A la pour­suite des plus gros pea­cock bass au monde

Partir Pêcher - - Sommaire N°55 - Texte et pho­tos de Her­lé Ha­mon

Je vous ai dé­jà par­lé de la Co­lom­bie et de ses gros pea­cock bass que j’avais eu la chance de tra­quer sur un af­fluent du Rio In­ri­da dans le dé­par­te­ment de Guai­nia. Cette ex­pé­rience avait plus qu’un goût de « re­viens-y » ! Me voi­là donc re­par­ti, cette an­née, dans une autre ré­gion de ce beau pays des es­poirs de géants cha­mar­rés plein la tête…

Je prends cette fois la di­rec­tion de la Vi­cha­da et du vil­lage de Puer­to Ca­reño fai­sant face au Ve­ne­zue­la seule­ment sé­pa­ré par l’im­pres­sion­nant Rio Oré­noque. Les pay­sages sont as­sez dif­fé­rents de ceux que j’avais connus et une vé­ri­table sa­vane al­terne avec la fo­rêt tro­pi­cale. Mon par­te­naire est là pour nous ac­cueillir à la sor­tie du pe­tit aé­ro­port mal­gré plu­sieurs heures de re­tard sur notre vol comme bien sou­vent dans ce genre d’en­droit. Un grand pos­ter nous in­dique les dif­fé­rentes es­pèces de poissons de cet im­mense bassin hy­dro­gra­phique et no­tam­ment les quatre types de pea­cock bass pré­sents dont le splen­dide Te­men­sis qui nous fait dé­jà rêver ! Mais, nous sommes loin d’être ar­ri­vés à bon port et em­bar­quons sans at­tendre dans quatre gros vé­hi­cules tout-ter­rain for­te­ment sur­éle­vés, nous al­lons vite comprendre pour­quoi !

Un pe­tit tour de 4x4

L’ as­phalte dis­pa­raît après en­vir on une di­zaine de ki­lo­mètres seule­ment, place aux pistes qui s’ en­foncent dans ces plaines que l ’ on pour­rait croire afri­caines. Nos pi­lote sont l’ ha­bi­tude et la vi­tesse de croi­sière est plus que res­pec­table, le tout ryth­mé de musique lo­cale où l’ ac­cor­déon est tout de même très pré­sent. Nous pas­sons une pre­mière ri­vière après moins d’une heure puis conti­nuons une heure de plus pour ar­ri­ver à un bac vé­tuste qui va nous per­mettre de tra­ver­ser ce nou­veau cours d’eau vif et clair. Le pay­sage change peu à peu et se val­lonne d’ énormes ro­chers sombres par­tiel­le­ment re­cou­verts de vé­gé­ta­tion ce qui crée un en­vi­ron­ne­ment très sin­gu­lier. Qua­si­ment à la tom­bée de la nuit nous ef­fec­tuons un nou­vel ar­rêt. Il nous faut en­core en­jam­ber une ri­vière grâce à un bac qui cette f ois est cer­tai­ne­ment an­té­di­lu­vien ! Mi­ra­cu­leu­se­ment, l ’ en­gin digne du filmd’ an­ti­ci­pa­tion post- apo­ca­lyp­tique« Mad Max 3» ne coule pas et nous conti­nuons à nous en­fon­cer dans une na­ture de plus en plus vierge. La der­nière heure se f ait de nuit ce qui n’est peut- être pas plus mal, vu la piste et les deux ou trois ponts de for­tune faits de bric et sur­tout de broc sur les­quels nous

rou­lons ac­com­pa­gnés tou­jours du sem­pi­ter­nel ac­cor­déon. Nous ar­ri­vons as­sez four­bus à notre pre­mier cam­pe­ment si­tué éton­nam­ment dans un ra­vis­sant centre de re­dres­se­ment désaf­fec­té du gou­ver­ne­ment co­lom­bien sur les rives de l’ Oré­noque. Il est clair qu’ici les mau­vais gar­çons n’ avaient que peu de dis­trac­tions les éloi­gnant du droit che­min…

