Un rêve fou de pas­sion­nés

Partir Pêcher - - Sommaire N°55 - Texte et pho­tos de Luc Bo­dis

En In­do­né­sie, sur l’île de Sum­ba, Blan­dine, Laurent et Ch­ris­tian se sont lan­cés dans la folle aven­ture de créer un centre de pêche de A à Z…

En In­do­né­sie, sur l’île de Sum­ba, Blan­dine, Laurent et Ch­ris­tian se sont lan­cés dans la folle aven­ture de créer un centre de pêche de A à Z. Et pour faire ve­nir les pê­cheurs, fran­çais en par­ti­cu­lier, ils ont fait ap­pel à un voya­giste spé­cia­li­sé, Jean-Michel Sy de Mé­moire d’un fleuve.

Di manche 4 mars der­nier, je re­trouve JeanMi­chel Sy, le boss de Mé­moire d’un fleuve, à l’aé­ro­port Charles de Gaulle en fin d’après-mi­di. C’est en In­do­né­sie que nous par­tons et l’île de Sum­ba est notre lieu de des­ti­na­tion fi­nale. Le voyage va être long, l’In­do­né­sie, ce n’est pas la porte à cô­té. Notre vi­rée est un sé­jour de to­tale dé­cou­verte, une avant avant- pre­mière. J ean- Michel a quelques in­for­ma­tions suc­cinctes sur le lieu, la pêche, mais sans plus. Dé­cou­vrir et dé­brous­sailler le ter­rain, c’est son truc et je dois avouer que j’aime aus­si ça. Ce n’est d’ailleurs pas par ha­sard si nous nous re­trou­vons une nou­velle fois en­semble. Son contact à Sum­ba est une vieille connais­sance puis­qu’il s’agit de Ch­ris­tian Bé­na­zet que nous connais­sons dé­jà. Il y a une di­zaine d’an­nées, il of­fi­ciait avec son frère du cô­té d’Igué­la, au Ga­bon. On y re­vient tou­jours… Après quelques heures de vol ser­rés comme des sar­dines dans leur boîte ad hoc – Air France com­prime ses pas­sa­gers comme son per­son­nel –, une es­cale à Sin­ga­pour et un deuxième tra­jet cette fois sur la KLM, nous at­tei­gnons en­fin l ’ aé­ro­port in­ter­na­tio­nal Ngu­rah Rai de Den­pa­sar, la ca­pi­tale de la pro­vince in­do­né­sienne de Ba­li. Ré­cu­pé­ra­tion de nos ba­gages sans pro­blème, contrôle de po­lice sans sou­ci et nous voi­là sor­tis. De­hors, un taxi­man nous at­tend avec une pan­carte por­tant nos deux noms, nous nous en­gouf­frons dans son vé­hi­cule. Si l’aé­ro­port ne se trouve qu’à une quin­zaine de ki­lo­mètres de

Den­pa­sar, il nous faut tout de même une bonne cin­quan­taine de mi­nutes pour re­joindre la villa où nous de­vons pas­ser la nuit avant de re­par­tir pour notre der­nier tra­jet nous me­nant à notre point fi­nal. A Ba­li, il y a bien sûr des voi­tures, mais c’est aus­si et sur­tout le royaume des scoo­ters, cha­cun d’entre eux trans­por­tant une, deux, voire sou­vent trois per­sonnes. Ça se fau­file à gauche, ça se glisse à droite, ça roule sur la chaus­sée comme sur les bas cô­tés. Ces nuées de scoo­ters à la conduite dé­rou­tante pour un non ini­tié, notre chauf­feur en a l’ha­bi­tude et c’est avec un calme olym­pien qu’il nous conduit à bon port. Ar­ri­vés à la villa, nous sommes ac­cueillis pars Wayam, notre hô­tesse, il est 21 heures, heure lo­cale. De­main se­ra un autre jour.

Nous ar­ri­vons à coup sûr bien trop tôt

Le len­de­main, après un saut de puce d’une heure quinze, nous at­ter­ris­sons en­fin sur l’aé­ro­port de Wain­ga­pu et l’île de Sum­ba.

