Les tro­phées de la Se­re­na

Partir Pêcher - - Sommaire N°55 - Texte et pho­tos de Ara­nud Filleul

Sur la Se­re­na, un pê­cheur de bro­chet peut pul­vé­ri­ser son re­cord plu­sieurs fois dans la même jour­née…

Ah, le gros bro­chet ! La vraie grosse prise, le pois­son dont rêve tout pê­cheur de France ! Ce tro­phée est très dif­fi­cile à trou­ver dans nos eaux, mais en Es­pagne, il y a un lac ma­gique : la Se­re­na. Là-bas, un pê­cheur de bro­chet peut pul­vé­ri­ser son re­cord plu­sieurs fois dans une même session. Ré­cit d’une jour­née de pêche hors norme…

Ima­gi­nez deux pê­cheurs dans leur ba­teau, sur un lac de 14 000 hec­tares en­tou­ré d’une na­ture sau­vage. Ils sont to­ta­le­ment seuls, il n’y a au­cun autre hu­main sur le lac. L’im­men­si­té de ce splen­dide lac pour eux-seuls ! Et que cap­turent-ils ? Des bro­chets me­su­rant 1 mètre et da­van­tage, et en nombre... Je viens de

Le ba­teau de Sté­phane est un vé­ri­table tank. Cette em­bar­ca­tion ra­pide, mais très lourde, est par­ti­cu­liè­re­ment stable. On peut pê­cher de­bout, en bor­dure du ba­teau, sans le faire tan­guer.

dé­crire un rêve ? Pas du tout, c’est une jour­née bien réelle que j’ai vé­cue en Es­pagne. Et cette jour­née, vous pour­riez la vivre éga­le­ment. Bien­ve­nue sur le lac de la Se­re­na, joyau d’Es­pagne, et pa­ra­dis du pê­cheur de bro­chet. Lors de mon der­nier sé­jour en Es­pagne, j’ai choi­si de res­ter un mois en­tier pour me don­ner le temps de tes­ter plu­sieurs des­ti­na­tions. J’ai ain­si ef­fec­tué plu­sieurs sor­ties, sur di­vers lacs, avec un guide ex­trê­me­ment ta­len­tueux, Sté­phane Quin­ton, ins­tal­lé sur le cé­lèbre lac d’Orel­la­na, en Es­tré­ma­dure. Mais il n’était pas ques­tion, du­rant ce sé­jour, d’in­sis­ter sur le lac Orel­la­na, une des­ti­na­tion que j’ai dé­jà pré­sen­tée dans les pages de Par­tirPê­cher. Je sais très bien qu’on peut prendre quinze bro­chets par jour et par pê­cheur sur Orel­la­na, mais ce n’était pas le but de ma ve­nue en Es­pagne. Pour ce sé­jour, je vou­lais du gros pois­son. J’ai donc de­man­dé à Sté­phane s’il avait une idée pour ef­fec­tuer une jour­née de pêche en­tiè­re­ment orien­tée sur la re­cherche du pois­son tro­phée. Il m’a ré­pon­du : « sur le lac de la Se­re­na, un bro­chet sur deux dé­passe le mètre... » Bien, bien, al­lons vé­ri­fier ce­la.

La Se­re­na, un lac de 14 000 hec­tares

Le lac de la Se­re­na ne m’était pas to­ta­le­ment in­con­nu. Je l’avais pê­ché du­rant l’été 2007, dé­jà avec Sté­phane, mais à l’époque, nous re­cher­chions les bar­beaux co­mi­zo qui abondent le long des bor­dures. Ce bar­beau à la gueule ter­mi­nale et pro­trac­tile est vo­lon­tiers car­nas­sier, il at­taque les pe­tits leurres et pro­duit un com­bat épous­tou­flant en com­pa­rai­son de sa taille. A cette époque, nous avions pris de nom­breux bar­beaux, mais nous n’avions pas es­sayé le bro­chet. Le temps a pas­sé, et ces der­nières an­nées, Sté­phane a pro­duit un tra­vail de pros­pec­tion gi­gan­tesque, sur la Se­re­na et sur bien d’autres lacs. On peut le dire de fa­çon sûre : per­sonne ne connaît la Se­re­na comme Sté­phane. Or, il ne s’agit pas d’un lieu de

