ÉDI­TO

Pédale! - - Édito -

Il était ques­tion d’un ren­dez-vous un ven­dre­di de mai place du Cantin, à Lens. La date était ca­lée, un SMS de­vait tom­ber et confir­mer. Phi­lippe Gau­mont avait ra­che­té la fa­meuse fri­te­rie Sen­sass et re­bap­ti­sé le lieu Ô Dé­jeu­ner. Il était ques­tion d’un amé­ri­cain sauce sa­mou­raï, de bière belge, d’anec­dotes crues et de vie après le vé­lo. S’il avait eu le coeur à ça, on au­rait pu cau­ser do­page, ex­cès et phar­ma­co­pée. Gau­mont avait tout dit dans son livre Pri­son­nier du do­page. C’était d’une hon­nê­te­té en­vers lui-même presque dé­ran­geante. Au­cune ligne de dé­fense. Ni ex­cuses, ni re­mords. Juste le té­moi­gnage d’un homme qui avait connu tous les ex­cès, qui les avait par­fois ini­tiés et as­su­mait. Gau­mont par­lait de lui comme d’un “bran­leur”. On n’a ja­mais trop su ce que ça si­gni­fiait un bran­leur. Cer­tains oui. Phi­lippe Gau­mont était for­cé­ment “l’en­fant ter­rible du cy­clisme fran­çais”. Il avait la belle gueule de l’em­ploi pour ça, et la chronique ju­di­ciaire qui al­lait avec: pot belge, af­faire Co­fi­dis, contrôle po­si­tif à la nan­dro­lone, mau­vais gé­nie du pauvre Van­den­broucke… Mais Phi­lippe Gau­mont, c’était aus­si autre chose: ce Paris-Rou­baix où il avait ca­res­sé les pa­vés avant d’y lais­ser un fé­mur, ou cette vic­toire à Gand-We­vel­gem, en 1997. De tout ce­la, il était pré­vu de par­ler. Mais ça n’est pas ar­ri­vé: le coeur de Phi­lippe Gau­mont a fi­ni par lâ­cher le 17 mai der­nier, après plus de trois se­maines pas­sées dans le coma. Ce Pé­dale! lui est dé­dié.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.