Cette fois, c’est Blan­dine, la big boss de l’en­droit où nous al­lons qui vient nous cher­cher. Soeur de Ch­ris­tian, ce pe­tit bout de femme est un concen­tré de dé­ter­mi­na­tion. Bour­lin­gueuse ayant un grand nombre de pays à son ac­tif, elle a ce­pen­dant fi­ni par po­ser son sac à Sum­ba il y a quelques an­nées et, outre ses autres ac­ti­vi­tés pro­fes­sion­nelles sur l’île, elle a eu cette idée de créer le Sum­ba Dream, un com­plexe hô­te­lier dé­dié aux loi­sirs avec, entre autres, un pôle pêche spor­tive, rai­son de notre ve­nue. « Vous al­lez voir, vous al­lez hal­lu­ci­ner tant l’en­droit est beau… Mais at­ten­tion, tout n’est pas en­core fi­ni » nous confie-t-elle tout en nous condui­sant à bord de son 4x4 sur la route qui nous mène au saint des saints. Nous ayant au­pa­ra­vant re­çu pour dé­jeu­ner dans sa su­perbe villa au dé­cor somp­tueux qu’elle a elle-même créé et construite, notre ima­gi­naire ne peut qu’al­ler bon train. L’ar­rêt est ce­pen­dant bru­tal à notre ar­ri­vée sur le site. S’il existe bien des bun­ga­lows plu­tôt bien conçus, trois seule­ment sont opé­ra­tion­nels. Un qua­trième sert mo­men­ta­né­ment d’abri pour ma­té­riaux et un autre est en construc­tion. Tout comme le res­tau­rant an­non­cé d’ailleurs. L’en­semble ima­gi­né par Blan­dine et Laurent, l’homme qui par­tage sa vie, se­ra cer­tai­ne­ment dans le fu­tur à la hauteur de leurs es­pé­rances, mais pour l’heure, nous ar­ri­vons à coup sûr bien trop tôt. Tout ce­la fait un peu chan­tier avec les tra­vailleurs qui s’ac­tivent. Jean-Michel fait la moue, ce n’est pas tout à fait ce qu’on lui avait dé­crit. Franck, le pê­cheur qui doit par­ta­ger notre sé­jour, est en­core en pêche avec Ch­ris­tian. Venant d’Aus­tra­lie, il est ar­ri­vé deux jours plus tôt. En at­ten­dant leur re­tour, nous nous ins­tal­lons tran­quille­ment…

Vers 17 heures, nous les voyons re­ve­nir. Tout le monde est heu­reux de se connaître et/ou de se re­voir. Evi­dem­ment, très vite, la conver­sa­tion dé­rive sur la pêche. Alors ? « Au­jourd’hui, nous avons dou­blé le score d’hier, nous annonce Franck. Deux poissons, un job­fish pris à la traîne, un bar­ra d’une cin­quan­taine de cen­ti­mètres et une casse ! » Bon… Pour notre pre­mière sor­tie en mer, Ch­ris­tian a pré­vu un dé­part vers 8 heures. Pour­quoi pas ! Le ba­teau étant à l’ancre au pe­tit large – ma­rée oblige –, c’est en barque tra­di­tion­nelle que nous le re­joi­gnons. A bord, Oti, le ma­rin, nous ac­cueille avec un grand sou­rire et nous quit­tons ra­pi­de­ment l’en­droit pour al­ler sur une zone de haut-fond choi­sie par Ch­ris­tian.

Sur une heure, les dé­rives s’en­chaînent

Au plus haut, on est à 9 mètres et l’eau est si lim­pide qu’on dis­tingue le fond. Sur une heure, les dé­rives s’en­chaînent sans la moindre touche. Chan­ge­ment d’en­droit, de Me­ti Aé nous al­lons sur Nus­sa, une autre zone de haut-fond du même ordre. Là en­core, nous avons beau pas­ser en re­vue nos leurres, pe­tits comme gros, pop­pers comme stick­baits et poissons na­geurs, rien ne bouge, pas le moindre pe­tit fré­mis­se­ment de na­geoire. Pour­sui­vant notre che­min, nous quit­tons la calme mer de Sa­vu et pé­né­trons dans les pre­miers cou­rants de l’océan In­dien où ça remue un peu plus. Après huit heures de pêche au to­tal, nous n’en­re­gis­trons pas une touche, pas un sui­vi, c’est le vide si­dé­ral ! Le soir, Jean-Michel de­mande donc à Ch­ris­tian à ce qu’on parte bien plus tôt.

Oti offre à Franck sa pre­mière ca­rangue

Le l en­de­main, i l est 4 heures du ma­tin quand nous em­bar­quons. Grâce au jeu des ma­rées, le ba­teau se t rouve cette f ois près du bord, dans la man­grove, et nous n’avons be­soin d’au­cune barque pour le re­joindre hor­mis prendre un pe­tit bain ma­ti­nal. S’étant dé­ga­gé du point de mouillage avec l ’ ap­pui de Oti en po­si­tion de vi­gie, Ch­ris­tian met alors le cap en di­rec­tion de Pen­da et Wu­la, deux zones de haut-fond si­tuées cô­té océan In­dien. I l s emble confiant d’au­tant que c’est par là que Franck a été vic­time d’une casse re­ten­tis­sante lors de sa se­conde sor­tie. Le le­vé du jour est su­blime et nous avons le temps d’en pro­fi­ter plei­ne­ment car le tra­jet dure pas loin de 2 heures 30 pour ar­ri­ver sur le spot. Une fois en­core, nous nous met­tons en