pêche ano­din. Avec ses 14 000 hec­tares, c’est une des plus grandes re­te­nues d’eau ar­ti­fi­cielle d’Eu­rope. Et là, vous al­lez me dire : « un lac de cette taille avec des bro­chets énormes, ça doit être rem­pli de pê­cheurs ! » Pas du tout, il n’y a presque ja­mais de pê­cheurs ici. Et pour une rai­son simple : à part au prin­temps, lorsque les bro­chets sont fa­ciles à lo­ca­li­ser dans les arbres im­mer­gés, la pêche est très dif­fi­cile. Quand les eaux baissent, les gros spé­ci­mens partent de leurs spots les plus évi­dents, et se dis­persent dans 14 000 hec­tares, ajou­tant de grands mou­ve­ments ver­ti­caux dans la co­lonne d’eau à leurs dé­pla­ce­ments ho­ri­zon­taux. Ils sont très durs à trou­ver, et après quelques ca­pots, les pê­cheurs cessent de ve­nir sur ce lac, pré­fé­rant al­ler pê­cher à Orel­la­na, pour faire du nombre. C’est là que Sté­phane in­ter­vient. Car Sté­phane ne pros­pecte pas les bor­dures au ha­sard. Si vous lon­gez la mau­vaise bor­dure, si vous pê­chez à la mau­vaise pro­fon­deur, vous al­lez pen­ser que le lac est vide. In­verse- ment, si vous al­lez di­rec­te­ment sur les spots où les bro­chets sta­tionnent, ce se­ra le bro­chet du mètre, sou­vent dès le pre­mier lan­cer. Sté­phane vous em­mè­ne­ra sur ces spots. Nous voi­ci donc, un ma­tin de novembre, de­vant le lac de la Se­re­na. Il est tou­jours aus­si su­perbe, mais en cette sai­son, les berges com­mencent à ver­dir, alors que les herbes grillées sont jaunes en été. C’est donc une am­biance to­ta­le­ment dif­fé­rente de ce que j’avais vé­cu par le pas­sé. Par­tout au­tour de nous, des monts verts à l’herbe rase, voire de pe­tites mon­tagnes, donnent un charme in­croyable à ce site. Le ba­teau est im­mé­dia­te­ment mis à l’eau et nous em­bar­quons. J’aime beau­coup le bass-boat que nous uti­li­sons, un vé­ri­table tank, très lourd et très stable. On peut se dé­pla­cer sur le bord sans qu’il bouge, et c’est très ap­pré­ciable. Sté­phane l’ap­pelle, avec hu­mour, son « bass-boat russe », et c’est vrai qu’il y a de ça : rus­tique et ef­fi­cace. La pêche com­mence, en es­sayant de trou­ver d’em­blée les te­nues des

