Fo­cus ré­gion

Algarve, l’El­do­ra­do du pê­cheur fran­çais ?

Pêche en Mer - - SOMMAIRE - Texte et pho­tos de Ar­naud Filleul

Dans un ar­ticle pu­blié dans le Pêche en Mer n° 380, je pré­sen­tais mon pre­mier voyage hi­ver­nal en Algarve, en mon­trant les bars francs et mou­che­tés que j’avais cap­tu­rés dans la ria For­mo­sa, et en in­sis­tant sur la dou­ceur ex­cep­tion­nelle du cli­mat de cette ré­gion, si­tuée à la pointe sud-ouest de l’Eu­rope. Suite à cette pre­mière vi­site, j’ai eu un tel coup de foudre pour l’Algarve et pour l’éco­sys­tème in­croya­ble­ment riche de la ria, que je suis re­ve­nu plu­sieurs fois pour des sé­jours s’éta­lant sur l’au­tomne et l’hi­ver. Ain­si, entre 2015 et 2018, j’ai pas­sé un an, en temps cu­mu­lé, à pê­cher dans cet en­vi­ron­ne­ment de rêve, au mi­lieu des spa­tules et des fla­mants roses. Main­te­nant que je connais bien la ré­gion, je pense que la ques­tion se pose : l’Algarve est-il le fu­tur El­do­ra­do des pê­cheurs fran­çais, en par­ti­cu­lier des re­trai­tés ? Eh bien, voyons ce­la… Com­men­çons par un pe­tit rap­pel, pour si­tuer géo­gra­phi­que­ment l’Algarve et pour com­prendre la bio­di­ver­si­té du site. C’est la ré­gion la plus au sud du Por­tu­gal, ou­verte sur l’At­lan­tique, et fron­ta­lière de l’An­da­lou­sie. L’Algarve et l’An­da­lou­sie sont sé­pa­rées par la fin du tra­cé du Gua­dia­na, qui fait donc éga­le­ment of­fice de fron­tière entre le Por­tu­gal et l’Es­pagne. Ain­si, d’est en ouest, l’Algarve montre un pro­fil très va­rié, qui com­mence avec l’es­tuaire du Gua­dia­na, se pour­suit avec la ria For­mo­sa, puis une mul­ti­tude de plages connues pour leurs su­perbes ro­chers dé­cou­pées, et en­fin, à l’Ouest, les fa­laises de Sagres et du cap SaintVincent. C’est une ré­gion d’une fan­tas­tique ri­chesse, tant pour le na­tu­ra­liste que pour le pas­sion­né d’His­toire. Et, très im­por­tant, il y fait tou­jours beau, même l’hi­ver, qui n’existe d’ailleurs pas vrai­ment ici. On compte 300 jours de so­leil par an dans cette ré­gion et

du­rant l’hi­ver, la tem­pé­ra­ture ne des­cend guère en des­sous de 15°C en jour­née. Du coup, on pêche les pieds dans l’eau toute l’an­née ! Il au­rait été im­pos­sible de pros­pec­ter sé­rieu­se­ment l’in­té­gra­li­té de la côte pen­dant mes sé­jours sur place et je me suis fo­ca­li­sé sur ce que je consi­dère être la perle de l’Algarve : la ria For­mo­sa.

