L’AR­GENT AU COEUR DES ÉLEC­TIONS

Du ré­sul­tat de juin dé­pend la tré­so­re­rie des par­tis. De quoi mieux com­prendre les ten­sions au­tour des in­ves­ti­tures.

Paris Match - - Législatives - MARIANA GRÉPINET @Ma­ria­na­gre­pi­net

Le Mo­dem a peut-être ga­gné gros dans sa par­tie de po­ker avec La Ré­pu­blique en marche (LRM). De 35 can­di­dats aux lé­gis­la­tives dans la pre­mière liste dé­voi­lée (sur 120 ré­cla­més), Fran­çois Bay­rou est pas­sé à plus de 80. Et rien n’est en­core fi­gé. « Bay­rou au­ra des cir­cons­crip­tions à la hau­teur de son poids, ça peut bou­ger jus­qu’au der­nier jour », confirme en­core un proche du chef de l’etat. La guerre des nerfs n’est donc pas ache­vée. Le bras de fer est tout au­tant po­li­tique qu’éco­no­mique. Comme il le fut avec les dé­pu­tés PS ral­liés qui ont dû re­non­cer à leur éti­quette PS. Car le fi­nan­ce­ment pu­blic des par­tis dé­pend de leurs ré­sul­tats aux lé­gis­la­tives. Deux aides leur sont ain­si ver­sées par l’etat. La pre­mière est ré­par­tie entre les groupes po­li­tiques se­lon le nombre de suf­frages ob­te­nus. Depuis 1988, un par­ti re­çoit ain­si 1,42 eu­ro par voix (chaque an­née pen­dant cinq ans) à condi­tion d’avoir dé­pas­sé au pre­mier tour le seuil de 1 % des suf­frages ex­pri­més dans au moins 50 cir­cons­crip­tions. Et ceux qui ne res­pectent pas l’obli­ga­tion de pa­ri­té sont sanc­tion­nés fi­nan­ciè­re­ment. La se­conde aide pu­blique est at­tri­buée se­lon le nombre de sièges de par­le­men­taires ob­te­nus. «Un dé­pu­té ou un sé­na­teur rap­porte ain­si en­vi­ron 36 000 eu­ros à son par­ti », rap­pelle Jeanf­ran­çois De­bat, tré­so­rier du PS et maire de Bourg-en-bresse. L’en­ve­loppe des­ti­née au fi­nan­ce­ment pu­blic des par­tis est fixée chaque an­née par la loi de fi­nances mais va­rie peu (63,1 mil­lions d’eu­ros en 2016). Pen­dant cinq ans, le PS a ain­si tou­ché chaque an­née quelque 10 mil­lions d’eu­ros grâce à ses 7,9 mil­lions de voix ob­te­nues en 2012 (6 mil­lions pour LR, 4,9 mil­lions pour le FN) et 14,9 mil­lions grâce à ses élus (12,5 mil­lions pour LR et seule­ment 150000 eu­ros pour le FN qui n’a que 2 dé­pu­tés et 2 sé­na­teurs). Le Mo­dem, lui, avait vu depuis 2012 ses sub­ven­tions chu­ter: avec ses 430000 voix et seule­ment 9 par­le­men­taires, il ne per­ce­vait que 840 000 eu­ros par an.

Ce fi­nan­ce­ment éta­tique pèse lourd dans les bud­gets des par­tis. « Une par­tie des dons non uti­li­sés sert, depuis le 7 mai, à faire tour­ner le mouvement, pré­cise Cé­dric O, tré­so­rier de LRM, qui fut aus­si ce­lui de la cam­pagne Ma­cron. Au soir du se­cond tour des lé­gis­la­tives, nous sau­rons le mon­tant de notre fu­tur bud­get. Il suf­fi­ra de faire un prêt re­lais en at­ten­dant le ver­se­ment.»

Les can­di­dats LRM, comme ceux des autres for­ma­tions po­li­tiques, doivent fi­nan­cer leur cam­pagne. « Mais pour ga­gner du temps et fa­ci­li­ter les ob­ten­tions de prêts, on a né­go­cié avec une banque », ex­plique le tré­so­rier. Idem au PS qui a l’ha­bi­tude de tra­vailler avec le Cré­dit co­opé­ra­tif. Les néo­phytes de la po­li­tique doivent donc comme les autres em­prun­ter. Le bud­get tourne en gé­né­ral au­tour de 30 000 à 40 000 eu­ros, soit le mon­tant maxi­mal rem­bour­sé par l’etat si le can­di­dat ré­colte plus de 5 % des suf­frages. « Compte te­nu de nos scores, il n’y a au­cun risque qu’ils ne soient pas rem­bour­sés de leurs frais », pro­met Cé­dric O. Mais les no­vices ne sont pas à l’abri d’er­reurs qui ren­draient leurs comptes in­va­lides. D’où les for­ma­tions or­ga­ni­sées par le par­ti et la mise en place d’une hot­line au QG char­gée de ré­pondre à leurs ques­tions. Au PS, Jean-fran­çois De­bat sait que les re­cettes vont bais­ser. « On est comme un mé­nage, nous ajus­te­rons nos dé­penses en fonc­tion », conclut-il. Quid des can­di­dats qui ter­mi­ne­raient à moins de 5 % ? De­bat se veut confiant : « Ça n’est ja­mais ar­ri­vé et ça n’ar­ri­ve­ra pas. Si c’était le cas, il fau­drait or­ga­ni­ser la so­li­da­ri­té pour rem­bour­ser le prêt… »

Fran­çois Bay­rou semble avoir ga­gné le bras de fer qui l’op­po­sait à LRM sur les can­di­dats de son par­ti.

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