FACE AU PIÈGE EDOUARD PHI­LIPPE

La cam­pagne de la droite s’an­nonce com­pli­quée avec la no­mi­na­tion par Em­ma­nuel Ma­cron d’un Pre­mier mi­nistre is­su de ses rangs.

Paris Match - - Po­li­tique - PAR BRU­NO JEU­DY @Jeu­dy­bru­no

Le coup est rude pour Les Ré­pu­bli­cains. Plus rude que ne le pré­voyait Fran­çois Ba­roin. La no­mi­na­tion d’edouard Phi­lippe, dé­pu­té et maire LR du Havre, fon­da­teur de L’UMP avec Alain Jup­pé, a son­né les di­ri­geants de la droite ré­pu­bli­caine. Fran­çois Ba­roin a lui-même bais­sé d’un ton, lun­di 15 mai, sur le pla­teau du 20 Heures de France 2. Il n’est plus ques­tion d’ex­clu­sion. Le chef de file de la cam­pagne des Ré­pu­bli­cains évoque des « re­grets » et dé­nonce une opé­ra­tion d’« ou­ver­ture clas­sique » comme ont pu en faire, avant Em­ma­nuel Ma­cron, Ni­co­las Sar­ko­zy, Jacques Chi­rac ou Va­lé­ry Gis­card d’es­taing.

Lun­di ma­tin, au siège du par­ti, Fran­çois Ba­roin et les membres du co­mi­té de cam­pagne avaient exa­mi­né la si­tua­tion sans at­tendre la no­mi­na­tion du jup­péiste Edouard Phi­lippe à Ma­ti­gnon. A huis clos, ils ont en­ten­du Gilles Boyer, can­di­dat dans les Hautsde-seine et ami très proche d’edouard Phi­lippe, leur conseiller de «ne pas co­gner comme des brutes sur Edouard », car si­non lui-même par­ti­rait. Au­tour de la table, l’em­bar­ras était pal­pable. Le soir, plus d’une tren­taine de par­le­men­taires et élus lo­caux dont quelques té­nors (Na­tha­lie Kos­cius­ko-mo­ri­zet, Chris­tian Es­tro­si,thier­ry So­lère, Be­noist Ap­pa­ru ou en­core Jean-louis Bor­loo) ont pu­blié un ap­pel pour que leur par­ti ac­cepte la main ten­due du nou­veau chef du gou­ver­ne­ment.

Evi­dem­ment, beau­coup de di­ri­geants de droite, no­tam­ment les sar­ko­zystes et les fillo­nistes, flairent dé­jà le piège ten­du par Em­ma­nuel Ma­cron. Cer­tains y voient sur­tout la main da’ lain Jup­pé, qui se ven­ge­rait du re­fus de Ni­co­las Sar­ko­zy et de ses proches d’ap­puyer sa can­di­da­ture pour rem­pla­cer celle de Fran­çois Fillon per­cu­tée en pleine cam­pagne pré­si­den­tielle par le scan­dale du « Pe­ne­lo­pe­gate ».

Fran­çois Ba­roin fait tout pour pré­ser­ver l’uni­té de la droite. Il pré­fère mettre le cap sur les lé­gis­la­tives plu­tôt que re­faire l’his­toire. Le sé­na­teur-maire de Troyes bat dé­jà la cam­pagne de­puis une se­maine. Les Ré­pu­bli­cains ont réus­si à se mettre d’ac­cord sur un pro­gramme qua­li­fié de «syn­thèse» par Fran­çois Ba­roin, car il re­pren­drait les pro­po­si­tions de Fran­çois Fillon, celles de Ni­co­las Sar­ko­zy et celles da’ lain Jup­pé. En réa­li­té, le sar­ko­zyste Eric Woerth a sur­tout res­sus­ci­té les pro­po­si­tions éco­no­miques de Ni­co­las Sar­ko­zy (la baisse de l’im­pôt sur le re­ve­nu de 10 % et les heures sup dé­fis­ca­li­sées), tout en conser­vant la re­traite à 65 ans et la sup­pres­sion de L’ISF.

A Lille, où il a com­men­cé sa cam­pagne le 11 mai, Fran­çois Ba­roin a donc dé­ployé son ar­gu­men­taire cen­tré sur le « nou­veau coup de bam­bou fis­cal » que pré­pa­re­rait Em­ma­nuel Ma­cron avec la hausse de la CSG qui pé­na­li­se­ra, dit-il, re­trai­tés et fonc­tion­naires. Eric Woerth, lui, cible le pré­sident : « Ma­cron est dans une lo­gique de ban­quier d’af­faires. Il fait des deals, comme avec Edouard Phi­lippe.» Pa­tron des dé­pu­tés sor­tants, Chris­tian Ja­cob met en garde : « La dé­mo­cra­tie ne peut pas se ré­su­mer à Ma­cron et au Front na­tio­nal.» Proche d’edouard Phi­lippe, le nor­diste Gé­rald Dar­ma­nin po­si­tive : « Le pro­fil de Fran­çois Ba­roin est plus adap­té pour re­con­qué­rir l’élec­to­rat po­pu­laire qu’on a per­du. Et puis sa per­son­na­li­té aide à ras­sem­bler notre fa­mille.»

Cons­cient que la cam­pagne se­ra com­pli­quée avec un homme de droite à Ma­ti­gnon, Fran­çois Ba­roin veut croire que Les Ré­pu­bli­cains peuvent rem­por­ter la « ba­taille de la clar­té ». Il se de­mande sur­tout comment Edouard Phi­lippe va pou­voir faire cam­pagne contre ceux avec qui il me­nait la ba­taille il y a en­core quelques jours. « Je suis pré­sident des maires de France, la seule ins­ti­tu­tion où la gauche et la droite sont à pa­ri­té. Je sais ce que c’est. Mais je main­tiens que le cli­vage droite-gauche existe », in­siste-t-il. « Ma­cron est le porte-pa­role d’une France des grandes mé­tro­poles. Il pré­fère la géo­gra­phie mon­diale à celle des clo­chers. Moi, je dé­fends l’in­verse.» Pro­gres­sistes contre conser­va­teurs, le dé­bat ne fait que com­men­cer à droite.

Avant de se lan­cer dans ce qui pour­rait consti­tuer sa der­nière ba­taille, Ba­roin, qui rêve de Ma­ti­gnon, a re­lu les ma­nuels de la IVE Ré­pu­blique : « Si nous n’avons pas la ma­jo­ri­té ab­so­lue mais que les élec­teurs nous placent en tête alors nous trou­ve­rons les voix qui manquent. Nous en­tre­rons dans un sché­ma de coa­li­tion avec une dis­cus­sion sur la base d’une pla­te­forme gou­ver­ne­men­tale.» Plu­tôt dis­cret de­puis la pré­si­den­tielle, Laurent Wau­quiez juge la vic­toire dif­fi­cile mais trouve la pa­rade pour se ras­su­rer : « On n’est pas dans l’état du PS. On n’ex­plo­se­ra pas. La pré­si­den­tielle est un ac­ci­dent in­dus­triel. Sans les af­faires, Ma­cron n’était pas au se­cond tour.»

« LA DÉ­MO­CRA­TIE NE PEUT SE RÉ­SU­MER À MA­CRON ET AU FRONT NA­TIO­NAL », SE­LON CHRIS­TIAN JA­COB

Fran­çois Ba­roin, chef de file LR, main­tient que le cli­vage droi­te­gauche existe.

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