La ria, un joyau de la bio­di­ver­si­té

J’aime ex­plo­rer to­ta­le­ment les en­vi­ron­ne­ments que je pêche, en ajou­tant à l’ex­pé­rience ha­lieu­tique de nom­breuses ac­ti­vi­tés na­tu­ra­listes, comme la pêche à pied, l’ob­ser­va­tion d’oi­seaux, la re­cherche de fos­siles dans les roches sé­di­men­taires, l’in­ven­taire fau­nis­tique, etc. C’est ce que j’ai fait dans cette ria qui est un joyau de la bio­di­ver­si­té. Je rap­pelle qu’une ria n’est pas un la­gon (ce der­nier est consti­tué par des co­raux) ni une simple la­gune. C’est une zone ma­rine par­tiel­le­ment iso­lée de l’océan par des dé­pôts sé­di­men­taires ve­nant des fleuves. Ici, sur 60 ki­lo­mètres, une bande de sable sé­pare l’océan de la ria, avec ce­pen­dant des ou­ver­tures ré­gu­lières, per­met­tant aux pois­sons de ren­trer avec le flot et d’en sor­tir avec le ju­sant. Ce­la évoque une ri­vière d’eau de mer, qui longe la côte, et dont le cou­rant s’in­verse avec les ma­rées. Cet en­vi­ron­ne­ment est un éco­sys­tème à part, in­fluen­cé par l’ap­port d’eau douce, et pré­sen­tant des zones va­seuses qui per­mettent une forte aug­men­ta­tion du nombre d’es­pèces y vi­vant. Car dans le sud du Por­tu­gal, on ren­contre sur­tout d’im­menses plages sa­bleuses, avec une cer­taine ho­mo­gé­néi­té. La ria per­met de créer de nou­velles condi­tions de vie, no­tam­ment grâce à l’es­tran sa­blo-va­seux qui s’est for­mé. Les coques, pa­lourdes, et cou­teaux y abondent, tout comme les crabes et di­vers crus­ta­cés. No­tons que les crabes se re­trouvent presque sys­té­ma­ti­que­ment dans les conte­nus sto­ma­caux des bars que je cap­ture. Les gas­té­ro­podes ne sont pas en reste avec des es­pèces comme le mu­rex épi­neux ( Bo­li­nus bran­da­ris), le cym­bium ( Cym­bium ol­la) et le tri­ton à bosses ( Cha­ro­nia lam­pas), ce der­nier étant un énorme es­car­got de mer à la co­quille re­cher­chée par les col­lec­tion­neurs. No­tez éga­le­ment que vous trou­ve­rez ici toutes les es­pèces qui, dans l’An­ti­qui­té, ser­vaient à fa­bri­quer la pourpre (Cf. en­ca­dré p.77). Bien en­ten­du, une mul­ti­tude d’autres ani­maux pro­fitent de cette ria et de la nour­ri­ture qui s’y trouve. Les li­mi­coles abondent, et vous ver­rez des cour­lis, des échasses et des avo­cettes fouiller la vase juste à cô­té de vous. La dis­tance de fuite des oi­seaux est très ré­duite, car la chasse est in­ter­dite dans la ria For­mo­sa, qui est aus­si un parc na­tu­rel. Du coup, vous pou­vez fa­ci­le­ment ob­ser­ver des oi­seaux qui ne se sentent au­cu­ne­ment me­na­cés. Les plus beaux oi­seaux du site sont la spa­tule blanche, le fla­mant rose, et le bal­bu­zard­pê­cheur. Les vols de spa­tules et de fla­mants roses, dans la lu­mière du ma­tin, juste au-des­sus de la tête du pê­cheur, créent

un en­vi­ron­ne­ment pa­ra­di­siaque. Et le spec­tacle d’un bal­bu­zard­pê­cheur ve­nant sai­sir un mu­let juste de­vant les yeux du pê­cheur est in­ou­bliable.

Des gros bars sou­vent pré­sents toute l’an­née

Mais bien en­ten­du, les pois­sons et les cé­pha­lo­podes ne sont pas en reste. A la belle sai­son, la ria re­gorge de dau­rades royales, de sars com­muns, et de sars à tête noire mais aus­si d’autres Spa­ri­dés, comme les oblades, les saupes et les mar­brés. Les mu­lets forment des bancs gi­gan­tesques, no­tam­ment au ni­veau de la passe de Ta­vi­ra. On ren­contre es­sen­tiel­le­ment le mu­let do­ré, le mu­let lip­pu et le mu­let ca­bot. Les bars francs et les bars mou­che­tés rentrent toute l’an­née. Très im­por­tant : la taille moyenne des bars est spec­ta­cu­laire, j’en par­le­rai plus loin. On trouve éga­le­ment des pois­sons plats, des raies et des congres. En­fin, en ce qui concerne les cé­pha­lo­podes, les seiches et les pieuvres

Re­cherche du bar dans l’ en­vi­ron­ne­ment somp­tueux de la passe de Ca ce­la Vel ha.

