Bord Dau­rades es­ti­vales : Conseils et connais­sances

Les sour­cils do­rés se pro­mènent en nombre sur les côtes de France. Le temps est idéal pour al­ler leur cha­touiller les ba­bines, et ce­la exige bien plus qu’une so­lide confiance en nous. Stra­té­gie et lu­ci­di­té sont exi­gées dans ce jeu, Sparidés nous voi­là !

Pêche en Mer - - SOMMAIRE - Texte et pho­tos de De­nis Mou­ri­zard

Les dau­rades royales portent la cou­leur sa­crée, l’or qui les rend si belles est aus­si le signe des rois. Reine des fonds sous- ma­rins, la dau­rade royale n’a pas son égal, tant dans la dif­fi­cul­té qu’elle nous im­pose dans sa cap­ture que dans le com­bat qui ré­sulte de la pre­mière vic­toire. Car pour ce pois­son, le pi­quer et le sen­tir au bout de la canne n’est que le fruit d’une pre­mière vic­toire, ce qui sous-en­tend que pour s’avouer vain­cue, la dau­rade nous of­fri­ra d’autres com­bats. Je vous pro­pose de vous dé­li­vrer ici quelques ex­pé­riences vé­cues, por­teuses d’enseignements que je consi­dère pré­cieux pour qui veut pê­cher des dau­rades, et des grosses. Il y a dans cette phrase au­cun ego, juste une convic­tion qui s’est so­li­di­fiée au fil des ré­pé­ti­tions.

La dau­rade

La dau­rade est un Spa­ri­dé. La par­ti­cu­la­ri­té des ces per­ci­formes est, outre leur sil­houette par­fai­te­ment re­con­nais­sable, leur den­ti­tion. Ces poissons ont la fa­cul­té d’at­tra­per une proie du bout des dents, avec une pré­ci­sion qua­si chi­rur­gi­cale. Ils peuvent sai­sir, ar­ra­cher, broyer, ce qui a vo­ca­tion à leur rem­plir la panse. En ce­la, la dau­rade dif­fère gran­de­ment d’un pois­son pé­la­gique qui ouvre grand la gueule pour as­pi­rer ses proies. Pour les pê­cheurs que nous sommes, ce­la veut dire que nous al­lons être confron­tés à chaque fois à un ani­mal qui pos­sède une lecture bien dif­fé­rente de ce qu’il res­sent. La gueule est la clé de voûte du com­por­te­ment de la dau­rade, et cette pre­mière in­for­ma­tion nous per­met de com­prendre pour­quoi on peut si fa­ci­le­ment man­quer une dau­rade. En tant qu’hu­mains, ce sont nos mains qui nous per­mettent de nous

nour­rir. Nos doigts sont de vé­ri­tables cap­teurs, ils res­sentent le froid, le chaud, la tex­ture, la du­re­té, la sou­plesse, le grain de la ma­tière. Ain­si, il ne nous vien­drait pas à l’es­prit de mettre à la bouche quelque chose qui n’en­tre­rait pas dans le cadre ha­bi­tuel de notre ali­men­ta­tion. Les yeux ban­dés, met­triez-vous dans la bouche un mor­ceau de plomb ? Com­pre­nons donc par cette dé­mons­tra­tion que la dau­rade agi­ra de même, et ce mal­gré l’ab­sence de mains ou de bras. Toutes les in­for­ma­tions passent par la gueule, dents et lèvres réu­nies en un ex­tra­or­di­naire ou­til de dé­tec­tion. De ce fait, la dau­rade est en me­sure d’es­ti­mer la du­re­té d’un ap­pât ou d’un ha­me­çon, la ré­sis­tance d’une ligne (fil dans le cou­rant, ou poids du plomb qui traîne au fond), en plus de tout le reste. L’odeur (donc l’état de fraî­cheur de l’ap­pât), le com- por­te­ment de l’ap­pât (la fa­çon dont il bouge sur le fond est cor­ré­lé avec l’en­vi­ron­ne­ment) et peut- être l’as­pect vi­suel qu’il pré­sente sont aus­si im­por­tants et peuvent en­gen­drer un re­fus de la part du pois­son. Fort de ces in­dices, nous pou­vons abor­der se­rei­ne­ment une par­tie de pêche à la dau­rade en res­pec­tant quelques règles simples.

