Mat­ch­de­la­se­maine

Dé­pu­tée eu­ro­péenne depuis 2009, cette cen­triste sou­tien d’em­ma­nuel Ma­cron ana­lyse la stra­té­gie du nou­veau pré­sident pour L’UE.

Paris Match - - Sommaire - MA­RIE-PIERRE GRÖNDAHL

« L’EU­ROPE, C’EST UN JEU COL­LEC­TIF. IL FAUT D’ABORD RES­PEC­TER SA PA­ROLE »

Té­ta­ni­sée par une im­plo­sion en cas d’élec­tion de Ma­rine Le Pen, L’UE a ac­cueilli la vic­toire d’em­ma­nuel Ma­cron avec sou­la­ge­ment. Avec bien­veillance aus­si, en par­ti­cu­lier l’al­le­magne où le nou­veau pré­sident (qua­li­fié de « sau­veur » par l’in­fluent heb­do­ma­daire « Die Zeit ») s’est ren­du dès le 15 mai pour ren­con­trer An­ge­la Mer­kel, au plus haut dans les son­dages après un troi­sième triomphe aux élec­tions ré­gio­nales. Une vi­site mar­quée par un vrai suc­cès po­pu­laire – «c’est la pre­mière fois depuis la ve­nue de Ba­rack Oba­ma qu’il y a tant de monde à Ber­lin », dit-on dans l’en­tou­rage de la chan­ce­lière. Et une réus­site po­li­tique, puis­qu’elle a ma­ni­fes­té une sym­pa­thie at­ten­tive pour les pro­jets de son nou­vel ho­mo­logue. Pa­ris Match. Où en est le couple fran­co-al­le­mand ?

Syl­vie Gou­lard. Mal­gré quelques po­si­tions conjointes face à la Rus­sie ou sur la Grèce, la re­la­tion entre Pa­ris et Ber­lin n’est plus as­sez fé­conde. Depuis neuf ans, elle ne fonc­tionne qu’en mode “ges­tion de crise”, sans ou­tils adap­tés, au fil de bou­le­ver­se­ments suc­ces­sifs, de la crise fi­nan­cière à l’ukraine, de l’af­flux des ré­fu­giés aux chan­ge­ments géo­po­li­tiques ma­jeurs que sont l’élec­tion de Do­nald Trump et la ra­di­ca­li­sa­tion de Re­cep Tayyip Er­do­gan. Pen­dant toutes ces an­nées, on a plu­tôt col­lé des rus­tines et pra­ti­qué l’am­bi­guï­té. Dès le lan­ce­ment de son mouvement, Em­ma­nuel Ma­cron a été très clair : il est proeu­ro­péen. Ce qui donne de la cré­di­bi­li­té à sa dé­marche, c’est l’an­té­rio­ri­té de ses prises de po­si­tion par rap­port à son élec­tion. Tout en res­pec­tant le cadre eu­ro­péen, le pré­sident sou­haite tou­te­fois ar­dem­ment le faire évo­luer. Comment ju­gez-vous les di­verses ré­ac­tions ex­pri­mées à Ber­lin ou à Bruxelles depuis dix jours ?

Les com­prendre im­plique de se rap­pe­ler que, pour ses par­te­naires, la France n’a qua­si­ment ja­mais te­nu ses en­ga­ge­ments bud­gé­taires. Or l’eu­rope, c’est un jeu col­lec­tif. Il faut d’abord res­pec­ter sa pa­role. Le pré­sident sait que la confron­ta­tion ne per­met pas d’avan­cer. Et que la France doit re­trou­ver plus de cré­di­bi­li­té sur la scène eu­ro­péenne. La bonne ges­tion du pays n’est pas une purge ad­mi­nis­trée pour faire plai­sir à Bruxelles ou Ber­lin : il est dans l’in­té­rêt des Fran­çais de ré­duire le dé­fi­cit et la dette. D’où sa vo­lon­té de ré­formes qui per­met­tront à ces obli­ga­tions d’être en­fin ho­no­rées et à la France de de­ve­nir un par­te­naire fiable. Quelles ré­formes sont prio­ri­taires ?

Nos dé­penses pu­bliques at­teignent 56 % du PIB. Les di­mi­nuer re­lève de l’in­té­rêt na­tio­nal. Cer­taines po­li­tiques dis­pen­dieuses n’ont pas fonc­tion­né. La for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, mal­gré son coût de plus de 30 mil­liards d’eu­ros par an, n’aide pas les sa­la­riés de Whirl­pool à se re­con­ver­tir. Même échec pour l’école, dont il est in­ad­mis­sible de sor­tir sans sa­voir lire. A ces chan­tiers na­tio­naux s’ajoutent, au ni­veau eu­ro­péen, les dé­fis nés du chan­ge­ment cli­ma­tique, la lutte contre le ter­ro­risme, la po­li­tique de dé­fense et celle de l’im­mi­gra­tion. Et la né­ces­si­té de trou­ver une so­lu­tion cor­recte et digne qui per­mette la sor­tie du Royaume-uni de L’UE. Quelle se­ra la mé­thode du pré­sident ?

Em­ma­nuel Ma­cron est quel­qu’un de prag­ma­tique. Il veut tra­vailler sur tous les su­jets im­por­tants pour notre ave­nir. Sa vi­sion et son car­net d’adresses vont l’y ai­der. Mais rien ne se fe­ra en un jour : il faut beau­coup tra­vailler pour faire conver­ger ce qui a ten­dance à di­ver­ger spon­ta­né­ment. En co­opé­ra­tion avec tous les Etats membres, et avec l’al­le­magne, certes exi­geante, mais dans le bon sens du terme – ce qui en fait un par­te­naire idéal. Car elle aus­si a in­té­rêt à ce que la France re­trouve toute sa place au sein de l’union eu­ro­péenne, pour évi­ter de pe­ser elle-même trop lourd dans le sys­tème, au risque de sus­ci­ter des in­quié­tudes. La presse al­le­mande a men­tion­né la vo­lon­té d’em­ma­nuel Ma­cron de créer des “eu­ro­bonds”, un moyen fi­nan­cier de mu­tua­li­ser les dettes. Soit un chif­fon rouge pour Ber­lin. Est-ce vrai ?

Non, c’est faux. Le nou­veau pré­sident l’a dit et ré­pé­té, ce­la ne fait pas par­tie de ses pro­jets. Ces ru­meurs n’ont d’ailleurs pas été re­layées par An­ge­la Mer­kel, ni par le mi­nistre des Fi­nances Wolf­gang Schäuble. Le meilleur moyen d’évi­ter ces bruits far­fe­lus consiste à re­cons­truire la confiance. Il va fal­loir en­fin de­ve­nir sé­rieux.

L’eu­ro­phile Syl­vie Gou­lard plaide pour une ré­duc­tion du dé­fi­cit et de la dette.

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