sont nom­breuses et viennent fré­quem­ment, et sou­vent par ha­sard, com­plé­ter le re­pas du pê­cheur. Bref, c’est l’abon­dance, mais at­ten­tion, toutes les es­pèces de pois­sons ne se laissent pas cap­tu­rer si fa­ci­le­ment. Voyons donc les as­pects stra­té­giques et tech­niques de la pêche sur place. D’abord, comme beau­coup d’éco­sys­tèmes cô­tiers, la ria For­mo­sa est une zone de crois­sance pour les pe­tits Spa­ri­dés. Du­rant l’été, lors­qu’on pêche en surf­cas­ting dans la ria, on cap­ture des pois­sons sans in­ter­rup­tion, et c’est à mon avis aus­si un pro­blème, car ces pe­tits spé­ci­mens en­ga­ment sou­vent l’ha­me­çon. La pêche reste ex­cel­lente jus­qu’en oc­tobre, puis l’ac­ti­vi­té di­mi­nue du­rant le mois de no­vembre, et le plus sou­vent, les Spa­ri­dés sortent de la ria en dé­cembre. Per­son­nel­le­ment, je suis un peu éton­né du com­por­te­ment des lo­caux, qui n’hé­sitent pas à ra­me­ner des seaux en­tiers de dau­rades royales qui tiennent dans la main ! Ici, tout se mange, il faut le sa­voir. Ne faites pas comme eux, ne par­ti­ci­pez pas au mas­sacre, et re­met­tez soi­gneu­se­ment les pe­tits pois­sons à l’eau. Néan­moins, la ria est un lieu fan­tas­tique pour ini­tier ses en­fants à la pêche, car avec ce rythme de touches, ils s’amusent vrai­ment. Je vous dé­cris donc ra­pi­de­ment le mon­tage-type : plomb-poire pla­cé sur un pe­tit cou­lis­seau, éme­rillon, bas de ligne d’une soixan­taine de cen­ti­mètres en 25 cen­tièmes, ter­mi­né par un ha­me­çon de taille adap­tée à la gueule d’un sar, donc pas trop gros. Pour le reste, on peut mettre n’im­porte quoi sur l’ha­me­çon, tout ap­pât car­né fonc­tionne lorsque les Spa­ri­dés sont en masse dans la ria. Pour sé­lec­tion­ner les plus gros spé­ci­mens, on peut uti­li­ser le bi­bi, et évi­ter ain­si de fer­rer les ju­vé­niles.

Pê­cher dans cet en­vi­ron­ne­ment est un plai­sir de chaque ins­tant.

Mais le gros in­té­rêt de la ria, c’est la pré­sence de bars, sou­vent énormes, toute l’an­née. On pour­ra pê­cher au leurre l’in­té­gra­li­té des mois d’hi­ver. Là en­core, on ne fe­ra pas comme les lo­caux, qui se fichent pas mal de la taille lé­gale du bar, et on s’im­po­se­ra une taille de re­mise à l’eau su­pé­rieure à la taille lé­gale du Por­tu­gal, qui n’est que de 36 cen­ti­mètres. Par ailleurs, à l’ap­proche de la fraie, il est pré­fé­rable de re­mettre l’in­té­gra­li­té des pois­sons à l’eau. En pra­ti­quant ain­si, vous pou­vez pê­cher l’es­prit libre et pro­fi­ter de l’abon­dance des bars du­rant l’hi­ver. Du coup, c’est comme un deuxième été pour le pê­cheur.

Dé­fi­nir une stra­té­gie pré­cise pour trom­per leur mé­fiance

J’ai ain­si pas­sé les trois der­niers hi­vers, les pieds dans l’eau, à tra­quer les bars au leurre de sub­sur­face. Vrai­ment sym­pa ! En re­vanche, et j’in­siste sur ce point, les bars sont très dif­fi­ciles. Dans les eaux lim­pides et calmes de la ria, ils voient tout, re­marquent le pê­cheur en bor­dure et suivent le leurre avec mé­fiance. Ils chassent fi­na­le­ment as­sez ra­re­ment dans les bancs de mu­lets, pré­fé­rant se nour­rir de crabes et de gros gas­té­ro­podes. Il faut dé­ve­lop­per une stra­té­gie de pêche très pré­cise, comme je l’avais ex­po­sée dans un ar­ticle de Pêche en mer in­ti­tu­lé « Le bon ti­ming ». Je rap­pelle le prin­cipe : il faut es­sayer de trou­ver des condi­tions plus agi­tées pour trom­per la mé­fiance des bars et faire coïn­ci­der ces condi­tions avec le pic ali­men­taire cré­pus­cu­laire. L’idéal est de pê­cher du­rant les grandes ma­rées, au ni­veau des gou­lots, près des passes, au cré­pus­cule. J’ai pris de nom­breux bars pe­sant entre 3 et 4 ki­los près de la passe de Ta­vi­ra, en pê­chant le soir, en fin de bais­sant, au leurre de sub­sur­face. Mais j’ai eu éga­le­ment de très bons ré­sul­tats en pê­chant au leurre souple, dans une autre passe, celle de Ca­ce­la Vel­ha, qui est par ailleurs na­tu­relle et de toute beau­té.