Règle pre­mière : bas de lignes longs

Plus le bas de ligne est long, plus l’ap­pât est libre. J’ap­pelle ici bas de ligne ce qui est tout en bas de la ligne. Au­tre­ment dit, je parle du traî­nard. La dau­rade se pêche sur le fond puis­qu’elle se nour­rit dans le sub­strat. De ce fait, il est im­por­tant que l’ap­pât se com­porte aus­si li­bre­ment et na­tu­rel­le­ment qu'une proie na­tu­relle. La lon­gueur dé­ter­mine ain­si l’am­pli­tude de mou­ve­ment. Cette am­pli­tude est à la fois ver­ti­cale et ho­ri­zon­tale, c’est ce qu’il faut bien com­prendre. Avec un bas de ligne trop court, l’ap­pât qui pêche dans un cou­rant as­cen­dant ne s’élè­ve­ra pas cor­rec­te­ment, et vi­suel­le­ment ce­la en­gen­dre­rait une ré­pul­sion chez le pois­son. De plus, un bas de ligne court rac­cour­cit le temps qu’il faut au pois­son pour res­sen­tir le contact du plomb. En toute lo­gique, plus le bas de ligne est long, plus il éloigne l’ap­pât. Le mi­ni­mum de lon­gueur tourne au­tour d'un mètre, mais ce­la reste un mi­ni­mum. Pré­voyez plu­tôt une di­men­sion aux alen­tours des deux mètres pour vous as­su­rer une to­tale li­ber­té de mou­ve­ment.

Règle se­conde : des ap­pâts frais

Les ap­pâts sont un peu le nerf de la guerre. Il faut en avoir de plu­sieurs sortes, et de bonne qua­li­té. S’il est une chose cer­taine, c’est que la dau­rade n’aime pas ce qui sent d’un peu trop loin. Si ce­la peut mar­cher pour le bar, pour la dau­rade il fau­dra pas­ser son tour. Dis­tin­guons deux types d’ap­pâts : les ap­pâts blancs et les ap­pâts rouges. Dans les pre­miers nous trou­vons les vers blancs ( bi­bi, gra­vette blanche et autres), les co­quillages blancs ( cou­teau,

coque) et par­fois le ca­la­mar (certes peu ha­bi­tuel, cet ap­pât est pour­tant loin d’être né­gli­geable). Les ap­pâts rouges sont éga­le­ment à pio­cher dans la fa­mille des vers (vers san­guins ( vers amé­ri­cain, vers de cha­lut), dans les crus­ta­cés (piades prin­ci­pa­le­ment), les co­quillages ( coque rouge et moule). On ajoute en­suite les ap­pâts ver­dâtres, comme les crabes verts et cer­tains vers qui sont à ré­ser­ver aux zones à forte cou­ver­ture vé­gé­tale. La dau­rade est très sé­lec­tive, et vous le re­mar­que­rez lors­qu’elle dé­cide de man­ger de l’ap­pât blanc, elle ne vou­dra rien d’autre. Idem pour les ap­pâts de cou­leurs dif­fé­rentes. C’est pour ce­la que je conseille d’avoir au moins un ap­pât de chaque cou­leur avec soi.

Règle troi­sième : point de pré­ci­pi­ta­tion

La dau­rade est un pois­son bien par­ti­cu­lier. Lorsque j’étais ado­les­cent et que les an­ciens me don­naient mes pre­mières clés de com­pré­hen­sion, je pê­chais alors au flot­teur. Ils me di­saient :

« La dau­rade part une pre­mière fois et elle re­lâche, tu ne dois ja­mais fer­rer à la pre­mière touche. Elle re­part presque tou­jours une deuxième fois, alors tu at­tends de voir si le bou­chon re­monte. S’il ne re­monte pas, tu ferres, s’il re­monte, tu tires très lé­gè­re­ment sur la ligne pour faire bou­ger l’ap­pât. Au troi­sième dé­part tu lui poses un plom­bage ! » En­ten­dez :

« tu lui plantes un fer­rage de co­saque ! » Ce­la s’est qua­si­ment tou­jours avé­ré vé­ri­dique, fer­rez à la pre­mière touche et vous ser­rez sou­vent échec et mat. Fer­rez à la deuxième, et vous au­rez plus de suc­cès. Si vous par­ve­nez à ré­sis­ter jus­qu’à la troi­sième touche, vous at­tein­drez votre plein po­ten­tiel. Il faut néan­moins com­prendre que par­fois la dau­rade peut re­fu­ser l’ap­pât dès la pre­mière touche, voire à la se­conde. Pour­quoi ? Parce qu’elle au­ra sen­ti quelque chose de louche. Le conseil que je donne est donc le sui­vant : dès la pre­mière touche, ou­vrez le pi­ckup du mou­li­net, li­bé­rez deux ou trois mètres de fil et at­ten­dez. Si la ligne se tend jus­qu’à sen­tir de nou­veau le contact, fer­rez dès ce contact. Si le fil ne se tend pas, at­ten­dez quelques se­condes, ré­cu­pé­rez la ligne molle et fer­rez, le tout en dou­ceur. La dau­rade nous ap­prend la pa­tience, tou­jours !