Paya­ras des ra­pides

Le re­pos fait du bien à tout le monde et le len­de­main aux pre­mières lueurs du jour nous sommes prêts à en dé coudre avec les paya ras de l’ Oré­noque. Cette zone est com­po­sée de nom­breux et su­perbes ra­pides, lieux de chasse pri­vi­lé­giés de ces pré­da­teurs d’eau vive. Nous al­lons consa­crer en­vi­ron une jour­née et demie du sé­jour à leur traque pour ma part seule­ment à la mouche. Fort de mon ex­pé­rience de l ’ an­née pré­cé­dente sur ce pois- son qui m’avait va­lu de m’ar­ra­cher quelques co­pieuses touffes de che­veux tant j’ avais dé­cro­ché. J’ avais mon­té cette f ois quelques grands strea mers en tan­dem avec deux ha­me­çons bien pi­quants ! Nous par­tons à deux par ba­teau vers les pre­miers cou­rants si­tués à une di­zaine de mi­nutes en amont. Nous al­lons pê­cher du bord, cra­pa­hu­tant sur ces énormes roches creu­sées d’im­pro­bables et in­nom­brables ca­vi­tés, par­fois par­fai­te­ment rondes don­nant un peu l’ im­pres­sion de se dé­pla­cer sur un gruyère géant. Les guides nous in­diquent les bons postes bien sou­vent en plein bouillon. Nous uti­li­sons des soies plon­geantes ra­pides mais dans de telles tur­bu­lences rien ne des­cend vrai­ment. As­sez vite, j ’ en­re­gistre une pre­mière at­taque. La soie se tend j’aper­çois un gros bouillon en sur­face puis, plus rien ! Voi­là que ça re­com­mence ! Je crois que je vais dé­cro­cher les cinq pre­miers poissons et là, le doutes’ ins­talle…

Mes com­pa­gnons, d’après ce que je vois, ne font pas vrai­ment mieux. Si l’ on fait une moyenne je pense que neuf paya­ras sur dix sont per­dues ! Mau­dite bes­tiole à dent de sabre. Je fouille dans ma boîte et tombe sur une mouche de 30 cm avec deux 6/0 que j’ avais mon­tée il y a quelques an­nées dé­jà pour es­sayer de faire un taïm en géant au fouet en Si­bé­rie ! Et bien pour­quoi pas. Me voi­là ex­pé­diant tant bien que mal mon mi­ni ra­gon­din dans les cou­rants sur­puis­sants de l’ Oré­no que. Alors que je ra­mène mon chien de prai­rie XXL, j ’ en­re­gistre une grosse tape et en­fin ma soie se dé vide, ce qui est bon signe. La paya rase bat su­per­be­ment pro­fi­tant des bouillons alen­tours. Après quelques mi­nutes ten­du es ponc­tuées de ca­brioles, je l’ aper­çois et un des guides vient me prê­ter main forte pour la sai­sir. C’est le sou­la­ge­ment, je tiens fer­me­ment cette splen­dide plaque de mé­tal d’en­vi­ron 15 livres. On ne se lasse pas de cette gueule in­croyable et de ces dents im­menses ren­trant dans de vé­ri­tables four­reaux si tués de part et d’autre du pa­lais, une mer­veilleuse étrangeté de mère na­ture. Grâce à mon imi­ta­tion de ron­geur je vais tou­cher une di­zaine d’ autres poissons chiens pour trois au sec, ce qui est un peu mieux mais pas ter­rible en­core… Les deux plus gros spé­ci­mens vont être cap­tu­ré sa ve­cunstre amer à pea­cock clas­sique en 4/0 parle bi­nôme de choc com­po­sé de Ch­rist i an et Jean- Paul, une ving­taine de livres pour le pre­mier et pas loin de trente pour le se­cond après deux énormes com­bats. Nous al­lons tou­cher et perdre d’autres gros paya­ras que nous ne ver­rons même pas. Prendre un de ces su pers pré­da­teurs à la mouche

est cer­tai­ne­ment un des chal­lenges l es plus ex­trêmes en eau douce !