dé­rive et les leurres parlent. A l’ar­rière du ba­teau, Franck lance et re­lance son Black Wave de bon poids, tel un mé­tro­nome. A chaque ti­rée, si ça « splash » ef­fi­ca­ce­ment à la sur­face, c’est pour­tant Oti qui, ayant pris une canne et lan­cé dans les vagues dé­fer­lant sur la plage, prend la pre­mière châ­taigne. Sans perdre une se­conde, il donne la canne à Franck qui s’en sai­sit et entre im­mé­dia­te­ment en ac­tion. Quelques mi­nutes plus tard, c’est une belle GT d’une di­zaine de ki­los qui est em­bar­quée, pho­to­gra­phiée et ra­pi­de­ment re­mise à l’eau. Ce pois­son fait du bien au mo­ral de la troupe. Mal­heu­reu­se­ment, ex­cep­té la prise d’un autre pois­son aus­si grand que le stick­bait en­voyé par JeanMi­chel, nous en res­tons là. Lors des quelques plon­gées qu’il réa­lise, Ch­ris­tian a beau nous af­fir­mer que les fonds sont ma­gni­fiques et qu’il y a du pois­son, pe­tit certes, mais du pois­son, ses dires sont loin de nous convaincre. En ef­fet, il n’est pas be­soin d’être grand clerc pour consta­ter que les pla­teaux co­ral­liens que nous pros­pec­tons de­puis deux jours sont uni­for­mé­ment gri­sâtres et sur­tout qua­si­ment sans vie, voire peu­têtre dans les failles, et en­core. Le soir, de re­tour au Sum­ba Dream, Jean-Michel et moi fai­sons le point. Avec un ba­teau ar­ri­vé sur place il n’y a qu’un gros mois seule­ment, un skip­per ha­bi­tué aux pêches ga­bo­naises, mais en­core sans grande connais­sance des tech­niques « ma­rines »

de l’en­droit ain­si qu’une zone cô­tière des plus dou­teuses, force est de consta­ter que la co­lonne des points né­ga­tifs s’al­longe consi­dé­ra­ble­ment. Et ce­la d’au­tant plus que la pres­ta­tion à terre ne rat­trape rien.

Les eaux tur­quoises et le rouge de Sa­lu­ra

Le jour sui­vant, Ch­ris­tian nous pro­pose d’al­ler pros­pec­ter Ha­lu­ra et Sa­lu­ra, deux îles si­tuées au sud-est de Sum­ba, et c’est donc une nou­velle fois à 4 heures du ma­tin que nous par­tons. En cours de route, nous nous ar­rê­tons dans un en­droit su­perbe. Le spot est consti­tué de roches dé­cou­pées à sou­hait qui s’avancent en mer. Quelques lan­cers, trop peu nom­breux à mon goût, et nous re­par­tons dé­jà, his­toire de ne pas perdre trop de temps car il y a en­core de la route à faire. A l’ave­nir, il semble évident que l’en­droit de­vra être pê­ché mé­ti­cu­leu­se­ment aux di­vers mo­ments de ma­rées car, in­con­tes­ta­ble­ment, ça sent le pois­son à plein nez. En fait, nous al­lons mettre plus de quatre heures pour ar­ri­ver à Sa­lu­ra, la plus pe­tite des deux îles re­liée l’une à l’autre par un isthme à moi­tié im­mer­gé. Ici en­core, l’en­droit est ma­gique. L’eau tur­quoise et le sable do­ré par le so­leil sont un vé­ri­table ré­gal pour les yeux. Cô­té pêche, c’est moins idyl­lique puisque nous n’en­re­gis­trons qu’une at­taque concré­ti­sée par une seule prise, un rouge d’une hui­taine de ki­los pris dans les rou­leaux, au des­sus d’une plaque de sable en­tou­rée de roches. Là en­core, avec un peu plus de temps… Sur le che­min du re­tour avec un ar­rêt sur Wu­la, Oti of­fri­ra en­core à Franck le plai­sir de com­battre un nou­veau pois­son, une ca­rangue à points bleus qui conclu­ra là notre jour­née. Dès lors, même en res­tant op­ti­miste, cha­cun sait qu’en ce qui concerne ce sé­jour la messe est dite. Oti a per­du son sou­rire, Ch­ris­tian reste des plus dis­crets. Quant à Franck, Jean-Michel et moi, nous sa­vons qu’à moins d’un mi­racle, ce­la ne de­vrait pas s’ar­ran­ger.