Règle qua­trième : jouer avec la lune et les cou­rants

La lune a une in­fluence sur les ma­rées, ce n’est un se­cret pour per­sonne. La dau­rade est sen­sible aux ma­rées. Nous n’en-

tre­rons pas dans les dé­tails, car ce­la pour­rait rem­plir plu­sieurs pages. L’idée est que les nuits de pleine lune in­citent les dau­rades à man­ger la nuit, sur­tout en Mé­di­ter­ra­née. Il leur faut alors des ap­pâts blancs (de nuit), et des ap­pâts rouges la jour­née. Par lune noire, tout se pas­se­ra plus volontiers la jour­née. Viennent en­suite les cou­rants, plus forts par lune pleine. La dau­rade se dé­pla­ce­ra avec la ma­rée, et em­prun­te­ra des cou­loirs plus calmes pour se nour­rir. Les jours de pêche qui ne voient au­cun cou­rant sont gé­né­ra­le­ment mau­vais (je parle ici aux Mé­di­ter­ra­néens). Pré­fé­rez les jours de cou­rants, ceux qui sont tra­di­tion­nel­le­ment ca­lés sur les cycles de lune mon­tante.

Règle fi­nale : pas­ser du temps au bord de l’eau

La der­nière règle qui se veut in­con­tour­nable est un peu comme une la­pa­lis­sade. Elle n’en est pas moins im­por­tante, et elle est même pour moi la plus élé­men­taire.

Les Sparidés com­portent pas que les dau­rades, mais un grand nombre d'es­peces, comme le sar. Le pê­cheur de dau­rade est sou­mis aux aléas du pois­son, et sur­tout à ses pas­sages. Ce pois­son a des ha­bi­tudes, et que vous le croyiez ou non, il passe tou­jours au même mo­ment de la ma­rée, aux mêmes en­droits. Ce­la est d’au­tant plus vrai que nous avan­çons dans la sai­son es­ti­vale, lorsque les bancs de dau­rades ont pris leurs marques. Bien en­ten­du, la ma­rée se dé­cale d’un jour à l’autre, et les pas­sages de dau­rades se­ront eux aus­si dé­por­tés au fil des jours. En­suite, il faut pré­ci­ser que lorsque l’on a au­cune idée des heures de pas­sages, eh bien il faut mettre les mains dans le cam­bouis, et ac­cep­ter de pas­ser plu­sieurs heures au bord de l’eau. Si pas­ser une jour­née en­tière vous est im­pos­sible, es­sayez au moins de res­ter sur un cycle de ma­rée com­plet ( 6 heures). Idéa­le­ment, et là se­ra mon der­nier conseil : faites l’ef­fort de res­ter sur une ma­rée mon­tante et une ma­rée des­cen­dante. Vous au­rez alors un re­père qui vous trom­pe­ra peu, c’est qua­si­ment sys­té­ma­tique.

Le mon­tage cou­lis­sant est sans conteste ce­lui qui offre la plus grande li­ber­té aux ap­pâts.

…et sys­té­ma­ti­que­ment com­plé­tés par des ap­pâts blancs !

La moule est un ap­pât de pre­mier choix. Ici pré­pa­rée à l’avance, puis conge­lée dans de l’eau de mer, elle fe­ra des mi­racles.

Les ap­pâts rouges sont in­dis­pen­sables…

Les dau­rades de cette taille cir­culent et se nour­rissent en bancs comp­tant des di­zaines d’in­di­vi­dus.

La contre plom­bée est une as­tuce es­sen­tielle pour les pêches à fond. Elle évite que les lignes soient prises par les arbres d'hé­lices des ba­teaux. Il convient de bien tendre la ligne pour la mettre en place afin d'ob­te­nir toute l'ef­fi­ca­ci­té vou­lue.

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