En route vers les la­gons per­dus

Le len­de­main, nous re­mon­tons l’ Oré­noque, puis bi­fur­quons sur un pe­tit af­fluent large dé­jà d’en­vi­ron cent mètres! Quelques en­ca­blures au-des­sus, les guides nous ex­pliquent que nous al­lons de­voir des­cendre pour pas­ser une sé­rie de ra­pides dan­ge­reux, bar­rière de pro­tec­tion na­tu­relle que peu de gens fran­chissent. En ef­fet, une grande pi­rogue mé­tal­lique est lit­té­ra­le­ment en rou­lée sur un des ro­chers, il ne faut passe lou­per où tom­ber en panne de mo­teur au mi­lieu cet énorme tor­rent. Un des guides nous mène donc à pied quelques cen­taines de mètres en amont où nous re­trou­vons nos em­bar­ca­tions. De­là, nous al­lons re­mon­ter en­vi­ron cinq heures avant d’ ar­ri­ver sur notre se­cond cam­pe­ment en ter­ri­toire in­dien. Les gros pea­cock se mé­ritent ! Les condi­tions ne sont pas très bonnes, l’ eau est basse même très basse et sur­tout très chaude. Il n’a pas plu de­puis deux mois et cer­taines la­gunes ne sont dé­jà plus ac­ces­sibles. La ri­vière est as­sez tein­tée et la vi­si­bi­li­té n’ ex­cède pas une tren­taine de cen­ti­mètres dans le lit prin­ci­pal. Mal­gré tout, le mo­ral des troupes reste pour le mo­ment au beau fixe. L’ en­droit sur une im­mense plage de sable blanc est splen­dide, les grandes tentes in­di­vi­duelles, do­té es de­vrais lits, sont par­faites et tout le per­son­nel du camp au pe­tit soin. Les choses sé­rieuses com­mencent vrai­ment le len­de­main, avec la pre­mière vé­ri­table jour­née de pêche au pea­cock. Je f ais équipe avec

mon amiEd ou ard car nous ne pra­ti­quons qu’au fouet et n’ avons même pas un pe­tit lan­cer au cas où, on ne se re­fait pas! Notre « guide » , Ca­mi­no, est un jeune fort sym­pa­thique mais avec peu d’ ex­pé­rience de la pêche et au­cune de la mouche. Nous par­tons donc plein amont à la dé­cou­verte de notre pe­tit pa­ra­dis pour les six j ours à ve­nir.

Pea­cock à vue

Nous ren­trons dans une large l agune, l es eaux sont un peu plus claires que dans l a ri­vière. Ca­mi­no rame dou­ce­ment pour nous pla­cer à dis­tance rai­son­nable de l a bor­dure, i l n’a j amais vu d’hu­lu­ber­lus de notre es­pèce mais s’adapte as­sez vite à nos étranges mo eur­set­co utu mes! E douar de st de­vant lors­qu’il de­mande à Ca­mi­no de ra­len­tir et me dit qu’il y en a un en sur­face. De ma place, je ne vois rien mais mon ami est sûr de lui et lance une pre­mière fois son strea­mer sans ré­sul­tat. Au se­cond pas­sage en re­vanche, la forme bouge et se rue sur la mouche. Il s’en­suit un com­bat acro­ba­tique et t out en puis­sance, pliant la soie de dix en tous sens. Bien­tôt, nous ad­mi­rons le pre­mier pois­son du sé­jour, un tu­cu­nare « Pin­ta­la­pa » comme disent les lo­caux, d’une bonne dou­zaine de livres et en plus pris à vue, un bon dé­but ! Cette va­rié­té de Te­men­sis, qui pos­sède une robe ma­gni­fique avec trois barres noires sou­li­gné es de nom­breux poin­tillés blancs et des na­geoires oran­gées, se bat in­croya­ble­ment bien cher­chant le moindre obs­tacle pour nous faus­ser com­pa­gnie. Nous pas­sons le reste de la jour­née à pei­gner les en­trées de la­gune là où, pen­sons-nous, l’eau est un peu plus fraîche. Nous pre­nons trois ou quatre poissons cha­cun, tous au­de­là des trois ki­los ce qui est une taille moyenne res­pec­table. En fin d’après-mi­di, nous aper­ce­vons une en­trée as­sez étroite dans la vé­gé­ta­tion, presque fer­mée. Nous pros­pec­tons la zone sans suc­cès et dé­ci­dons de nous y en­ga­ger sans convic­tion car pour l’ins­tant toutes les at­taques que nous avons eues étaient très proches des em­bou­chures avec le cours d’eau prin­ci­pal. Nous pou­vons à peine lan­cer tant le cou­vert vé­gé­tal est dense. Seuls des rou­lés à quelques mètres du ba­teau nous per­mettent de pêche rentre le la­by­rinthe de branches émer­gées et im­mer­gées ! Après une cen­taine de mètres sans touches, nous hé­si­tons à faire de­mi­tou­rets ans sa­voir trop pour­quoi nous de­man­dons à Ca­mi­no d’avan­cer en­core un peu. Bien nous en a pris car sur les quelques mètres qui suivent, Edouard cap­ture un autre « Pin­ta­la­pa » de plus de six ki­los et moi un Te­men­sis juste un peu plus gros. Les gros pea­cock sont bien sou­vent en couple, et lorsque l’on en prend un il est im­por­tant d’in­sis­ter sur le sec­teur pour es­sayer de faire le dou­blé !

