GUY RIT­CHIE LE ROI DE LA POP

Après Sher­lock Holmes, le réa­li­sa­teur dé­pous­sière la lé­gende du roi Ar­thur dans un film sur­vi­ta­mi­né. Ren­contre avec le pe­tit Bri­tan­nique pour qui cinéma doit uni­que­ment ri­mer avec plai­sir.

Paris Match - - Culturematch/cinéma - Si @FAB_LCL

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Il n’y a pas plus an­glais que Guy Rit­chie. Il a ce look de lord avec ses cos­tumes en tweed et ses cas­quettes de marque, ce cô­té pince-sans-rire, froid au pre­mier abord mais fi­na­le­ment plein d’hu­mour et bon co­pain. Il aime chan­ter des chan­sons tra­di­tion­nelles une pinte de bière à la main dans les pubs de Londres (il en a même ache­té un, le Punch­bowl). Et fan de foot (Chel­sea, en l’oc­cur­rence), il a pro­po­sé à Da­vid Beck­ham de faire une ap­pa­ri­tion en che­va­lier dans « Le roi Ar­thur ». Comme tout su­jet de Sa Ma­jes­té, Guy Rit­chie adore mé­lan­ger les genres.

De cette lé­gende mé­dié­vale, il fait un conte rock’n’roll et pop cul­ture. Son « roi Ar­thur » est un mal­frat des bas-fonds de Lon­do­nium qui re­fuse tant qu’il le peut le des­tin qui s’ouvre à lui : bar­rer la route à son oncle des­pote pour re­trou­ver le trône qui lui est dû, la fa­meuse épée à la main. Ou com­ment tordre le cou à la lé­gende. La bra­voure, chez Guy Rit­chie, se trans­met à coups

LE ROI AR­THUR

de poing et d’in­sultes, confirme-t-il : « Il faut res­pec­ter les mythes mais les trai­ter de ma­nière ra­di­cale. Il s’agit de mon film le plus sombre parce qu’il parle d’un af­fron­te­ment in­time, d’une mise à mort en fa­mille. Je ne me voyais pas le par­se­mer de blagues fa­ciles parce qu’elles au­raient per­ver­ti le pro­pos. La vio­lence n’est pas lé­gère pour une fois dans mon cinéma. » Mais on ne se re­fait pas si fa­ci­le­ment… Guy Rit­chie aime ces his­toires de voyous, de pe­tites gens, car « ce sont des per­son­nages qui doivent se battre contre l’ad­ver­si­té. Et l’es­sence même de la vie passe par ce com­bat ».

Dé­cou­vert en 1998 avec un po­lar dé­to­nant, « Ar­naques, crimes et bo­ta­nique », qui va le faire émer­ger comme le Ta­ran­ti­no bri­tan­nique, Rit­chie a long­temps sui­vi les truands et autres gang­sters à la pe­tite se­maine dans « Snatch », « Re­vol­ver » ou « Rock n Rol­la ». Il a ain­si convain­cu toute une gé­né­ra­tion d’ac­teurs – de Brad Pitt à Tom Har­dy en pas­sant par Ja­son Sta­tham ou Ge­rard But­ler – de jouer avec leur image de mâle do­mi­nant. « Qu’est-ce qu’un homme, re­bon­dit Guy, si­non quel­qu’un qui boit de la bière,

de Guy Rit­chie

Avec Char­lie Hun­nam, As­trid Ber­gès-fris­bey, Jude Law…

« Le roi Ar­thur » res­pecte tous les codes du block­bus­ter hol­ly­woo­dien, il de­meure avant tout un film de Guy Rit­chie. Qui n’hé­site donc pas à faire du jeune Ar­thur un gosse des rues éle­vé dans un bor­del, qui filme la nais­sance de la lé­gende comme il tour­ne­rait le clip d’une chan­son pop. On pour­ra lui re­pro­cher son pen­chant pour les ef­fets de style et une dé­bauche par­fois in­di­geste d’ef­fets spé­ciaux, mais « Le roi Ar­thur » est vi­suel­le­ment vir­tuose et me­né tam­bour bat­tant. Rit­chie aime les per­son­nages aty­piques et les ac­teurs à contre-em­ploi et, dans ce sens Char­lie Hun­nam (dé­jà très re­mar­qué dans « The Lost Ci­ty of Z » de James Gray) et Jude Law s’en donnent à coeur joie dans un duel ho­mé­rique. Du cinéma de pur di­ver­tis­se­ment qui a l’avan­tage de ne pas se prendre au sé­rieux. Après tout, semble dire Guy Rit­chie, on peut jouer avec les lé­gendes, non ? qui aime faire des bar­be­cues mais qui pré­fère s’ha­biller en ca­che­mire ! J’aime les ma­chos quand ils montrent leur sen­si­bi­li­té. » Alors qu’il ap­proche la cin­quan­taine, Rit­chie as­sume : « Je ne fais pas un cinéma qui plaît à l’es­ta­blish­ment. Je ne suis pas un confor­miste, je n’aime pas les tra­di­tions. » Ce qui se res­sent dans son par­cours, même lors­qu’il passe la bague au doigt de Ma­don­na en 2000, jouant au tru­cu­lent ma­ri do­mi­na­teur dans le do­cu­men­taire « I’m Going to Tell You a Se­cret » sur le Re-in­ven­tion Tour de la chan­teuse. Au­jourd’hui re­ma­rié à un man­ne­quin an­glais, il fuit l’ac­tu people, même s’il est ré­ap­pa­ru l’an­née der­nière lors de la ba­taille ju­di­ciaire sur la garde de son fils Roc­co, un dif­fé­rend de­puis ré­glé. Un fils qu’il évoque pour­tant des étoiles dans les yeux en pro­non­çant quelques mots en fran­çais, fier de vous ex­pli­quer que son re­je­ton est ins­crit dans une école bi­lingue et qu’il est « fluent » dans notre langue.

Hol­ly­wood a vite adop­té le Bri­tish. Il y a réa­li­sé les deux vo­lets de « Sher­lock Holmes » avec ses co­pains du Punch­bowl, Ro­bert Dow­ney Jr et Jude Law, ain­si que l’adap­ta­tion de la série « Des agents très spé­ciaux ». Il a gar­dé son uni­vers, quitte à dé­sta­bi­li­ser les stu­dios et éner­ver la cri­tique qui lui re­proche son cinéma ta­peà-l’oeil. Guy Rit­chie est trop di­let­tante et non­cha­lant. De là à re­ve­nir à son cinéma fau­ché des dé­buts… « Il n’y a plus d’ar­gent pour pro­duire ce genre de films. Je fais donc comme tout le monde et j’ai un pro­jet à la té­lé­vi­sion. » Mais aus­si avec Dis­ney, pour qui il va réa­li­ser une ver­sion d’« Alad­din » avec des per­son­nages en chair et en os ! C’est son drame, il ne ren­tre­ra ja­mais dans le moule.

AVEC 102 MIL­LIONS DE DOL­LARS, C’EST LE DEUXIÈME FILM À GROS BUD­GET DIRIGÉ PAR LE RÉA­LI­SA­TEUR APRÈS « SHER­LOCK HOLMES 2 ».

FA­BRICE LECLERC

Le réa­li­sa­teur et Char­lie Hun­nam.

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