CLÉ­MENT CHÉROUX, COM­MIS­SAIRE DE L’EX­PO­SI­TION, COM­MENTE QUATRE IMAGES ICONIQUES

Paris Match - - Culturematch / Expo - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ELI­SA­BETH COU­TU­RIER

« AL­LIE MAE BURROUGHS, WIFE OF A COT­TON SHARECROPPER » 1936 « Il s’agit d’une de ses pho­to­gra­phies les plus connues. Elle sym­bo­lise les ra­vages de la crise éco­no­mique de 1929 aux Etats-unis. Elle signe éga­le­ment le style fron­tal et neutre d’evans, qui laisse le su­jet s’ex­pri­mer pour ce qu’il est. Le contraire du por­trait vo­lé à la ma­nière d’hen­ri Car­tier-bres­son. La ra­di­ca­li­té du ca­drage, l’ab­sence d’ef­fet, la lu­mière na­tu­relle mettent le spec­ta­teur face à la vé­ri­té du modèle. Un par­ti pris adop­té en­suite par de nom­breux pho­to­graphes et ar­tistes, no­tam­ment, en 1970, par l’école de Franc­fort. Ce por­trait a été réa­li­sé dans le cadre d’un re­por­tage confié à l’écrivain James Agee par le magazine “For­tune” sur les mé­tayers du Sud vi­vant dans la mi­sère depuis la crise pour le­quel Agee avait pro­po­sé alors à Evans de l’ac­com­pa­gner. Tous deux passent l’été dans le com­té de Hale (Ala­ba­ma), où ils par­tagent la vie de trois fa­milles : les Fields, les Tengle et les Burroughs. L’ar­ticle qui s’en­suit est re­fu­sé. Mais, en 1941, Agee pu­blie un des plus grands livres de la littérature amé­ri­caine, in­ti­tu­lé “Louons main­te­nant les grands hommes” ac­com­pa­gné d’un port­fo­lio de 31 pho­to­gra­phies d’evans, dont ce cli­ché my­thique d’al­ma Mae Burroughs. » « TRUCK AND SI­GN » 1928-1930 « Il y a un cô­té co­mique dans cette image, à cause du gi­gan­tisme de l’en­seigne lu­mi­neuse et de ce qu’elle si­gni­fie (“en­dom­ma­gé”).

Elle a été réa­li­sée très tôt par Wal­ker Evans. Elle montre sa fas­ci­na­tion pour les en­seignes de rue, très nom­breuses dans les villes amé­ri­caines, un su­jet po­pu­laire ré­cur­rent qui ne va pas le quit­ter pen­dant qua­rante ans. De re­tour de Pa­ris en 1927, Wal­ker Evans dé­cide de de­ve­nir pho­to­graphe pro­fes­sion­nel. Très in­for­mé des der­niers dé­ve­lop­pe­ments de la pho­to­gra­phie mo­der­niste eu­ro­péenne, il ap­pré­cie en par­ti­cu­lier les oeuvres da­daïstes, no­tam­ment les pho­to­mon­tages de Raoul Haus­mann consti­tués de lettres. Il semble avoir uti­li­sé un ap­pa­reil de for­mat moyen te­nu à la main. » « SUBWAY POR­TRAIT » JAN­VIER 1941 « Ce cli­ché fait par­tie d’une sé­rie de por­traits pris dans le mé­tro de New York par Evans entre 1938 et 1941, mais qu’il mon­tre­ra seule­ment dans les an­nées 1950. Con­trai­re­ment à ceux des fer­miers amé­ri­cains tou­chés par la crise, Evans cherche ici à réa­li­ser un en­semble gé­né­rique de la po­pu­la­tion amé­ri­caine. C’est un tra­vail concep­tuel qui rompt avec sa ma­nière pré­cé­dente. Pour ob­te­nir cet ef­fet de na­tu­rel, Evans cache l’ap­pa­reil qu’il uti­lise sous son im­per­méable. As­sis sur un siège de mé­tro, il at­tend qu’une per­sonne s’as­seye en face de lui pour dé­clen­cher sans que le su­jet ne s’en aper­çoive, d’où l’in­croyable di­ver­si­té et la ri­chesse des ex­pres­sions et des at­ti­tudes. » « HOUSES AND BILLBOARDS IN ATLANTA » 1936 « Cette image prise fron­ta­le­ment, avec une chambre sur pied, réunit deux thèmes de pré­di­lec­tion de Wal­ker Evans. D’une part, l’ar­chi­tec­ture vic­to­rienne ty­pique des mai­sons en bois fa­bri­quées in­dus­triel­le­ment à moindre coût et ré­pé­tées à l’iden­tique dans les quar­tiers po­pu­laires, et, d’autre part, les af­fiches qui bordent les routes. En ce sens, le pho­to­graphe est pré­cur­seur du pop art d’an­dy Wa­rhol ou de Roy Lich­ten­stein. Et, si l’on re­garde at­ten­ti­ve­ment l’image, on se rend compte que la fe­nêtre de la mai­son de gauche a des ri­deaux blancs et que celle de la mai­son de droite est noire. Ce­la fait écho à l’af­fiche en des­sous, sur la­quelle l’ac­trice Ca­role Lom­bard a un oeil au beurre noir ! »

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