Pour vous don­ner une idée de la den­si­té de gros bars dans la ria, sa­chez que, pour par­tir pê­cher plus au large, j’en ai par­cou­ru une pe­tite por­tion en ba­teau (800 mètres), à l’étale de basse mer, lors­qu’il ne reste que 2 mètres d’eau. Dans ces condi­tions par­faites, j’ai pu voir une di­zaine de gros bars, es­pa­cés ré­gu­liè­re­ment, qui at­ten­daient tran­quille­ment le re­tour du flot. Dans ces eaux im­mo­biles et lim­pides, ils n’étaient pas du tout mor­deurs, mais ce­la m’a per­mis d’es­ti­mer leur poids : 3 ki­los pour le plus pe­tit et au moins 7 ki­los pour le plus gros ! Il y a vrai­ment beau­coup de gros spé­ci­mens ici, et ce­la s’ex­plique par deux rai­sons : une crois­sance très ra­pide dans ces eaux et un pré­lè­ve­ment ren­du dif­fi­cile par les ca­rac­té­ris­tiques de la ria. De toute fa­çon, vous vous en ren­drez compte très vite, car il n’est pas rare d’avoir 4 ou 5 sui­vis de gros spé­ci­mens du­rant la même par­tie de pêche. En re­vanche, dé­clen­cher la touche est beau­coup plus dur, et je vous in­vite vrai­ment à suivre les conseils don­nés plus haut. Les bars mou­che­tés sont très nom­breux éga­le­ment et sou­vent de très belle taille. Ain­si, j’ai cap­tu­ré l’hi­ver der­nier un bar mou­che­té pe­sant 1,6 ki­lo pour 54 cen­ti­mètres, soit un ma­gni­fique spé­ci­men pour cette es­pèce, qui ne gran­dit pas au­tant que le bar franc. No­tez, d’ailleurs, que pour le bar franc, le re­cord de la ria est un spé­ci­men de 11 ki­los, cap­tu­ré avec un ma­que­reau en­tier comme ap­pât. Je pense d’ailleurs que je re­vien­drai avec mon ma­té­riel de surf­cas­ting, pour pê­cher ain­si. Les trois pre­mières vi­sites, je me suis fo­ca­li­sé sur la pêche au leurre, car j’ai trou­vé que c’était une mer­veilleuse chose de pou­voir pê­cher ain­si en hi­ver. Mais main­te­nant que je connais l’in­croyable po­ten­tiel de cette ria, je re­vien­drai pro­ba­ble­ment pour dé­po­ser un ma­que­reau en­tier sur les plages de la bor­dure ex­terne de la ria, juste à la sor­tie de la passe. Cer­tains pê­cheurs lo­caux pra­tiquent uni­que­ment de la sorte, et comme le fe­raient des car­pistes, ils viennent trois jours et trois nuits, dor­mant en tente à cô­té de leurs cannes. Le suc­cès est sou­vent à ce prix et le bar re­cord est pro­ba­ble­ment tout près. Gar­dez en tête cette op­tion si vous ve­nez sur place, en sa­chant que ce­la de­mande du temps et de l’or­ga­ni­sa­tion, puis­qu’il faut trans­por­ter le ma­té­riel, à l’aide d’une barque, sur la bande sa­bleuse qui dé­li­mite la ria.

Fort po­ten­tiel pour la pêche en ba­teau

En­fin, il faut aus­si par­ler de la pêche en ba­teau. J’ai pê­ché en ba­teau lors du troi­sième hi­ver sur place et c’était sim­ple­ment in­croyable : gros sars à tête noire en nombre ( Cf. Pêche en mer n° 393, « Le dis­cret sar à tête noire » ) , pagres, nom­breuses es­pèces de Spa­ri­dés, ser­rans, ma­que­reaux en quan­ti­té, il faut

