Et si on en­fi­lait des perles ?

Pê­cher sans perle, au large, à sou­te­nir, ou du bord, en surf­cas­ting, c’est conduire un vé­hi­cule sans phares ni cli­gno­tants. C’est dire toute l’im­por­tance que les pê­cheurs ac­cordent à ces cinq lettres.

Pêche en Mer - - SOMMAIRE - Texte et photos de Maxence Pon­roy

La perle est aus­si un do­maine qui prête sou­vent à po­lé­mique. Les perles sont-elles vrai­ment utiles puisque l’on prend du pois­son éga­le­ment sans cet ad­di­tif ? Il y a ain­si les in­con­di­tion­nels de la perle et ceux qui la dé­nigrent sys­té­ma­ti­que­ment. Au fait, quand on évoque le mot perle, que se cache-t-il réel­le­ment der­rière ? Dans ce do­maine si riche qu’est le mon­tage en pêche dite ré­créa­tive, ce même mot peut être in­ter­pré­té dif­fé­rem­ment.

Les perles sont le cou­teau suisse du pê­cheur

Des perles, il en existe une grande va­rié­té et leur uti­li­sa­tion est très va­riable. Elles sont le cou­teau suisse du pê­cheur. Es­sayons d’y voir plus clair avant d’abor­der ce tou­jours dé­li­cat sec­teur qu’est la per­cep­tion des cou­leurs par les pois­sons sur des fonds de 20 ou 30 mètres qui sont les pro­fon­deurs moyennes où l’on po­si­tionne son mouillage dans une pêche à sou­te­nir. Évo­quons là le seul do­maine de la mer. Car, en eau douce, on uti­lise aus­si des perles qui sont, là en­core, dif­fé­rentes de celles de la mer, no­tam­ment chez les car­pistes pour amor­tir le choc lors d’un lan­cer ou bien des perles dites flot­tantes. Au large, pour de­meu­rer dans les grandes lignes, six ou sept types de perles ont une fonc­tion bien pré­cise. Les plus connues sont les perles que l’on dis­pose sur l’avan­çon à hau­teur de la boucle de l’ha­me­çon. On peut, se­lon les es­pèces re­cher­chées, en mon­ter une dis­crète ou, au contraire, en glis­ser trois ou quatre et sé­pa­rées par des se­quins comme ce­la se pra­tique gé­né­ra­le­ment pour le mer­lan. On ver­ra plus loin pour ce qui concerne les cou­leurs mais les plus ré­pan­dues sont le sau­mon et le vert pâle. Dans ce re­gistre, il existe deux genres de perles, la ronde et l’ovale. Que ce soit chez les rondes ou les ovales, il y a les perles dures et les perles molles. Il y a, en­fin, les « fluos » ou les « phos­phos » et les perles qui n’ont pas ces qua­li­tés. Quand on vous di­sait que la pa­no­plie est vaste... On a pro­non­cé le mot avan­çon. Un avan­çon peut être mon­té en di­rect sur le corps du bas de ligne. Mais on uti­lise aus­si très sou­vent des perles ro­ta­tives. Comme leur nom l’in­dique, elles per­mettent à l’avan­çon d’avoir une grande mo­bi­li­té qui est tout sim­ple­ment de 360° au­tour du bas de ligne. Les perles ro­ta­tives peuvent être uniques mais, le plus sou­vent, elles sont en couple en­ser­rant la pe­tite par­tie mé­tal­lique ou se­ra glis­sé l’avan­çon. Elles ont aus­si un autre avan­tage, ce­lui d’être phos­pho­res­cente ce qui ap­porte

un plus non né­gli­geable dans les pro­fon­deurs d’eau im­por­tantes et, bien sûr, lors d’une pêche noc­turne.

Il y a même des perles qui ne sont pas per­cées !