Le dé­clic du mi­lieu de la­gune !

Nous al­lons, en­suite, faire une di­zaine de pea­cock bass par jour, mais sans vrai­ment tou­cher le monstre tant at­ten­du. Nous n’avons pas à nous plaindre par rap­port aux autres et no­tam­ment à nos ca­ma­rades pra­ti­quant aux leurres. La pêche est dure, ce n’est pas la touche mi­nute, mais je sens bien que nous ne sommes pas vrai­ment dans le

vrai, il faut trou­ver la so­lu­tion. Notre « guide » est tou­jours aus­si sym­pa­thique mais éga­le­ment in­com­pé­tent au ni­veau ha­lieu­tique, il faut bien l’avouer… En re­cou­pant nos in­for­ma­tions avec celles de nos amis, nous r emar­quons que l a plu­part des touches que nous avons n’in­ter­viennent pas en bor­dure comme c’est sou­vent le cas avec le pea­cock mais en pleine eau. Nous dé­ci­dons donc d’ac­cen­tuer notre ef­fort vers le large ! Nous avions re­mar­qué une la­gune as­sez claire en mon­tant au camp le pre­mier jour que nous n’avions pu pê­cher qu’une di­zaine de mi­nutes faute de temps. Nous re­des­cen­dons sur ce sec­teur et Ca­mi­no fait glis­ser notre grande barque mé­tal­lique dans l’em­bou­chure qui se com­pose d’un gou­let rem­pli d’arbres morts im­mer­gés, le spot par­fait ! Nous pre­nons im­mé­dia­te­ment trois Ori­no­co, ces pea­cock à la robe ver­dâtre avec trois grands ocelles noirs et jaunes sur les flancs. Cet étroit pas­sage s’ ouvre en­suite sur une su­perbe l agune, pro­fonde et aux eaux claires qui, comme nous al­lons le dé­cou­vrir, est ali­men­tée par un ruis­seau lim­pide. Tout est réuni ici et nous sommes re­mon­tés comme des cou­cous d’hor­loges suisses ! Nous pas­sons en soie plon­geante pour es­sayer de pros­pec­ter t oute l a couche d’eau. Les l an­cers se mult i pl i ent et j ’ adopte la t ech­nique du « rol­ly pol­ly » . Canne coin­cée sous l e bras, j e ra­mène ma l i gne à deux mains en ef f ec­tuant des ac­cé­lé­ra­tions et des pauses. Ce­la est as­sez peu aca­dé­mique l orsque l ’ on re­cherche l e pea­cock, mais j e dé­cide de t out t en­ter de­vant l ’ ab­sence de ré­sul­tats ! Après une bonne heure à ta­per l’eau de ce lac ma­gni­fique sans au­cune at­taque ou même sui­vi, nous dé­ci­dons de prendre un bras par­tant sur la gauche vers une autre par­tie de la la­gune beau­coup plus tein­tée. Plus nous avan­çons et plus l’eau de­vient tur­bide, presque mar­ron ce qui est as­sez peu en­ga­geant. Contre toute at­tente, nous voyons dans le fond deux énormes chasses avec des poissons d’une ving­taine de cen­ti­mètres gi­clant en sur­face. Ca­mi­no rame comme un beau diable pour nous rap­pro­cher de ce sec­teur. La tac­tique est simple, Edouard lance d’un cô­té, moi de l ’ autre et nous es­sayons de cou­vrir un maxi­mum de ter­rain. Je suis tou­jours en « rol­ly pol­ly » quand j’en­re­gistre un énorme ar­rêt qui manque de m’ar­ra­cher la soie des mains. J’ai juste le temps de re­prendre ma canne que la soie fend la sur­face, mais en di­rec­tion du mi­lieu de la la­gune. Je mets une pres­sion maxi­mum sur mon ad­ver­saire, je suis en soixante livres, ce qui me per­met d’être au­to­ri­taire. Nous ne voyons rien, même quand le pea­cock n’est plus qu’à quelques mètres du ba­teau et l utt e dans d’énormes re­mous ra­geurs. En­fin, un ani­mal qua­si­ment pré­his­to­rique ap­pa­rait. Une gueule i mmense sur­mon­tée d’une grosse bosse, ses rayures ont presque dis­pa­ru. C’est l e maître des l i eux c’est cer­tain, le shé­rif de la la­gune, une bête de plus de vingt l ivres. Nous f ai­sons quelques pho­tos sou­ve­nir ra­pides de cet in­croyable tu­cu­nare. Voi­là ce que nous sommes ve­nus cher­cher si loin de l’Hexa­gone. Nous i nsis­tons un l ong mo­ment, voyons a u moins deux a ut r e s su­perbes chasses, mais n’avons pas de touche. Nous sommes proches de la sor­tie quand Edouard manque de peu la crise car­diaque lors­qu’il aper­çoit trois te­men­sis d’une ving­taine de livres suivre sa mouche et non­cha­lam­ment dis­pa­raitre s ous le ba­teau sans at­ta­quer. Nous