bro­chets. Je rap­pelle la par­ti­cu­la­ri­té de ces grands lacs d’Es­pagne : les mou­ve­ments ver­ti­caux sont im­por­tants et in­ver­sés par rap­port aux lacs des ré­gions froides. Le bro­chet n’est pas dans son en­vi­ron­ne­ment d’ori­gine, il a du mal à sup­por­ter les étés très chauds d’Es­pagne. Les tem­pé­ra­tures peuvent at­teindre 45°C du­rant l’été, c’est bien trop pour un bro­chet. Ré­sul­tat : du­rant l’été, les bro­chets se tiennent très en pro­fon­deur, cher­chant la fraî­cheur. In­ver­se­ment, à l’au­tomne, lorsque les tem­pé­ra­tures des­cendent, l’eau de sur­face re­de­vient agréable pour les bro­chets, et ils re­montent dans la co­lonne d’eau. Ils se tiennent alors vo­lon­tiers le long de la pente, sou­vent près de la berge, par­fois car­ré­ment au bord. Sté­phane com­mence donc par ex­plo­rer une pointe qui des­cend pro­gres­si­ve­ment vers les pro­fon­deurs du lac, pour lo­ca­li­ser la pro­fon­deur op­ti­male de pêche. Nous fai­sons plu­sieurs lan­cers, en com­men­çant contre la berge, puis en ex­plo­rant la pente, tout en la des­cen­dant. C’est tout l’in­té­rêt de la pêche en ba­teau, on peut pros­pec­ter le long de la pente dans le sens de la des­cente, et donc sans s’ac­cro­cher. Et tout d’un coup, pan ! La touche in­ter­vient sur le leurre de Sté­phane, alors qu’il ve­nait de lan­cer contre la berge, dans 50 cen­ti­mètres d’eau. Il est au com­bat, ça se dé­fend très bien, et ef­fec­ti­ve­ment, c’est un beau pois­son. Sté­phane sort un bro­chet de 85 cen­ti­mètres ven­tru et large. Et là, il me dit : « c’est un pe­tit... » D’ac­cord, je vois ce qui nous at­tend... Le pois­son est ra­pi­de­ment re­mis à l’eau. Nous re­pre­nons la pêche et nous vé­ri­fions que les bro­chets sont bien en bor­dure. C’est à mon tour d’avoir une touche ap­puyée sur le leurre souple que je viens de lan­cer contre la bor­dure. Beau com­bat, un beau rush, mais je contrôle le pois­son et le sai­sis par les ouïes. C’est de nou­veau un « pe­tit » bro­chet de 85 cen­ti­mètres. Bien des pê­cheurs fran­çais se­raient dé­jà très heu­reux de ce dé­but de pêche, mais Sté­phane m’as­sure que les choses sé­rieuses vont bien­tôt com­men­cer.

Les bro­chets re­pé­rés sont en bor­dure

Les bro­chets sont re­pé­rés, ils sont en bor­dure, ça va mordre ! 10 mi­nutes plus tard, Sté­phane est au com­bat, et on voit bien que c’est un autre re­gistre. Le pois­son est très lourd, il sonde, sort du fil à plu­sieurs re­prises : c’est net­te­ment plus gros. Je vois une ma­gni­fique gueule den­tée ar­ri­ver en sur­face, je re­marque aus­si le dos large du pois­son. Cette fois, on peut dire que c’est un beau bro­chet. Sté­phane le fatigue un peu avant de l’em­bar- quer. Il vaut mieux évi­ter de prendre le pois­son alors qu’il est en­core en forme. Des coups de tête ra­geurs lorsque la ban­nière est mi­ni­male ris­que­raient d’en­traî­ner un dé­cro­chage. Mieux vaut le lais­ser faire trois ou quatre rushes en pleine eau, puis l’ame­ner à la barque lors­qu’il est prêt à faire la planche. At­ten­tion ce­pen­dant, il ne faut ja­mais lais­ser de mou dans la ligne à mi-com­bat, le leurre pour­rait sor­tir de la gueule sur un simple mou­ve­ment de tête. Il faut res­ter ferme tout en lais­sant le bro­chet se fa­ti­guer. Sté­phane amène le pois­son à la barque, glisse la main dans les ouïes, entre l’oper­cule et le pre­mier arc bran­chial. C’est le seul en­droit où on peut prendre un bro­chet sans se faire cou­per les doigts. Ne met­tez

ja­mais votre main au ha­sard dans les bran­chies, elles sont ex­ces­si­ve­ment cou­pantes, sur­tout avec la force d’un gros bro­chet. Il faut lon­ger la par­tie in­terne de l’oper­cule et pla­cer les doigts vers l’avant du pre­mier arc bran­chial, pour trou­ver une zone non cou­pante. Et il ne faut pas trop en­fon­cer les mains, sous peine de ren­con­trer les dents par l’in­té­rieur. Sté­phane ef­fec­tue cette prise et sort le pre­mier vrai gros pois­son de la jour­née : 97 cen­ti­mètres, mas­sif, une belle robe, il est su­perbe ! Alors je ré­sume ; nous pê­chons de­puis quelques di­zaines de mi­nutes, nous avons deux bro­chets de 85 cen­ti­mètres, un bro­chet de 97 cen­ti­mètres, et nous avons lo­ca­li­sé la pro­fon­deur des bro­chets. La jour­née s’annonce ex­cel­lente.

