Ti ve­do, ti sen­to, mi per­do du sub­til Sal­va­tore Sciar­ri­no, sous la di­rec­tion de Maxime Pas­cal. L’ou­vrage au­ra connu sa pre­mière le 14 no­vembre 2017 à la Sca­la de Mi­lan, et l’on peut par­ler d’une qua­si-créa­tion, à quelques mois de dis­tance. L’en­jeu ? Une évo­ca­tion de la vie tra­gique d’ales­san­dro Stra­del­la, sous le pa­tro­nage de Franck et de Flo­tow, avec Lau­ra Ai­kin dans le rôle de la Sän­ge­rin (« chan­teuse »).

Les tra­vaux n’étant tou­jours pas ache­vés à l’opé­ra de Co­logne, les spec­tacles conti­nuent d’avoir lieu au Staa­ten­haus, vaste lieu de foire qui a fait ses preuves, ces der­nières sai­sons. C’est là que Fran­çoisXa­vier Roth, ge­ne­ral­mu­sik­di­rek­tor de la ville, em­mè­ne­ra le nou­veau Tannhäu­ser qui se­ra mis en scène par Pa­trick Kin­month, avec Da­vid Po­me­roy dans le rôle-titre, Da­lia Scha­lech­ter en Ve­nus, Mil­jen­ko Turk en Wol­fram et, en al­ter­nance dans le rôle d’eli­sa­beth, Kris­tiane Kai­ser et Brit- Tone Mül­lertz. Sui­vront une Tra­via­ta si­gnée Ben­ja­min Schad, avec trois Vio­let­ta ( Ma­ri­na Cos­ta- Jack­son, Ole­sya Go­lov­ne­va, Vla­da Bo­rov­ko), puis, pour les fêtes, Die Fle­der­maus. Zu­za­na Mar­ko­va et Net­ta Or se­ront Ma­non sous la di­rec­tion de Claude Sch­nitz­ler, mais on se­ra plus ten­té par la pre­mière, à Co­logne, de Mo­sè in Egit­to que di­ri­ge­ra Da­vid Par­ry et que met­tra en scène Lotte de Beer, avec Ante Jer­ku­ni­ca dans le rôle-titre. On ajou­te­ra un spec­tacle plus éton­nant : le re­tour de Gli uc­cel­la­to­ri de Flo­rian Leo­pold Gass­mann (1729-1774), spec­tacle qu’on a vu, en 2015, au Thea­ter an der­wien, sous la di­rec­tion de Gian­lu­ca Ca­pua­no, qui di­ri­ge­ra aus­si Il ma­tri­mo­nio se­gre­to dans une mise en scène de Re­naud Dou­cet, avec Do­na­to di Ste­fa­no, Emi­ly Hen­drichs et Jen­ni­fer Lar­more. Mais c’est sur­tout Die Sol­da­ten qu’on ne sau­rait man­quer, sous la di­rec­tion de Fran­çoisXa­vier Roth, dans une mise en scène de Car­lus Pa­dris­sa (de La fu­ra dels baus), avec Emi­ly Hin­drichs dans le rôle éprou­vant de Ma­rie. Un nou­veau Woz­zeck, qua­rante ans plus tard ? le der­nier opé­ra ? On pour­ra ju­ger sur pièces, d’au­tant que cet opé­ra, qui exige des moyens spec­ta­cu­laires, peut trou­ver au Staa­ten­haus un lieu à sa me­sure. Et on rap­pel­le­ra que c’est à Co­logne, en 1965, que ce très puis­sant ou­vrage vit le jour sous la di­rec­tion de Mi­chael Gie­len. On no­te­ra aus­si la créa­tion de Kunst­muss (zu weit ge­hen), « do­ku­poe­tisches Ins­tru­men­tal­thea­ter » d’hel­mut Oeh­ring, avec trois chan­teuses et des voix d’en­fant, et un Kai­ser von At­lan­tis di­ri­gé par Rai­ner Mühl­bach.

C’est la foire, à So­rot­chin­tsi !

Ma­non Les­caut plai­gnant sa des­ti­née

Une his­toire d’an­ti­lope

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