pas­sons en­core un long mo­ment ici, l’es­poir fait pê­cher… Ar­ri­vés au cam­pe­ment, nous dis­cu­tons avec Ch­ris­tophe et Ro­main. Ce der­nier rayonne et nous ex­plique qu’il ve­nait de s’ar­rê­ter cinq mi­nutes dans l ’ en­trée d’une l agune claire rem­plie de branches im­mer­gées et qu’au pre­mier l an­cer i l avait pris un ma­gni­fique « pa­von » d’une ving­taine de livres. Exac­te­ment là où Edouard avait lan­cé en­vi­ron six cents t rente- deux f ois avant, c’est aus­si ça la pêche… Cette jour­née nous au­ra en tout cas per­mis de mieux comprendre la te­nue des poissons en ce mo­ment, c’est- à- dire sur­tout en pleine eau dans les sec­teurs les plus pro­fonds. Pour les deux der­niers jours du voyage, nous chan­geons d’ e mbar­ca­tion après être tom­bés en panne mo­teur no­tam­ment et, par la même oc­ca­sion, nous chan­geons de « guide ». I l est net­te­ment plus âgé, moins sym­pa­thique de prime abord, mais nous al­lons consta­ter qu’il connaît la ri­vière comme sa poche et même la pêche à la mouche !

Les coins se­crets du vieux sage !