La perle peut aus­si ser­vir de cou­lis­seau en tête d’un éme­rillon qui sup­por­te­ra le lest dans une pêche avec un long traî­nard. C’est plus dis­cret qu’un cou­lis­seau clas­sique et tout aus­si ef­fi­cace. Il existe aus­si des perles qui ne sont pas per­cées ! Elles sont tout sim­ple­ment col­lées sur le ny­lon de l’avan­çon juste au-des­sus de l’ha­me­çon. Mais si c’est as­sez pra­tique à uti­li­ser, il faut im­pé­ra­ti­ve­ment une colle de très grande qua­li­té. Si­non vous ris­quez de perdre vos perles. D’autre part, si la colle se­ra ef­fi­cace dans d’autres mon­tages, elle pour­ra, si ce n’est pas du haut de gamme, en­dom­ma­ger votre ny­lon à un en­droit où il doit être, au contraire, en par­fait état. On a bien dit ny­lon et non pas tresse car nous sommes sur un bas de ligne. En­fin, ter­mi­nons notre pe­tit voyage dans l’uni­vers des perles avec une autre, in­dis­pen­sable, la perle de bu­tée. La perle de bu­tée est destinée à em­pê­cher un élé­ment du bas de ligne ou du corps de ligne à al­ler au-de­là de ce que l’on sou­haite. On l’uti­lise com­mu­né­ment quand on pêche à l’an­glaise au large avec un gros flot­teur. Elle per­met à ce flot­teur, en stop­pant sa re­mon­tée le long du corps de ligne, de se po­si­tion­ner à la sur­face de l’eau exac­te­ment à la dis­tance sou­hai­tée par rap­port au fond. Au large, à sou­te­nir, on est tou­te­fois contraint d’uti­li­ser des perles de bu­tée très fines qui doivent pas­ser sans pro­blème à tra­vers tous les an­neaux, le plus dé­li­cat étant tou­jours ce­lui de tête. On ne lance pas à de grandes dis­tances dans une pêche à sou­te­nir, mais il fau­dra que la perle puisse tra­ver­ser les an­neaux sans le moindre heurt.

Les pois­sons ont des at­ti­tudes dif­fé­rentes face à la perle

Con­cen­trons nous uni­que­ment sur les perles qui sont des­ti­nées à sus­ci­ter l’in­té­rêt des pois­sons, au­tre­ment dit celles qui se si­tuent au contact à la fois de l’ha­me­çon et de l’ap­pât. La pre­mière chose à vé­ri­fier est que la, ou les perles, soient vi­sibles. D’autre part, on choi­sit une taille de perle qui cor­res­pond à celle du

