Je l’ai vé­cu... “Je suis ja­louse de la nou­nou de ma fille.”

Faute de place en crèche, Maya s’est ré­si­gnée à confier sa fille, Mi­lé­na, à une as­sis­tante ma­ter­nelle. Mais très vite, elle s’est dé­cou­verte ja­louse de la nou­nou, qui était pour­tant une vraie perle.

Parents - - Ma Bulle/Mon Histoire - GISÈLE GINSBERG

« Je n’ar­ri­vais pas à chas­ser l’idée fixe qui s’était em­pa­rée de moi : et si ma pe­tite fille ado­rée al­lait vrai­ment pré­fé­rer sa “mer­veilleuse” nou­nou à sa ma­man ? »

La crèche pour moi, c’était une évi­dence… Dès que j’ai ap­pris ma grossesse, j’ai dé­ci­dé que je pou­pon­ne­rais pen­dant quelques mois, puis que je re­pren­drais mon tra­vail après avoir confié mon bé­bé à la crèche. Je n’ima­gi­nais pas autre chose, ayant été moi-même ac­cueillie dans une crèche les trois pre­mières an­nées de ma vie, une struc­ture d’ac­cueil cinq étoiles d’après ma mère. Seule­ment, la pé­nu­rie de crèches ai­dant, je n’ai pas trou­vé de place, même en m’y pre­nant très tôt. Je n’avais donc pas d’autre choix que de me tour­ner vers une as­sis­tante ma­ter­nelle. Ce­la me sem­blait pour­tant im­pos­sible de confier ma pe­tite fille à une femme in­con­nue dans un ap­par­te­ment qui ne se­rait pas le mien. Mais il m’a bien fal­lu me faire à cette idée, et le coeur lourd, j’ai com­men­cé à cher­cher une nou­nou. J’en ai ren­con­tré une, deux, puis trois, mais à chaque fois, je trou­vais que ce n’était pas la per­sonne qu’il fal­lait pour mon bé­bé. Mon ma­ri a fi­ni par me faire en­tendre rai­son et j’ai ac­cep­té que la qua­trième soit celle à qui j’al­lais confier mon tré­sor. C’était une femme d’une qua­ran­taine d’an­nées, avec beau­coup d’ex­pé­rience, et qui m’était re­com­man­dée par une voi­sine qui avait fait gar­der son fils par cette dame. Le pre­mier jour où j’ai lais­sé ma fille, j’avais le coeur en berne et le ventre noué. Pour­tant, la pé­riode d’adap­ta­tion s’était pas­sée sans pro­blème. J’avais ima­gi­né que ma fille al­lait pleu­rer en me voyant par­tir, re­fu­ser de prendre son bi­be­ron… Mais non, Mi­lé­na a très ra­pi­de­ment ac­cep­té sa nou­nou ! Au lieu de me ras­sé­ré­ner, ce­la m’a fait plu­tôt mal.

Très vite, je me suis dit que mon bé­bé al­lait pré­fé­rer sa nou­nou à moi, sa ma­man.

Je sa­vais que c’était ir­ra­tion­nel de pen­ser ça, mais mon fan­tasme, au fond, c’était que la nou­nou al­lait prendre la pre­mière place dans le coeur de mon en­fant. Pour­tant, je de­vais re­con­naître que l’as­sis­tante ma­ter­nelle était plu­tôt sym­pa­thique et avait un bon fee­ling avec ma fille. Mi­lé­na lui a très vite fait de grands sou­rires, pre­nait sans pro­blème ses bi­be­rons… alors que moi, j’avais tou­jours pei­né à lui faire fi­nir son lait. Le pire, c’est que la nou­nou me di­sait qu’elle fai­sait de grandes siestes chez elle alors qu’à la mai­son, c’étaient des siestes en­tre­cou­pées de pleurs. J’ai com­men­cé par me dire : « Mais qu’est-ce que cette femme a de plus que moi pour que Mi­lé­na lui fasse la fête comme ça… »