Le l en­de­main, nous em­bar­quons donc dans notre nou­veau ba­teau et sommes sur­pris car il y a dé­jà trois per­sonnes à bord ! Le guide Te­ci­no, un ra­meur so­lide, Raph à l’avant et un in­dien avec un arc à l’ar­rière ! Nous nous de­man­dons un peu comment nous al­lons pou­voir lan­cer sans faire de pier­cing à nos ca­ma­rades. Notre joyeuse troupe part plein amont et nous na­vi­guons près de deux heures avant de pê­cher !Seul un stop sur une belle re­tourne de la ri­vière va nous ap­por­ter trois ou quatre Ori­no­co de un à deux ki­los en­vi­ron. Nous ren­trons en­suite dans une la­gune mar­ron où nous pros­pec­tons cinq mi­nutes avant de ma­noeu­vrer vers une berge d’où ar­rive un fi­let d’eau sor­tant de la fo­rêt. Nous ne com­pre­nons pas vrai­ment ce qui se passe lorsque qu’on nous de­mande de des­cendre... J’in­ter­roge nos amis qui me disent qu’ils vont faire ren­trer la pi­rogue par l à pour att eindre une autre la­gune ! Nous sommes plus que du­bi­ta­tifs, il n’y a pas plus de 10 cm d’eau et nous com­pre­nons main­te­nant pour­quoi ils sont ve­nus à trois. Les voi­là dans la boue jus­qu’aux ge­noux à, lit­té­ra­le­ment traî­ner le ba­teau et se dé­battre pour avan­cer mètre après mètre. I l s vont f aire cet i ncroyable ef­fort pen­dant une de­mi- heure en­vi­ron avant de re­trou­ver l’eau libre et une sur­pre­nante pièce d’eau presque ronde, cou­leur whis­ky, et très diff ér ent e des aut r es dé­cou­vertes j us­qu’ici. Te­ci­no m’ex­plique que peu de gens viennent jus­qu’ici, ce que je veux bien croire, que ce vé­ri­table lac a jus­qu’à douze mètres de fond et que des pea­cock de 24 livres y vivent tran­quille­ment ! Le plan est de faire le tour en pê­chant al­ter­na­ti­ve­ment vers le large et les berges. Le vent s’en mêle mal­heu­reu­se­ment et il de­vient dif­fi­cile de frei­ner la dé­rive mal­gré les perches de quatre à cinq mètres que nos amis se sont cou­pés dans la fo­rêt. Au pre­mier pas­sage, j’en­re­gistre une at­taque, mais sans pou­voir f er­rer. Te­ci­no ne se dé­monte pas et me dit : « on re­fait un t our ! » Lors de ce se­cond round, je dé­cide de lais­ser cou­ler ma soie un peu plus long­temps et de ra­me­ner en­suite ra­pi­de­ment en « rol­ly pol­ly ». Tout à coup, l’ar­rêt net et violent que j’at­tends se pro­duit. Il y a du fond et le pois­son sonde es­sayant de m’ar­ra­cher la soie des mains, mais je tiens bon ! C’est un su­perbe te­men­sis très co­lo­ré de 18 livres qui se rend bien­tôt. Je suis aux anges et Te­ci­no me dit de ne pas m’at­tar­der car il y a plus gros… Nous conti­nuons la boucle, Edouard ex­pé­die son strea­mer vers les bor­dures et je choi­sis donc le mi­lieu du lac. Trois lan­cers plus tard, je ré­ci­dive mais le com­bat est en­core plus dur et j’ex­trais des pro­fon­deurs le grand frère de ma pre­mière cap­ture. Te­ci­no sou­rit en­fin et me dit : « ce­lui­là dé­passe les 20 livres ». C’est un « pa­von grande ». Te­ci­no me montre qu’il le tient par la gueule au ni­veau de sa cein­ture et que la queue touche le fond du ba­teau, un signe pour lui que nous sommes en pré­sence d’un tro­phée. Moi, je suis sur un pe­tit nuage, deux pea­cock géants en dix mi­nutes, que de­man­der de plus. Main­te­nant, j’ai­me­rais que ce soit Edouard qui soit ré­com­pen­sé. Nous f i nis­sons notre par­cours et tou­chons en­core deux pin­ta­la­pa de 3 à 4 ki­los avant qu’Edouard ne se re­trouve at­te­lé à un sous-ma­rin. Il ne va mal­heu­reu­se­ment pas pou­voir le blo­quer im­mé­dia­te­ment et se faire ar­ra­cher deux ou t rois mètres de ligne, presque rien mais as­sez pour que son ad­ver­saire rentre dans un obs­tacle im­mer­gé et fi­nisse par se dé­cro­cher ! Ces gros pea­cock sont d’in­croyables com­bat­tants, au­cune er­reur n’est per­mise si l’on veut avoir la chance de les voir de près.

Re­tour en ri­vière

Nos guides ef f ec­tuent l e même tra­vail her­cu­léen pour res­sor­tir de cette la­gune ma­gique. Lors de

