Les 5 dik­tats à abattre!

Idées re­çues, in­si­nua­tions, pe­tites phrases mo­ra­li­sa­trices…… On se sent ra­re­ment libre de ses choix, et on culpa­bi­lise vite quand il s’agit de prendre la place qui nous convient vrai­ment, entre bé­bé et tra­vail.

Parents - - Ma Tribu - S.D.

Conci­lier bé­bé et tra­vail… Pfff! Of­fi­ciel­le­ment, le pa­pa est im­pli­qué, les modes de garde sont va­riés, on bé­né­fi­cie de l’éga­li­té homme-femme… En fait, on a la pres­sion, et on se met soi-même la barre beau­coup trop haut. Car, sans le vou­loir, tout le monde, amis, fa­mille, so­cié­té (et nous-mêmes, sou­vent !), nous im­pose des sché­mas (pe­tites phrases, contre-exemples ou pe­tites moues) qui aug­mentent en­core notre fa­meuse charge men­tale et notre culpa­bi­li­té. Et si on com­men­çait par se la­ver la tête, et dé­tour­ner les scuds qui pour­rissent la vie d’une jeune ma­man, bé­bé dans un bras, or­di por­table dans l’autre !

1. “La mère par­faite c’est for­cé­ment toi !”

Mythe et re-mythe ! Au­jourd’hui en­core, on su­bit cette image idéale de jeune mère super wo­man, avec une mai­son au top, un bé­bé bien ha­billé, une sil­houette ir­ré­pro­chable… Mo­derne aus­si, mais tout de même bien à la mai­son… Stop ! Il faut se le dire et le ré­pé­ter haut et fort : « Ce n’est pas pos-si-ble. Il faut dé­fi­ni­ti­ve­ment re­non­cer à ce que tout soit par­fait et ac­cep­ter que concrè­te­ment, la jeune ma­man ne pour­ra plus tout gé­rer par­fai­te­ment, ni toute seule », an­nonce la psy­cho­logue Ca­ro­line Lam­bert.

« Tu es sûre, tu re­prends dé­jà dans un mois ? Tu peux pas t’ar­ran­ger ? » « Ça va te faire de longues jour­nées (sous-en­ten­du au bé­bé aus­si) »… Bien ba­lan­cé ! Pile là où ça fait mal tant on culpa­bi­lise. « C’est com­pli­qué de re­tra­vailler avec un bé­bé de 3 mois, mais la jeune mère a be­soin d’un mi­ni­mum d’équi­libre so­cial. Car la plus grande dif­fi­cul­té, c'est sou­vent l’iso­le­ment. Et l’en­fant se­ra aus­si sou­te­nu, por­té psy­cho­lo­gi­que­ment par les autres in­té­rêts de sa mère, alors épa­nouie. » ex­plique la psy.

La ques­tion – res­ter à la mai­son ou re­tra­vailler – doit aus­si être pe­sée avec le conjoint. Il faut prendre en compte les pa­ra­mètres de cette nou­velle vie: le coût de la garde par exemple, mais aus­si l’in­dé­pen­dance fi­nan­cière de la femme ! « Il faut sa­voir que les choix faits dans les premiers mois vont s’ins­crire dans la dy­na­mique du couple et qu’ils se­ront en­suite dif­fi­ciles à chan­ger », ex­plique la psy­cho­logue. Si l’on dé­cide par exemple de re­prendre son tra­vail lorsque l’en­fant au­ra 3 ans, le père, lui, va trou­ver son équi­libre pen­dant ce laps de temps, et se re­po­ser sur sa femme pré­sente à la mai­son en per­ma­nence… Après son con­gé ma­ter­ni­té ou pa­ren­tal, si la jeune ma­man conti­nue à tout gé­rer seule, elle risque d'être ra­pi­de­ment dé­bor­dée. Beau­coup de femmes craquent et in­ter­rompent bru­ta­le­ment leur ac­ti­vi­té, épui­sées. L’amé­na­ge­ment du nou­vel em­ploi du temps, de la nou­velle vie doit se faire dès la nais­sance, à deux.

