Pois­sons sauteurs et ré­glages de frein

Tous les pois­sons ne sup­portent pas les mêmes ré­glages de frein. La taille des prises ain­si que la ra­pi­di­té na­tu­relle de cer­taines es­pèces entrent en compte. Mais par des­sus tout, ceux qui de­mandent le plus d’exi­gence et de mé­fiance sont les pois­sons saut

Pêche en Mer - - SOMMAIRE - Texte et pho­tos de Ju­lien De­ro­zier

Un ré­glage de frein ne peut se com­prendre que de ma­nière glo­bale par rap­port à la puis­sance de la ligne uti­li­sée. Ain­si, dans notre clas­se­ment, il pour­ra être très fort, nor­mal et plu­tôt lé­ger. A titre d’exemple, sur une tresse de 80 lb, un ré­glage lé­ger don­ne­ra 8 kg, la po­si­tion nor­male se­ra plus ou moins à 10 kg et le ré­glage fort at­tein­dra les 14 kg. Ce­la donne ce­pen­dant une idée gé­né­rale qui ne tient pas compte du pois­son qui va mordre. Car pour par­ler de per­for­mance et sur­tout d’évi- ter les casses im­par­don­nables, il est né­ces­saire de se pen­cher sur les spé­ci­fi­ci­tés des pois­sons re­cher­chés. Les car­nas­siers à la nage lente et puis­sante comme la carpe rouge ou l’igno­bi­lis peuvent en­cais­ser des ré­glages très forts. Les pois­sons ra­pides, ceux qui pos­sèdent des dé­mar­rages fou­droyants de­mandent plus de re­te­nue et un ré­glage dit « nor­mal » passe bien. Reste la ca­té­go­rie la plus exi­geante, celle qui re­groupe les pois­sons sauteurs, sur­tout lorsque le fac­teur poids est en plus à re­te­nir, le ré­glage du frein de­vient alors la clé de la réus­site. La po­si­tion « ré­glage lé­ger » est un cri­tère de sé­cu­ri­té évident. Un test ex­pli­ca­tif est simple à exé­cute : pre­nons une tresse d’en­vi­ron 15 kg de ré­sis­tance an­non­cée sui­vie d’un bas de ligne, et donc d’un noeud de rac­cord. En gar­dant ce fil dans l’eau, nous al­lons ti­rer pro­gres­si­ve­ment. Cette ligne risque de cas­ser aux alen­tours de 10 kg. Tou­jours en gar­dant la ligne im­mer­gée, nous al­lons cette fois ti­rer vio­lem­ment, la casse va in­ter­ve­nir vers 7 ou 8 kg. En­fin, nous al­lons ti­rer éner­gi­que­ment, en bas­cu­lant le poids du corps en op­po­si­tion, mais avec

le fil en de­hors de l’eau. La rup­ture peut in­ter­ve­nir dès que les 5 ou 6 kg de ré­sis­tance sont at­teints. Avec les pois­sons, c’est iden­tique. Pour un ré­glage sé­cu­ri­taire il faut connaître tous ces pos­sibles désa­gré­ments. Et quand le pois­son saute sou­vent, très haut et qu’il est lourd, la pru­dence est de mise.

Le tar­pon est le par­fait re­pré­sen­tant des pois­sons acro­bates !

Le tar­pon est un pois­son que nous pou­vons ren­con­trer dans l’At­lan- tique ouest comme aux Bi­ja­gos, au Ga­bon ou en Côte d’Ivoire, mais éga­le­ment dans l’At­lan­tique est comme au Mexique, au Ni­ca­ra­gua ou au Cos­ta Ri­ca. Sa den­si­té n’est pas rare, mais sa prise reste un mo­ment que nous n’ou­blions pas. Et quand la tech­nique est la pêche au lan­cer et au leurre, il faut s’at­tendre à des mo­ments de joie et de dé­cep­tion. Ce n’est pas une es­pèce fa­cile à fer­rer, les ra­tés font par­tie in­té­grante de sa quête. Ce n’est pas comme l’es­pa­don voi­lier, un pois­son ul­tra­ra­pide. Il peut dé­mar­rer vite, mais ce­la reste rai­son­nable. La dif­fi­cul­té vient de ses mul­tiples sauts qu’il exé­cute dès qu’il sent la pi­qûre de l’ha­me­çon. Un tar­pon qui saute, c’est un bond hors du com­mun. La bête se pro­pulse en­tiè­re­ment au-des­sus de la sur­face et donne en même temps un violent coup de tête, gueule grande ou­verte, pour ar­ra­cher les ha­me­çons gê­nants. La même sé­quence fil­mée et re­pas­sée au ra­len­ti montre la puis­sance de ces sauts et les monstres coups de tête qu’il donne tout au long de ce saut. En dé­taillant de telles images, nous com­pre­nons qu’un tar­pon puisse ex­plo­ser ai­sé­ment