Les pêches for­cées de l’après-mi­di

Les deux jours sui­vants ne rat­tra­pe­ront en rien nos af­faires. Pour une rai­son qui m’échappe en­core – la ma­rée a bon dos -, l’avant der­nier jour, nous ne sor­ti­rons en mer que l’après-mi­di sans prendre ou même faire suivre le moindre pois­son. Pour l’ul­time sor­tie, à 6 heures du ma­tin et au mo­ment de par­tir, le ba­teau res­te­ra tan­qué dans le sable. Une fois en­core, nous ne sor­ti­rons qu’en deuxième par­tie de jour­née. Certes, avec six prises, ce se­ra en nombre la plus belle pêche que nous réa­li­se­rons du­rant ce sé­jour, mais quatre bar­ra­cu­das d’une soixan­taine de cen­ti­mètres, une pe­tite ca­rangue à points bleus et une ai­guillette peuvent-ils faire chan­ger la donne ? Bien évi­dem­ment, ce re­tour de pêche as­sez dé­ce­vant, il faut bien l’avouer, ne concerne que notre sé­jour et ces quelques jour­nées sur l’eau en ce dé­but mars 2018. Pas­ser à tra­vers existe sur toutes les des­ti­na­tions et peut-être qu’à une autre époque et dans d’autres cir­cons­tances… Créer un centre de pêche, qu’il soit camp ou Lodge, est loin d’être fa­cile. Pour ce qui est du Sum­ba Dream Fishing, il ne fait au­cun doute que ses créa­teurs sont pé­tris de bonne vo­lon­té et qu’ils y mettent tout leur coeur pour al­ler au bout de leur rêve. Nous n’en avons vu que l’ébauche. Tout au long du sé­jour, Jean-Michel Sy, le voya­giste, au­ra échan­gé avec Blan­dine, Laurent et Ch­ris­tian, les ré­cep­tifs. Tout au­ra été pas­sé en re­vue aus­si bien au ni­veau pres­ta­tion ter­restre qu’en ma­tière de pêche. Cha­cun au­ra ex­po­sé ses idées et tout le monde se se­ra ac­cor­dé à re­con­naître qu’il y avait en­core bien du tra­vail à réa­li­ser. Le fu­tur nous di­ra donc ce qu’il en est. •

Franck, ici en com­pa­gnie de Ch­ris­tian, l’au­ra at­ten­due cette GT.

Dé­but de sé­jour et mon­tage des leurres… Tous les es­poirs sont per­mis.

Ch­ris­tian et Oti, c’est sur eux que re­pose la pêche au Sum­ba Dream Fishing.

La re­mise à l’eau fait par­tie de la pêche spor­tive et notre pê­cheur n’y dé­ro­ge­ra pas.

Le­ver du jour, nous croi­sons un ba­teau de pê­cheurs in­do­né­siens aux pro­jec­teurs puis­sants et en pleine ac­tion…

C’est par­ti pour Franck…

Dans cette par­tie de l’In­do­né­sie, les toi­tures des mai­sons tra­di­tion­nelles sont ca­rac­té­ris­tiques.

Cette fois, c’est sur 50 lb que Franck est aux prises avec son ad­ver­saire.

Lors de notre sé­jour, les pla­teaux co­ral­liens cô­té mer de Sa­vu se­ront qua­si­ment sans vie… Ques­tion d’époque ?

Ch­ris­tian a ses croyances en ma­tière de leurres…

Pas bien grosse cette igno­bi­lis, mais elle a au moins l’avan­tage d’exis­ter.

La ca­rangue est prise, mais ce n’est qu’en tout der­nier lieu qu’elle se ren­dra…

Jean-Michel Sy n’est pas un voya­giste pas­sif… Pour bien conseiller les ré­cep­tifs comme les pê­cheurs, il faut sa­voir ce qu’il en est réel­le­ment.

Le pop­per ne marche pas… On passe au stick­bait !

7,50 mètres, deux mo­teurs de 115 ch, bien équi­pé… Le ba­teau de Sum­ba Dream Fishing est par­fait pour pê­cher à trois ou quatre bons lan­ceurs.

Ce rouge n’a pas ré­sis­té à l’at­trait du pop­per, à la plus grande joie de Ch­ris­tian qui nous le pré­sente.

Opi­niâtre, Franck n’est pas pê­cheur à bais­ser les bras. Dès qu’il en au­ra l’oc­ca­sion, il lan­ce­ra, lan­ce­ra et lan­ce­ra en­core… Une vé­ri­table ma­chine !

Loin de ses la­gunes ga­bo­naises, Ch­ris­tian est, ici, en ap­pren­tis­sage ac­cé­lé­ré dans un mi­lieu pas fa­cile.

Cette ca­rangue à points bleus se­ra le der­nier pois­son pris par Franck du­rant ce sé­jour.

Quand la pa­lette des bleus du ciel et de la mer, ici à Ha­lu­ra et Sa­lu­ra, ré­jouit l’oeil…

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