pois­son re­cher­ché sa­chant que s’il y a des pois­sons qui se moquent to­ta­le­ment des perles, il y en a d’autres que ce­la in­trigue et aus­si ceux que ce­la fe­ra fuir. Les pois­sons sont aus­si comme les hu­mains. Ils ont leurs cou­leurs pré­fé­rées. Ain­si peuvent-ils per­ce­voir les cou­leurs orange, vio­lette, jaune et rouge, no­tam­ment. Ils ont aus­si, du fait de la concep­tion de leur ré­tine, une ex­cel­lente vi­sion de nuit. Mais tous ne sont pas trai­tés à éga­li­té. Cer­tains ont une per­cep­tion su­pé­rieure à d’autres. Loin de nous l’idée d’en­trer dans les dé­tails que pour­raient ap­por­ter un scien­ti­fique. Tou­te­fois, pour bien com­prendre quelles perles il convient d’uti­li­ser en fonc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, il faut sa­voir, et les plon­geurs, eux, le savent fort bien, que plus on des­cend en pro­fon­deur, plus les cou­leurs s’es­tompent. Seule­ment, elles ne s’ef­facent pas toutes à la même pro­fon­deur. Ain­si, c’est la cou­leur rouge qui, la pre­mière, tend à disparaître. Pa­ra­doxa­le­ment, c’est donc la plus vive qui se fait le plus ra­pi­de­ment dis­crète. La cou­leur rouge se dé­grade très vite à un tel point qu’au bout de 5 mètres, elle n’existe plus ! L’orange suit de près, le jaune et le vio­let éga­le­ment. A une ving­taine de mètres, toutes ces cou­leurs pour­tant « agres­sives » au­ront dis­pa­ru. C’est le vert et, sur­tout, le bleu qui ré­sistent le mieux jus­qu’à 40 ou 50 mètres. C’est ce que les scien­ti­fiques nomment l’ab­sorp­tion sé­lec­tive. Alors, quel in­té­rêt y a t-il à uti­li­ser des perles si les pois­sons, à une cer­taine pro­fon­deur, ne dif­fé­ren­cient pas, eux aus­si, les cou­leurs ? Tout d’abord, il semble que les pois­sons soient ca­pables de per­ce­voir les ul­tra­vio­lets con­trai­re­ment à ce que la ré­tine de l’homme peut pro­po­ser. D’autre part, ils sont ex­trê­me­ment sen­sibles à tout ce qui est fluo­res­cent ou phos­pho­res­cent. Et les perles de ce type conti­nuent d’émettre dans la pé­nombre des grands fonds. Main­te­nant, force est de consta­ter qu’il y a cer­taines es­pèces qui sont très at­ti­rées par des cou­leurs bien pré­cises et que les per­for­mances du pê­cheur s’en res­sentent. Ain­si, les Spa­ri­dés ont une nette pré­fé­rence pour les perles cou­leur sau­mon ou rouge alors que cette cou­leur est une des pre­mières à dis­pa- raître sous l’eau. Quand on va cher­cher une do­rade grise par 20 mètres de fond, elle ne peut pas per­ce­voir sa cou­leur « pré­fé­rée ». Et, pour­tant, c’est sur ce type de perle qui évoque les oeufs de sau­mon qu’elle se jet­te­ra en prio­ri­té. Il y a donc quelque chose qui va échap­per au plus car­té­sien des pê­cheurs. Ce­pen­dant, on sait que, même à une cer­taine pro­fon­deur, la cou­leur rouge émet­tra plus de lu­mière que les autres. Ce­la peut

ex­pli­quer sans doute le fait que la perle rouge soit plus at­trac­tive qu’une autre sur le fond alors que les perles plus sombres (le bleu, le vert) soient plus ef­fi­caces s’il y a moins de pro­fon­deur. Il faut aus­si pré­ci­ser que la no­tion de fluo ou de phos­pho est es­sen­tielle dans la per­cep­tion de ces perles. Si vous pê­chez avec des perles clas­siques, quelle que soit leur cou­leur, à 30 mètres de pro­fon­deur elles n’ap­por­te­ront au­cun plus si elles ne pos­sèdent pas une de ces deux qua­li­tés es­sen­tielles. Les cou­leurs fluos sont for­cé­ment plus li­sibles pour les pois­sons que les autres, que ce soit la nuit ou à une pro­fon­deur im­por­tante. Il reste néan­moins que la gamme des fluos est re­la­ti­ve­ment res­treinte. Quatre cou­leurs sont pro­po­sées gé­né­ra­le­ment, le vert qui est la plus ré­pan­due, le jaune qui a son suc­cès d’es­time, le rouge et l’oran­gé.