3. “Un bé­bé a be­soin de sa mère”

Sous-en­ten­du, elle doit se dé­vouer à son en­fant. Oui, un bé­bé a be­soin de sa mère pour qu’elle lui donne la sé­cu­ri­té af­fec­tive qui va lui per­mettre de gran­dir en au­to­no­mie et lui faire sup­por­ter en­suite les sé­pa­ra­tions. Mais « On de­vrait plu­tôt dire “Un bé­bé a be­soin de sa mère en forme!”, com­plète la psy­cho­logue. Pas­ser de femme à mère de­mande beau­coup de re­ma­nie­ments psy­chiques, et le face-à-face avec le bé­bé peut s’avé­rer dif­fi­cile. Il est im­por­tant d’être sou­te­nue par ses proches qui nous ras­surent dans notre rôle de mère dans les premiers mo­ments avec l’en­fant », in­siste Ca­ro­line Lam­bert.

Le pé­diatre et psychanalyste an­glais Do­nald Win­ni­cott a par­lé d’une “mère suf­fi­sam­ment bonne” dès les an­nées 50.

4. “Il suf­fit de vou­loir pour s’or­ga­ni­ser”

« Quand la jeune mère s'or­ga­nise pour tra­vailler la nuit afin de s'oc­cu­per de son bé­bé la jour­née, elle met en dan­ger sa san­té sur le long terme. Il faut trou­ver une so­lu­tion pour qu’elle dorme ! Le jeune père, lui, n’a pas cette idée de toute puis­sance. » Pre­nons aus­si le cas des femmes qui ont des res­pon­sa­bi­li­tés, pro­pose Ca­ro­line Lam­bert. A la nais­sance, les pères changent ra­re­ment leurs contraintes pro­fes­sion­nelles. La femme, elle, est très sé­vè­re­ment ju­gée par exemple si elle a des dé­pla­ce­ments pros, sur­tout avec un en­fant en bas âge. C’est vu comme l’aban­don du foyer ! Il faut tordre le cou à ces re­pré­sen­ta­tions, et pri­vi­lé­gier un meilleur équi­libre père-mère pour que les amé­na­ge­ments se fassent des deux cô­tés. »

5. “Le père, c'est im­por­tant quand l'en­fant est plus grand”

Qui n’a pas en­ten­du : « Oh, ton Jules va être un super pa­pa quand Tom se­ra en âge de jouer au foot ! », sous-en­ten­du d’ici là, c’est ton rôle co­cotte… Non. Sym­bo­li­que­ment, le père est avant tout là pour ai­der la mère à se dé­faire de l’en­fant. C’est le tiers qui a un ef­fet de sé­pa­ra­teur. Mais il peut aus­si prendre sa place dans le por­tage, les câ­lins pour créer un lien af­fec­tif avec son en­fant dès la nais­sance. « Qu’il change les couches ou pas, ce n’est pas ça qui compte du point de vue construc­teur. La ré­par­ti­tion des tâches dé­pend de l’image de cha­cun. Le père peut in­ter­ve­nir dans cer­tains gestes du quo­ti­dien où il est plus à l’aise que dans d’autres, ex­plique Ca­ro­line Lam­bert. La psy­cho­logue pour­suit : « L’im­por­tant, c’est d’im­pli­quer le pa­pa dé­jà dans les dé­ci­sions, les choix, dès le dé­part. Il faut qu'il vive le quo­ti­dien et qu’il fasse cer­taines tâches lui­même pour com­prendre ce qu’est le fait de vivre avec un bé­bé et l’éprou­ver par lui-même. « S’il n’en­tend que des consignes, il ne va pas avoir en­vie de ren­trer à la mai­son. Il se sent em­ployé de la mère, avec plein de re­proches. La plainte de jeune mère épui­sée n’est alors pas en­ten­due ». La meilleure mé­thode ? Con­fier le bé­bé au père quelques heures et le lais­ser se dé­brouiller. Les mères ont en ef­fet ten­dance à por­ter un re­gard trop in­tru­sif sur ce que fait le père. Mais si on le laisse agir seul, il va prendre son rôle en main, oser, se dé­pa­touiller, et faire à sa fa­çon ! Et là, c’est peut-être ga­gné !

Fas­toche, j'al­laite, et tout je bosse, je cuisine… la forme ! ça, en pé­tant

JE GÈ-RE !!

POUR AL­LER + LOIN “MA­MAN SE­REINE, MÈRE ET FEMME : LES CLÉS POUR TROU­VER VOTRE ÉQUI­LIBRE”,

Ed. First. de Ca­ro­line Lam­bert, psy­cho­logue cli­ni­cienne, psychanalyste

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