Pas un hu­main, pas un ba­teau, per­sonne

Sté­phane ne s’at­tarde pas. Lors­qu’une zone est ex­ploi­tée, il n’hé­site pas à faire de longs dé­pla­ce­ments pour al­ler di­rec­te­ment sur d’autres postes qu’il connaît. Il m’ex­plique : « si tu lances au ha­sard, en lon­geant la pre­mière bor­dure qui vient, tu peux pê­cher des heures sans avoir une touche. Les bro­chets sont presque tou­jours sur les mêmes te­nues. » Et si vous n’avez pas ex­plo­ré les 14 000 hec­tares de ce lac, vous ne connais­sez pas ces te­nues… Et vi­si­ble­ment, c’est le cas des pê­cheurs de la ré­gion, y com­pris des autres guides de pêche du coin. Ce­la va vous pa­raître in­croyable, mais du­rant cette jour­née su­perbe, nous étions seuls ! Seuls sur 14 000 hec­tares ! Pas un hu­main, pas un ba­teau, per­sonne, seule­ment nous et la na­ture.

Et l’émer­veille­ment va conti­nuer. Nous ar­ri­vons sur un autre poste après une di­zaine de mi­nutes de na­vi­ga­tion. On com­mence par ex­plo­rer des zones ma­gni­fiques : des eu­ca­lyp­tus par­tiel­le­ment im­mer­gés dont les branches dé­passent un peu par­tout. C’est su­perbe, ce­la me rap­pelle des postes à pea­cocks, mais les poissons ne sont pas là au­jourd’hui. On n’in­siste pas, on va di­rec­te­ment sur la berge d’en face, et là j’ai une touche d’em­blée sur mon Storm, tou­jours dans très peu d’eau. C’est très lourd. Le pois­son reste d’abord im­mo­bile, puis pro­duit deux coups de tête dont l’am­pli­tude me fait im­mé­dia­te­ment comprendre que je tiens un gros spé­ci­men. Je le ra­mène en force, frein très ser­ré, pour le sor­tir des branches qui abondent le long de la berge. Après cette sor­tie des branches en force, je des­serre lé­gè­re­ment le frein pour que le bro­chet se fatigue en pleine eau. Il sonde trois fois de suite, puis­sam­ment. Puis il ar­rive en sur­face, et je contemple un splen­dide spé­ci­men, plus gros que les pré­cé­dents. Il hoche de la tête à l’aplomb

du ba­teau, mais il com­mence à se fa­ti­guer. L’ha­me­çon est bien pris sur le cô­té du den­taire. Je fais glis­ser le pois­son vers Sté­phane qui sai­sit le gros bas de ligne, puis em­barque le bro­chet. Je contemple ma prise : 1,03 mètre, une splen­deur de bro­chet à la gueule mas­sive, par­fai­te­ment den­tée. Ça, c’est un bro­chet ! Je me dis que ce se­rait la prise d’une vie pour bien des pê­cheurs res­tant en France, ce lac est vrai­ment ma­gique.