une ligne. Très ra­re­ment, un tar­pon peut ne pas sau­ter. Dans ce cas, il est amu­sant alors de voir que la ba­garre est plu­tôt fa­cile ! Le pro­blème vient donc bien de ses bonds hors de l’eau. Par­fois, un tar­pon at­taque un leurre à quelques pe­tits mètres du ba­teau. Le dan­ger phy­sique d’une telle si­tua­tion est un autre su­jet. Je me conten­te­rai de sou­li­gner que dans cet exemple as­sez com­mun, le fil va su­bir une pres­sion in­croyable avec un saut trop proche du pê­cheur. Il n’y a pas la lon­gueur né­ces­saire pour amor­tir le choc. Par le pas­sé, les lignes uti­li­sées étaient des Ny­lons, avec leurs dé­fauts mais avec aus­si la qua­li­té d’être ex­ten­sible. Le cô­té élas­tique peut jouer en notre fa­veur en at­té­nuant les brusques chan­ge­ments de rythme. La tresse qui reste un fil ri­gide, in­dé­for­mable, est net­te­ment plus ex­po­sée à une casse. Nous re­tien­drons ce­pen­dant que l’en­semble des qua­li­tés de la tresse sur­classe lar­ge­ment celles du Ny­lon. Lors­qu’un tar­pon va sau­ter, nous voyons l’angle du fil di­mi­nuer. C’est l’oc­ca­sion d’ac­com­pa­gner ce saut en bais­sant le scion au ni­veau de l’eau afin de ne pas ra­jou­ter une pres­sion in­utile. Il ne faut sur­tout pas ten­ter de ti­rer en op­po­si­tion avec le pois­son au mo­ment d’un saut. Ce­la ne sert à rien et la ligne peut cas­ser plus fa­ci­le­ment.

Pour­quoi un pois­son qui saute casse plus fa­ci­le­ment une ligne ?

L’es­pa­don voi­lier et le tar­pon re­pré­sentent bien cette ca­té­go­rie d’ad­ver­saire à risque. Et la cap­ture d’un tar­pon sur une canne à lan­cer est un chal­lenge ex­ci­tant et ac­ces­sible. J’en­tends sou­vent des pê­cheurs s’ex­cla­mer : je viens de cas­ser, le tar­pon a dû re­tom­ber sur la ligne lors d’un saut. En fait, c’est pos­sible mais ra­ris­sime. La vé­ri­té est que le ré­glage du frein était pro­ba­ble­ment trop fort par rap­port à la réelle ré­sis­tance de la ligne. Car avec un ré­glage doux, ce type de mésa­ven­ture ne se pro­duit qua­si­ment ja­mais ! En fin de com­bat, il est fré­quent de consta­ter que les der­niers mètres de tresse sont cou­verts de mu­cus. Le pois­son a donc bien tou­ché la ligne sans pour au­tant la cas­ser. Du mo­ment que dans mes pêches j’ai la pos­si­bi­li­té de fer­rer un beau tar­pon, je règle le frein de mon Stel­la plus lé­ger qu’à la nor­male. Ce que je re­doute, c’est une sé­rie de ca­brioles qui va en­traî­ner des chan­ge­ments de pres­sion sur la ligne. Ces coups brusques et ner­veux sont un piège. Et quand l’ac­tion éclate, il est trop tard pour ten­ter de mo­di­fier un ré­glage. La pru­dence est donc de mise. Il faut aus­si ima­gi­ner que lors­qu’un fil est dé­jà usa­gé, ce qui est clas­sique en ac­tion de pêche, le dan­ger d’une casse est en­core plus éle­vé. Au mo­ment d’une ba­garre tout le monde s’ex­clame sur un saut de tar­pon. Mais l’oeil ne peut dé­tailler l’en­semble de l’ac­tion. En re­vanche, un film ou des pho­tos en sé­rie montrent bien la puis­sance de ces bonds. Le corps du pois­son se cambre, se tord, la gueule est se­couée vio­lem­ment, bref, notre ligne doit en­cais­ser une rude épreuve. Un pois­son d’une taille iden­tique, mais qui ne saute pas se­ra net­te­ment plus fa­cile à prendre qu’un tar­pon. Car la tresse n’au­ra pas à su­bir ces mul­tiples ten­sions.