le voir pour le croire. En re­vanche, c’est une pêche ex­trê­me­ment pré­cise, car il n’y a ici au­cun ro­cher af­fleu­rant, au­cune île. Il faut re­pé­rer au son­deur les ro­chers im­mer­gés, et ce­lui qui se po­si­tion­ne­rait sur le mau­vais poste fe­rait une pêche très mé­diocre. Ici, c’est tout ou rien, tout dé­pend du poste. Il est évident que le fait de com- men­cer avec des lo­caux qui vous donnent quelques points GPS change ra­di­ca­le­ment la pêche. C’est très fa­cile, il vous suf­fit d’al­ler voir Guil­herme (Cf. en­ca­dré), qui tient le magasin de pêche de Ca­ba­nas de Ta­vi­ra. Il est très com­pé­tent, com­mer­çant, sym­pa, et il m’a per­mis d’al­ler très vite. On gagne du temps lors­qu’on ren­contre des gens comme ça. Donc, pour la pêche à sou­te­nir, cette ré­gion du Por­tu­gal est sim­ple­ment gé­niale. Je tiens à pré­ci­ser que je n’ai pas en­core ex­ploi­té toutes les pos­si­bi­li­tés de pêche en ba­teau, puisque, chaque an­née, je quitte l’Algarve à la fin de l’hi­ver, juste avant le dé­but de la sai­son de pêche. Oui, vous avez bien lu, tout ce que je vous ai dé­crit cor­res­pond au creux de la sai­son, la pêche de­vient en­core meilleure au prin­temps ! En avril, vous pou­vez pê­chez des maigres de plu­sieurs di­zaines de ki­los de­vant l’es­tuaire du Gua­dia­na, au leurre. Les lo­caux uti­lisent de gros mo­dèles de Black min­now pour les re­cher­cher. A la fin du prin­temps, quand les eaux de­viennent vrai­ment chaudes, les bo­nites ar­rivent, puis c’est le tour des thons et des co­ry­phènes. Et en sep­tembre, en par­tant au large, c’est le mo­ment de pê­cher le mar­lin blanc et le mar­lin bleu à la traîne. Eh oui, on pêche le mar­lin en Eu­rope ! Et c’est ici que ça se passe. Vous au­rez com­pris que, d’un point de vue ha­lieu­tique, on est proche de la per­fec­tion, et c’est pour ce­la que je vais main­te­nant par­ler de deux su­jets im­por­tants : les re­trai­tés qui s’ins­tallent au Por­tu­gal et les pos­si­bi­li­tés pour les guides de pêche.

Pê­cheurs re­trai­tés et op­por­tu­ni­tés pour les guides

En ce qui concerne les re­trai­tés de France, c’est un vé­ri­table

Seul dans cet en­vi­ron­ne­ment sau­vage, le pê­cheur vit des mo­ments d’ ex­cep­tion.