Il faut une tresse très ré­sis­tante

La j our­née va se pas­ser ain­si, à ex­plo­rer mé­tho­di­que­ment mais sans perdre de temps les postes ré­fé­ren­cés par Sté­phane au cours de ses mul­tiples ex­plo­ra­tions du lac. Ce jour-là, il s’agit es­sen­tiel­le­ment de bor­dures en­com­brées, no­tam­ment des pointes ro­cheuses. Un mot, jus­te­ment sur le ma­té­riel né­ces­saire pour sor­tir les gros bro­chets de ces postes rem­plis d’arbres et de pierres. Sur le mou­li­net, il faut une tresse très ré­sis­tante, au moins 15 ki­los. On po­si­tionne en­suite une tête de ligne d’au moins deux mètres, en mo­no­fi­la­ment, de dia­mètre 50 cen­tièmes. Cette tête de ligne ré­sis­te­ra aux branches et aux roches, en cas de contact du­rant le com­bat. Pour le rac­cord tres­se­ny­lon, uti­li­sez le noeud ja­po­nais. Il n’im­plique au­cune tor­sion du mo­no­fi­la­ment et passe donc très fa­ci­le­ment dans les an­neaux, même avec un 50 cen­tièmes. En­fin, au bout de cette tête de ligne, on rac­corde 80 cen­ti­mètres de fluo­ro­car­bone 90 cen­tièmes. Ce gros dia­mètre per­met de ré­sis­ter par­fai­te­ment aux dents du bro­chet, il est très rare de se faire cou­per. Et c’est beau­coup plus pra­tique d’uti­li­sa­tion qu’un bas de ligne d’acier. N’ou­bliez pas que les ha­me­çons et les an­neaux bri­sés des leurres doivent suivre. Il va fal­loir sor­tir en force des bro­chets dont le pre­mier ré­flexe est de son­der dans les branches. Ça ne laisse pas de place à un ma­té­riel trop fai­blard. Il faut du cos­taud, et on pen­se­ra donc à chan­ger les ha­me­çons des leurres pour des mo­dèles Ow­ner. Idem pour les an­neaux bri­sés. No­tez que cer- tains leurres sont bien ar­més d’ori­gine. Par exemple, un gros Storm, avec son gros ha­me­çon simple est par­fai­te­ment pen­sé pour le bro­chet. L’ha­me­çon ré­siste au com­bat, et comme il sort lar­ge­ment du dos du leurre, il se plante bien dans la large gueule den­tée du bro­chet. Mais pour le poste sui­vant, j’ai en­vie d’es­sayer un leurre de sub-sur-

face. Les bro­chets se tiennent dans très peu d’eau, ils de­vraient ac­cep­ter sans mal un stick­bait Orion. Je po­si­tionne donc un Big Foot sur mon bas de ligne et com­mence à pros­pec­ter la berge d’une nou­velle pointe ro­cheuse. Sté­phane fait de même avec son leurre souple. C’est lui qui a la pre­mière touche. C’est en­core plus gros ! Su­perbe ba­garre, une gueule énorme vient écla­bous­ser la sur­face. Le bro­chet se dé­fend avec force, mais il est fi­na­le­ment em­bar­qué. Il est mons­trueux, un vrai bes­tiau ! 1,05 mètre pour près de 10 ki­los, avec une lar­geur et une hauteur de corps très im­pres­sion­nantes. Ce se­ra le plus beau de cette jour­née. Quelques pho­tos, on re­met le pois­son à l’eau, et je re­prends la pêche. Je fais un lan­cer, mon stick­bait tombe au ras de la berge, j’anime une fois, et pan ! Le bro­chet est au bout. Il est très lourd et des­cend di­rec­te­ment dans les branches qui se trou­vaient juste sous le leurre. Je sens la ligne qui frotte contre les branches alors que le bro­chet se contor­sionne. Mais c’est là qu’on ap­pré­cie d’avoir du ma­té­riel cos­taud : je le sors en force, mal­gré les frot­te­ments. Le bro­chet ar­rive en sur­face, en­core un monstre ! Il a to­ta­le­ment en­ga­mé mon Big Foot. Il se­coue ra­geu­se­ment sa tête, ten­tant de se li­bé­rer du leurre, mais les triples Ow­ner tiennent très bien à l’in­té­rieur de la gueule. Je l’ap­proche de moi, at­tend qu’il se calme un peu, et je sai­sis le gros bas de ligne. Dans le même mou­ve­ment, je glisse les doigts sous l’oper­cule, en es­sayant d’évi­ter les bran­chies cou­pantes, les dents, et les ha­me­çons triples, qui ne sont pas bien loin. Le bro­chet ne m’aide pas du tout, il se­coue sa tête, mais j’ai dé­jà as­su­ré ma prise. J’em­barque le pois­son. En­core une fois, il montre des pro­por­tions somp­tueuses. Je le mets sur mes ge­noux, et je constate en­core mieux l’in­croyable lar­geur du corps : 1,01 mètre pour 8 ki­los ! Ces poissons pèsent, à taille égale, un tiers de plus que les bro­chets des autres lacs d’Es­tré­ma­dure !

Ivres de cap­tures et de com­bats

La jour­née, va conti­nuer ain­si, de pointe en pointe, de bor­dure en bor­dure, de com­bat en com­bat, de bro­chet en bro­chet. Le soir, ivres de cap­tures et de com­bats, nous contem­plons un cou­cher de so­leil splen­dide, qui nous dit qu’il est temps de ren­trer.