En réa­li­té, j’étais très am­bi­va­lente : bien sûr, j'étais contente que tout se passe bien, mais

j’avais tou­jours une pe­tite alarme dans ma tête qui me di­sait in­si­dieu­se­ment “ma fille va fi­nir par me re­je­ter puis­qu’elle est si bien avec sa nou­nou”… J’étais en­va­hie par des sen­ti­ments com­plè­te­ment contra­dic­toires ! C’est vrai qu’à la nais­sance de mon bé­bé, je n’étais pas très sûre de moi, j’étais jeune, à peine 24 ans. Au lieu de me ré­jouir que tout se passe dans le meilleur des mondes avec la nou­nou, je m’in­ven­tais des an­goisses. Mon ma­ri se mo­quait gen­ti­ment de moi en me di­sant que je pré­fé­re­rais peut-être ré­cu­pé­rer le soir notre fille en larmes, hir­sute et dans tous ses états ! Il es­sayait de dé­dra­ma­ti­ser les choses en tour­nant tout ça en dé­ri­sion. Les deux pre­miers mois où j’ai lais­sé Mi­lé­na à sa nou­nou pour re­tra­vailler, j’avais tou­jours le coeur ser­ré. Moi qui avais dé­jà du mal à la confier aux grands-mères, c’est dire ! Au dé­but, j’ap­pe­lais la nour­rice trois ou quatre fois dans la jour­née pour être sûre que tout al­lait bien, et aus­si pour prou­ver que j’étais tou­jours bien

pré­sente, même en n’étant phy­si­que­ment pas là. Mon com­por­te­ment était, somme toute, as­sez in­fan­tile, mais heu­reu­se­ment, la nou­nou ne s’en for­ma­li­sait pas. Je crois qu’elle com­pre­nait mon désar­roi de jeune ma­man. Mais je n’ar­ri­vais pas à chas­ser l’idée fixe qui s’était em­pa­rée de moi : et si ma pe­tite fille ado­rée al­lait vrai­ment pré­fé­rer sa “mer­veilleuse” nou­nou à sa ma­man? Au fond de moi, je n’y croyais pas vrai­ment, mais ce­la m’ob­sé­dait quand même. Il faut dire que ma puce au dé­but y a mis du sien : les pre­miers temps, quand je re­ve­nais la cher­cher le soir, elle fai­sait comme si je n’étais pas là, je la pre­nais dans mes bras pour lui faire un câ­lin, et elle, elle dé­tour­nait os­ten­si­ble­ment la tête. La nou­nou avait beau me dire que c’était un com­por­te­ment nor­mal et que ma fille, en quelque sorte, me bou­dait de l’avoir lais­sée toute la jour­née et qu’en gros, c’était une preuve d’amour, rien n’y fai­sait et je m’in­ven­tais tou­jours des scé­na­rios ca­tas­trophes ! Un soir, Mi­lé­na s’est mise à pleu­rer quand je l’ai prise des bras de la nou­nou pour l’em­me­ner à la mai­son. Là, ça a été ter­rible, je me suis dit : « Ça y est, elle ne veut pas rentrer avec moi. J’en ai eu les larmes aux yeux. J’étais à fleur de peau. Je me suis sen­tie dé­va­lo­ri­sée. Je sais que c’est un peu fou, mais à cette époque, j’étais très peu sûre de moi, en gé­né­ral, même as­sez dé­mu­nie, face à mon rôle de mère.

Si mon ma­ri n’avait pas été là pour re­mettre les pen­dules à l’heure, je crois que j’au­rais pris un congé pa­ren­tal, alors que nous ne pou­vions pas nous le per­mettre fi­nan­ciè­re­ment. Alors, je me suis ré­si­gnée, avec quelques in­som­nies en prime. Au dé­but, je conti­nuais à mau­dire la nou­nou, que ma fille ap­pe­lait “Ta­tie”. C’était comme une su­per ma­man mo­dèle avec qui je ne pou­vais tout sim­ple­ment pas ri­va­li­ser. Et puis, pe­tit à pe­tit, je me suis apai­sée. Mi­lé­na se por­tait comme un charme, s’épa­nouis­sait, ga­zouillait à qui mieux mieux. Il a fal­lu que je me rende à l’évi­dence. La nou­nou n’était pas une “vo­leuse d’amour”, comme je me le di­sais les deux pre­miers mois. J’ai com­pris que l’as­sis­tante ma­ter­nelle n’était pas ma ri­vale et que le prin­ci­pal, c’était que ma puce se sente bien, tout sim­ple­ment. C'est vrai­ment mon ma­ri qui m'a ai­dée fi­na­le­ment. Il a réus­si à me faire avoir des fous rires en m’imi­tant face à la nou­nou, et ça m’a per­mis de prendre du re­cul. L’es­sen­tiel, c’est que ma fille se porte comme un charme. Fi­na­le­ment, que de­man­der de plus !

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