exode. On en­tend main­te­nant par­ler fran­çais un peu par­tout le long des côtes de l’Algarve, et ce n’est pas près de s’ar­rê­ter. Les mau­vaises langues di­ront que c’est à cause (ou grâce) aux avan­tages fis­caux of­ferts par le Por­tu­gal, mais pas du tout. Lors­qu’on in­ter­roge les re­trai­tés sur place, ils vous disent tous qu’ils sont tom­bés amou­reux de la ré­gion, de sa qua­li­té de vie et du cli­mat ex­cep­tion­nel. Ici, on vit un peu comme dans la « France d’avant », une am­biance dé­con­trac­té, sans stress, sans conflit, et en plus sous le so­leil. Les re­trai­tés sont très sen­sibles à ce point. Et pour le pê­cheur c’est l’idéal. Donc, n’hé­si­tez pas à consi­dé­rer cette op­tion si vous êtes sur le point de par­tir en re­traite, ou si vous l’êtes dé­jà. J’ajoute que je suis par­ti­cu­liè­re­ment sen­si­bi­li­sé à cette ten­dance puisque mon père, jeune re­trai­té, vient de s’ins­tal­ler au Por­tu­gal, suite à mes conseils. Autre fait in­té­res­sant : un lec­teur du pré­sent ma­ga­zine, ré­cem­ment re­trai­té, m’a con­tac­té après mon pre­mier ar­ticle sur l’Algarve, et il est ve­nu y pê­cher cet hi­ver. Il a tel­le­ment ai­mé qu’il s’est pro­mis d’y re­ve­nir chaque an­née ! Je trouve ce­la très bien car je suis un dé­fen­seur de l’Eu­rope et de sa culture (sou­ve­nez-vous de mon billet d’hu­meur, Vive l’Eu­rope !) et je consi­dère qu’un Fran­çais doit se sen­tir chez lui par­tout en Eu­rope. Et au Por­tu­gal, c’est vrai­ment fa­cile, car le dé­ca­lage cultu­rel est fi­na­le­ment très li­mi­té. C’est d’au­tant plus vrai que de nom­breux Por­tu­gais ont pas­sé leur vie en France, et que beau­coup parlent le fran­çais comme vous et moi. Et ce­la m’in­vite à ter­mi­ner cet ar­ticle par le su­jet du gui­dage. Je sais, parce qu’ils me l’ont sou- vent dit, que les guides de France suivent mes ar­ticles avec at­ten­tion. A la lec­ture de ces pages, ils doivent se de­man­der s’il y a des pos­si­bi­li­tés de gui­dage sur place. Je ré­ponds tout de suite : il y a de la place pour 50 guides fran­çais le long des côtes de l’Algarve ! Quand on connaît la den­si­té de pois­sons, et qu’on ajoute à ce­la le fait que de nom­breux re­trai­tés, sou­vent as­sez fa­ciles à sa­tis­faire en gui­dage, sont dé­jà sur place, on se dit qu’il y a quelque chose à faire. Guil­herme, dont je par­lais plus haut, guide les tou­ristes pour des sor­ties en tout genre, de­puis la pêche du tout- ve­nant à sou­te­nir jus­qu’à la pêche du mar­lin. Et ce­la semble mar­cher très bien, alors même qu’il est par­fai­te­ment in­con­nu du monde ha­lieu­tique fran­çais. Je pense que si des guides s’in­té­res­saient au su­jet, en sa­chant que l’af­flux de Fran­çais ne peut qu’aug­men­ter, il y au­rait lar­ge­ment de quoi tra­vailler. D’au­tant que, sous ce cli­mat ex­cep­tion­nel, on peut tra­vailler 365 jours par an… Main­te­nant, je pré­fère quand même vous pré­ve­nir : au ni­veau de la pêche, c’est un autre monde, et il vous fau­dra pro­ba­ble­ment une an­née de pros­pec­tion avant d’être opé­ra­tion­nel pour le gui­dage. Et deuxiè­me­ment, il faut un in­ves­tis­se­ment im­por­tant si vous sou­hai­tez ex­ploi­ter l’in­té­gra­li­té des pos­si­bi­li­tés de pêche, car on ne re­cherche pas les maigres, les thons et les mar­lins dans une pe­tite barque. Je te­nais à faire ces mises en garde, mais je pense qu’il y a vrai­ment de quoi faire un gui­dage ex­cep­tion­nel. Voi­là, vous sa­vez tout. Alors, la ré­gion de l’Algarve se­ra- t- elle votre El­do­ra­do ? Je suis sûr que cer­tains y pensent dé­jà…

Le leurre souple fonc­tionne très bien ici, mais il fau­dra faire at­ten­tion à ne pas se faire voir par les bars, tou­jours mé­fiants dans ces eaux claires.

Un jo­li mu­let ca­bot, comme on en ren­contre sou­vent dans la ria. Yves, un Fran­çais tom­bé sous le charme de l’Algarve, nous montre le mon­tage pour pê­cher les Spa­ri­dés de la ria. No­tez la canne au scion très souple, adap­té à la touche de ces pois­sons.

La spa­tule blanche est l’un des plus beaux et des plus cu­rieux oi­seaux de la ria For­mo­sa.

Cette im­mense zone sombre est un« champ » de crabes vio­lo­nistes, ce­la vous donne une idée de la ri­chesse de la ria For­mo­sa. Et en res­tant im­mo­bile de­vant leurs ter­riers, vous ver­rez les crabes vio­lo­nistes sor­tir juste à vos pieds. Quand vous voyez dé­pas­ser une grosse co­quille oran­gée dans le sable, sai­sis­sez-là : il s’agit de Cym­bium ol­la, un énorme gas­té­ro­pode qui peut ser­vir à pê­cher les gros spé­ci­mens de bar.

Pour les en­fants, la pêche dans la ria est très lu­dique. C’est une ini­tia­tion par­faite.

Il y a de nom­breuses es­pèces in­ha­bi­tuelles dans la ria For­mo­sa, comme cet éton­nant pois­son-cra­paud lu­si­ta­nien (Ha­lo­ba­tra­chus di­dac­ty­lus).

En se pro­me­nant, on ren­contre sou­vent des seiches qui se dé­placent dans peu de pro­fon­deur.

Il y a du monde dans les eaux de la ria : ici, un concombre de mer, une li­mace de mer et une ané­mone.

Ce très jo­li pois­son est un pi­ca­rel (Spi­ca­ra sma­ris), un proche pa­rent de la men­dole. On trouve de nom­breux pois­sons éton­nants en pê­chant à sou­te­nir sur les côtes de l’Ala­garve.

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