Je prends un der­nier bro­chet de bonne taille en bor­dure, de nou­veau au Big Foot, et nous voi­là par­tis à vive al­lure, sur le lac, dans l’obs­cu­ri­té nais­sante. Quelle jour­née ! Nous fi­nis­sons avec une di­zaine de gros bro­chets, dont cinq spé­ci­mens ap­pro­chant ou dé­pas­sant le mètre. Le plus « pe­tit » bro­chet de la jour­née mesure 82 cen­ti­mètres, et le plus gros 1,05 mètre. Ma­gni­fique ré­sul­tat. Je fais la re­marque sui­vante à Sté­phane : « ça vaut une jour­née au pea­cock, en Ama­zo­nie ! » Et je le pense sin­cè­re­ment. Ces bro­chets énormes, en bor­dure, dans 50 cen­ti­mètres d’eau, au leurre de sub-sur­face, c’est une ex­pé­rience in­ou­bliable. Un grand mo­ment de pêche. Vous vou­lez vivre des ex­pé­riences qui comptent dans la vie d’un pê­cheur ? N’hé­si­tez pas, c’est là-bas que ce­la se passe, sur le lac ma­gique de la Se­re­na.

Les bro­chets de ce lac sont ma­gni­fi­que­ment pro­por­tion­nés et en pleine san­té.

Pros­pec­tion de bor­dure entre les branches. On ne re­cherche pas le pea­cock bass mais le bro­chet du mètre !

Dès l’ar­ri­vée sur lac, on com­prend ce qui nous at­tend : une éten­due d’eau de toute beau­té, en­tou­rée de pay­sages somp­tueux. C’est im­mense.

Sté­phane au volant de son tank aqua­tique. Un ba­teau par­fait pour pê­cher ef­fi­ca­ce­ment et pour al­ler ra­pi­de­ment d’un poste à l’autre.

Un très gros pois­son ar­rive en sur­face, après un com­bat puis­sant.

Splen­dide spé­ci­men ! 1,05 mètre et près de 10 ki­los pour ce bro­chet ven­tru qui a dû man­ger beau­coup de bar­beaux.

Il faut res­ter concen­tré à la fin du com­bat pour po­si­tion­ner cor­rec­te­ment sa main dans les ouïes.

Les bro­chets de ce lac sont de vé­ri­tables bes­tiaux. Quelle lar­geur ! Ils pèsent un tiers de plus, à taille égale, que les bro­chets des autres lacs d’Es­tré­ma­dure.

Sté­phane nous pré­sente une sé­lec­tion de leurres, per­met­tant de pê­cher de­puis le fond jus­qu’en sub-sur­face.

Et voi­ci quelques leurres à em­por­ter, afin de se pré­pa­rer à toutes les pos­si­bi­li­tés. Il faut pê­cher à la bonne pro­fon­deur. On pré­voi­ra donc di­vers types de leurres, pour ex­plo­rer toute la co­lonne d’eau. Une fois qu’on a trou­vé la bonne pro­fon­deur, on peut gar­der le même type de leurre du­rant toute la pêche.

La large gueule du gros bro­chet ar­rive en sur­face. C’est ma­gni­fique, mais il faut res­ter concen­tré jus­qu’au bout.

Faites bien at­ten­tion lorsque vous glis­sez votre main dans les ouïes. Il y a plu­sieurs fa­çons de se bles­ser : avec l’ha­me­çon, avec les dents, avec les bran­chies cou­pantes. Pre­nez soin de bien glis­ser votre main entre l’in­té­rieur de l’oper­cule et la zone an­té­rieure de l’arc bran­chial le plus ex­terne. C’est le seul en­droit qui ne coupe pas.

Il y en a de la place, dans cette gueule énorme, pour mettre un leurre de sub-sur­face.

Sté­phane vient de fer­rer un bro­chet. Une fois en­core, il était po­si­tion­né contre la berge. Cette fois, nous sommes très loin de la zone de mise à l’eau.

C’est à mon tour de prendre un su­perbe spé­ci­men. Ce splen­dide pois­son a mor­du sur un leurre souple, non loin du bord.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.