Avant de tou­cher au frein, il faut soi­gner les noeuds…

Pour par­ler d’un ré­glage per­for­mant, il est obli­ga­toire de pê­cher avec un mon­tage soi­gné. Car ce sont bien les noeuds qui font la ré­sis­tance d’une ligne. Un noeud

de qua­li­té mé­diocre ou un noeud nor­ma­le­ment ex­cellent, mais bâ­clé dans sa fi­ni­tion au­ra des consé­quences iden­tiques, à sa­voir dé­bou­cher à un mo­ment don­né sur une casse. Avec le tar­pon, il ne faut pas hé­si­ter à faire et re­faire en cas de doute. Lors de mon der­nier voyage, j’étais le pré­po­sé à la confec­tion des bas de ligne. Deux types de noeuds sont en cause. Le rac­cord tresse/ Ny­lon et le noeud qui va fixer l’éme­rillon. Je com­mence tou­jours par le noeud d’éme­rillon. Ain­si, si je me rate, la lon­gueur du bas de ligne ne se­ra pas di­mi­nuée. Je réa­lise pour cette opé­ra­tion un noeud de « pen­du ». Avec seule­ment trois spires dans la boucle, c’est suf­fi­sant. Ma tech­nique est de pré-ser­rer le noeud le long du Ny­lon puis de le faire cou­lis­ser en le pous­sant avec mes doigts. Quand il vient en bu­tée sur l’éme­rillon, seule­ment à cet ins­tant je le serre for­te­ment. Ain­si le Ny­lon ar­rive droit sur l’éme­rillon, sans au­cun coude. Un bas de ligne qui se ter­mine en queue de co­chon ne vaut rien du tout ! Une fois l’éme­rillon fixé, je de­mande au pê­cheur la lon­gueur de bas de ligne sou­hai­tée. Je coupe et je m’at­taque au noeud de rac­cord. C’est le plus im­por­tant. Il existe un ap­pa­reil qui dé­livre d’ex­cel­lents ré­sul­tats, mais je conseille à ceux qui choi­sissent cette so­lu­tion de s’en­traî­ner avant pour ne pas ga­lé­rer au bord de l’eau. Per­son­nel­le­ment, je réa­lise le noeud « ja­po­nais », une ma­nière de faire qui m’avait été en­sei­gnée par An­tho­ny Mal­gorn il y a bien long­temps. Un noeud qui ne di­mi­nue pas la ré­sis­tance de la ligne. Ce noeud est to­ta­le­ment dé­taillé en 50 pho­tos dans le n° Hors Sé­rie de la Pêche En Mer d’oc­tobre 2017. Je n’ai ja­mais trou­vé mieux de­puis... En­core une fois, si ma confec­tion ne me plaît pas, je donne un coup de ci­seaux et je re­com­mence. Avec le tar­pon, pas de com­pro­mis !