Le choix de la perle est dic­té aus­si par la clar­té de l’eau

N’ou­blions pas aus­si qu’à 30 mètres de fond, il n’y a pas que l’in­ten­si­té lu­mi­neuse de la perle qui peut jouer un rôle mais aus­si des phé­no­mènes de vi­bra­tion qui font que l’uti­li­sa­tion de cer­tains ad­di­tifs comme les se­quins au­ra une im­por­tance non né­gli­geable à condi­tion de ne pas mul­ti­plier leur pré­sence sur l’avan­çon. En­fin, il y a un autre phé­no­mène dont il convien­dra de te­nir compte. Il s’agit de la clar­té de l’eau. Le débat, là en­core, est sou­vent su­jet à po­lé­mique. Pour ré­su­mer, di­sons que tout in­gré­dient qui fi­gure sur le bas de ligne, doit le mieux pos­sible faire corps avec son en­vi­ron­ne­ment. Si les fonds, et c’est sou­vent le cas en pé­riode es­ti­vale, sont lim­pides, il fau­dra uti­li­ser des perles qui se fondent dans le pay­sage, donc plu­tôt cris­tal­lines ou vertes fluo. L’idéal se­rait le gris ou le noir mais, en phos­pho ou fluo, ce ne se­ra pas simple... Le noir ab­sorbe la lu­mière alors qu’il fau­drait au contraire, la ren­voyer. Il ne faut pas confondre ce qui se­ra une gamme mul­ti­co­lore de perles (où, là, on trouve du noir) avec le phos­pho ou le fluo qui sont des perles beau­coup plus éli­tistes... A l’in­verse, dans tout ce qui est sau­mâtre, en bor­dure d’es­tuaires ou après un gros bras­sage au large suite à des in­tem­pé­ries, en hi­ver éga­le­ment, on se tour­ne­ra vers des perles plus agres­sives, le rouge ayant notre pré­fé­rence sur­tout sur des fonds de 20 mètres ou plus. Res­tons après tout prag­ma­tiques. La perle est un ad­di­tif, mais le choix du co­lo­ris n’est pas à his­ser sur un pié­des­tal. L’es­sen­tiel, c’est le fluo ou phos­pho. Nous sommes ici très éloi­gnés d’un autre choix, ce­lui que fe­ront les pê­cheurs de leurres, par exemple, puisque cet ob­jet est des­ti­né, glo­ba­le­ment, à évo­luer dans une zone où la cou­leur pos­sède en­core des ver­tus. Il est beau­coup plus com­plexe d’opé­rer le choix d’un leurre en fonc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, la cou­leur du ciel ou de l’eau ce qui ex­plique qu’il faut sou­vent chan­ger pour tom­ber en­fin sur le leurre qui se­ra ce­lui de l’ins­tant. La perle est seule­ment une pe­tite lu­mière qui scin­tille­ra sous l’eau et au­ra pour ob­jec­tif d’at­ti­rer le pois­son. C’est tout. Il est évident qu’elle au­ra un ef­fet at­trac­tif non né­gli­geable si elle a conser­vé ses pro­prié­tés lu­mi­neuses. Dans le cas contraire, ce­la n’au­ra au­cune in­ci­dence sur la qua­li­té de votre pêche. Et puis, après tout, c’est un peu comme la Jou­vence de l’ab­bé Sou­ry. On y croit, ou l’on n’y croit point. Par ex­pé­rience, j’y crois avec par­ci­mo­nie.

Les perles sont pré­sentes dans la plu­part des éme­rillons triples. En haut, un Flash­mer triple noir. Au centre un Pa­fex EM avec deux perles phos­pho (un ex­cellent triple), et,en bas, un Hi­ro RB Bar.

De bien belles perles. Mais elles ne sont ni phos­pho, ni fluo, et leur rôle consis­te­ra sur­tout à as­su­rer la dé­fense des noeuds ou ser­vir de bu­tée.

Sur les cli­pots, les perles ont en prio­ri­té un rôle pro­tec­teur sur­tout quand il y a contact entre ny­lon et acier.

Une as­so­cia­tion de perles rouges et vertes : si il y a des ta­cauds dans le pé­ri­mètre vous n'y échap­pe­rez pas.

Si­li­cone, perles, se­quins : créer son mon­tage pour le mer­lan est une oeuvre d'art. Mais avec moins d'ar­ti­fices, le pois­son mor­dra quand même.

Les perles flot­tantes sont des­ti­nées à éle­ver l'ap­pât, mais elles sont peu uti­li­sées au large.

Les se­quins sont très ef­fi­caces quand ils ac­com­pagnent une perle sur les grandes pro­fon­deurs.

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