Un in­croyable dé­ve­lop­pe­ment

Partir Pêcher - - Espagne -

L’in­croyable dé­ve­lop­pe­ment des bro­chets de ce lac me semble ve­nir de deux points : la pro­fon­deur et la nour­ri­ture. La pro­fon­deur du lac joue un rôle très im­por­tant dans les eaux d’Es­pagne. Si le lac n’est pas as­sez pro­fond, l’in­té­gra­li­té de la co­lonne d’eau chauffe du­rant l’été, et le bro­chet ne peut plus se nour­rir. J’avais étu­dié ce point lorsque je fai­sais mes re­cherches à l’INRA, il y a dé­jà bien long­temps. L’op­ti­mum de di­ges­tion du bro­chet se si­tue à 19 °C. Le bro­chet n’est pas fait pour se nour­rir dans des eaux chaudes. Dans cer­tains lacs d’Es­pagne, il souffre du­rant l’été, cesse de se nour­rir, et mai­grit for­te­ment. Il perd deux à trois mois de crois­sance par an. Sur la Se­re­na, le lac très pro­fond garde des eaux fraîches, et le bro­chet se nour­rit toute l’an­née. Ce­la est confir­mé par les ob­ser­va­tions de Sté­phane qui, du­rant l’été, cap­ture les bro­chets jus­qu’à 30 mètres de fond ! Les poissons se ré­fu­gient dans les eaux clé­mentes des pro­fon­deurs. Pour la nour­ri­ture, c’est éga­le­ment une ques­tion de di­ges­tion. Lors­qu’on ouvre un bro­chet cap­tu­ré dans le lac d’Orel­la­na, on s’aper­çoit qu’il est rem­pli d’écre­visses. On le com­prend bien, le fond du lac d’Orel­la­na est ta­pis­sé d’écre­visses, pour­quoi les bro­chets se fa­ti­gue­raient-ils à chas­ser des poissons ? Il leur suf­fit juste d’ou­vrir la gueule pour prendre une écre­visse. Le pro­blème, c’est que la ca­ra­pace de l’écre­visse est es­sen­tiel­le­ment com­po­sée de chi­tine, une mo­lé­cule que le bro­chet di­gère très mal. Les ca­ra­paces chi­ti­neuses forment des restes com­pacts qui peinent à sor­tir de l’es­to­mac. Là en­core, ce­la in­flue for­cé­ment sur la crois­sance. In­ver­se­ment, les bro­chets de la Se­re­na ont à dis­po­si­tion une quan­ti­té phé­no­mé­nale de bar­beaux co­mi­zo, ain­si que d’autres Cy­pri­ni­dés, et il ne faut donc pas s’éton­ner de les voir gros­sir de cette fa­çon. Les pro­téines des autres poissons res­tent la meilleure l’ali­men­ta­tion pour un bro­chet. Au fi­nal, on a ces splen­dides bro­chets, au corps éle­vé et large. Et j’in­siste sur ce point : ne vous fo­ca­li­sez pas seule­ment sur la taille du bro­chet. Certes, c’est plai­sant de prendre un bro­chet qui dé­passe le mètre, mais au bout de la canne, c’est le poids qui compte. Et ici, les poissons sont vrai­ment très gros.

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