Faire et re­faire in­las­sa­ble­ment les mon­tages

La pêche des gros pois­sons de­mande plus de soin que de cou­tume. Même si une grosse ba­garre se passe bien, il n’en reste pas moins que les noeuds vont tra­vailler fer­me­ment. Sur­tout si en cours de com­bat, vous res­ser­rez le frein. Le noeud de rac­cord va être sous ten­sion ex­trême pen­dant un long mo­ment. Une fois le pois­son re­lâ­ché, un coup d’oeil sur le mon­tage ne va pas for­cé­ment mon­trer une dé­gra­da­tion. Nous pou­vons même en dé­duire que s’il a te­nu, c’est qu’il est bon ! Mais la réa­li­té est dif­fé­rente. Ce noeud de rac­cord a beau­coup tra­vaillé et la pru­dence veut qu’il soit re­fait. C’est au pê­cheur de ju­ger si le com­bat pré­cé­dent a pu di­mi­nuer la ré­sis­tance du mon­tage. Par­fois, un tar­pon se rend sans trop de dif­fi­cul­té, dans ce cas, après un coup d’oeil sé­rieux au noeud de rac­cord, je re­prends la pêche. Si la ba­garre a été très aé­rienne et mou­ve­men­tée, je pré­fère re­faire cette con­nexion. Ce sont quelques mi­nutes de per­dues, mais au fi­nal bien des sou­cis d’épar­gnés. Il ne faut pas ou­blier éga­le­ment que la re­lâche du pois­son peut avoir des consé­quences. Le ma­rin, aus­si doué soit-il, va em­poi­gner le bas de ligne. Le pois­son ne va pas se lais­ser faire et for­cé­ment à un mo­ment don­né, le gant du ma­rin va glis­ser jus­qu’au noeud. La main va même pro­fi­ter de cette mi­nus­cule pro­tu­bé­rance pour blo­quer ou ten­ter de blo­quer le tar­pon. Que le gant soit en néo­prène ou de n’im­porte quelle autre ma­tière, il va abî­mer le noeud et par­fois la tresse juste au-des­sus du noeud. A la ba­garre sui­vante, au mo­ment de re­mettre un peu de frein, une rup­ture de la ligne risque de vous sur­prendre car elle ne pa­raî­tra pas lo­gique. Pour tous ces dé­tails d’im­por­tance, je re­fais très ré­gu­liè­re­ment mon mon­tage. Il m’est ar­ri­vé sur des ma­ti­nées fastes de re­cons­truire in­té­gra­le­ment trois ou quatre fois mon bas de ligne. Quant au noeud d’éme­rillon, il est très ex­po­sé à un autre pro­blème : la gueule râ­peuse du tar­pon anéan­tit les plus gros Ny­lons. Même si je ne pêche qu’avec du 220 lb, la base de mon bas de ligne est constam­ment dé­té­rio­rée. Et une sé­rie de touches sans suite peut avoir éga­le­ment ce type de consé­quence. Plus tard, au mo­ment où le ma­rin a le bas de ligne en main, le noeud va se res­ser­rer ter­ri­ble­ment. Et la ré­sis­tance du Ny­lon va se re­trou­ver af­fai­blie. Le ré­glage du frein ne pro­vo­que­ra pas la rup­ture de ce bas de ligne mais il faut voir ce point faible comme une ex­cuse po­si­tive pour faire et re­faire constam­ment son mon­tage et soi­gner les noeuds concer­nés !

Une fois le pois­son fer­ré, il est conseillé de te­nir sa canne en di­rec­tion de la sur­face. Pour ne pas in­ci­ter le tar­pon à sau­ter. C’est ef­fi­cace mais ce n’est pas un re­mède im­pa­rable.

Im­mé­dia­te­ment le pois­son saute. Si le tar­pon a été fer­ré non loin du ba­teau, il faut s’at­tendre à une chan­delle qui va pla­cer le pê­cheur en dif­fi­cul­té. At­ten­tion au mo­teur, at­ten­tion à la coque !

Le tar­pon se pré­sente en­fin. Il est gros et le ma­rin doit être pru­dent. La pré­sence des triples est un pro­blème ma­jeur. Pour cette rai­son, il faut avoir la pa­tience d’at­tendre qu’il se calme to­ta­le­ment.

Le tar­pon est le roi des pois­sons sauteurs ! En fin de com­bat, les der­niers sauts sont à craindre à cause de la proxi­mi­té du pois­son. Des­ser­rer lé­gè­re­ment son frein peut être une so­lu­tion.

Un pois­son qui saute et qui se­coue la gueule constam­ment peut dé­truire un leurre que nous pen­sions très so­lide !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.