notre des­cente, Te­ci­no va à nou­veau s’ar­rê­ter dans le grand vi­rage as­sez lent où nous avions tou­ché quelques pe­tits ori­no­co. Je vais dé­po­ser ma mouche sous les mêmes branches que le ma­tin mais je ne vais pas avoir le loi­sir de strip­per ! La soie me brûle le doigt et me rentre dans la peau à tra­vers la pro­tec­tion que je porte, je suis obligé de lâ­cher un peu de ligne mais es­saie de res­ter en contrôle. La canne est pliée à tout rompre, le pois­son passe trois fois sous le ba­teau, je tourne en tous sens pour évi­ter la casse. En­fin, Raph qui est de­vant moi sai­sit fer­me­ment un im­pro­bable pin­ta­la­pa de 19 livres ! Je ne sa­vais même pas que ce type de pa­von pou­vait at­teindre cette taille. Il est énorme tout en ron­deur et me mord fer­me­ment le pouce lorsque je le re­mets à l’eau, bes­tial. Nous conti­nuons la re­tourne et Edouard pose son imi­ta­tion de bé­bé pea­cock au ras d’un arbre im­mer­gé, j’ ad­mire s on strea mer évo­luer, lorsque je vois un énorme tu­cu­nare bien rayé sur­gir et en­glou­tir le leurre. Ed ou ards’ ar c-bout e sur sac anne et ne donne ri en, mais l ’ énorme Ci­chli­dé lui ex­plose le soixante livres dans les bois morts… Edouard ne va pas bais­ser les bras pour au­tant et se­ra ré­com­pen­sé d’un su­perbe pois­son peu après. Lors de cette in­ou­bliable par­tie de pêche, nous al­lons tou­cher au fouet pas moins de six pea­cock avoi­si­nant les vingt livres et plus! Etran­ge­ment, presque tout le monde pren­dra de très gros su­jets cette même jour­née, et par­fois comme nous, plu­sieurs t r ophées dans l a même la­gune. Lors de ce s éjour, nous au­rons al­ter­né les mo­ments dif­fi­ciles avec de l ongues pé­riodes sans at­taque et de grâce avec plu­sieurs tro­phées tou­chés en quelques mi­nutes. Les condi­tions cli­ma­tiques ne nous ont pas ai­dés mais le po­ten­tiel de cet en­droit per­du entre Co­lom­bie et Ve­ne­zue­la est im­mense. Cette des­ti­na­tion est au­jourd’hui, sans conteste, la meilleure au monde pour avoir le plai­sir, la chance et l’hon­neur de cap­tu­rer un des plus beaux et puis­sants poissons d’eau douce exis­tant, le roi te­men­sis ! •

Voi­ci une de ces la­gunes im­pos­sibles à trou­ver, que l’on re­joint par un étroit gou­let où passe à peine le ba­teau. Jean-Paul avec la plus grosse paya­ra du sé­jour (trente livres), prise à la mouche du bord sur les ro­chers sé­pa­rant la Co­lom­bie du Ve­ne­zue­la, un fan­tas­tique coup de ligne !

Un jo­li spé­ci­men dans sa ver­sion « pa­ca »…

Cer­taines la­gunes étaient aus­si ali­men­tées par de pe­tites ri­vières aux eaux claires et res­taient donc as­sez trans­pa­rentes.

Voi­ci un pea­cock te­men­sis de type pré­his­to­rique ! Cette énorme pois­son a ava­lé mon grand strea­mer au mi­lieu d’une la­gune re­la­ti­ve­ment tein­tée, ce qui ex­plique en par­tie sa co­lo­ra­tion sur­pre­nante.

Re­mise à l’eau d’un très beau su­jet qui avoi­si­nait la barre my­thique des 20 lb.

Edouard en plein com­bat avec un jo­li pin­ta­la­pa. Ces poissons sautent et tirent très fort, du grand sport pour l’eau douce.

Le soir sur le cam­pe­ment, un mo­ment de convi­via­li­té pour faire le point sur la pêche du jour.

Nous sommes pas­sés sur de pe­tits ponts de bois, éton­nam­ment so­lides !

Edouard nous pré­sente un jo­li pin­ta­la­pa aus­si beau que puis­sant.

Les pay­sages gran­dioses de cette par­tie de l’Oré­noque. Nous avons dé­bar­qué sur ces énormes ro­chers po­lis par les flots mil­lé­naires pour nous me­su­rer aux ter­ribles poissons chiens.

Vue du ciel : les énormes ro­chers abri­tant les postes à paya­ra res­semblent à des gruyères géants.

Voi­ci un beau paya­ra pris par l’au­teur avec une grosse imi­ta­tion de chien de prai­rie des­ti­née aux taï­mens si­bé­riens.

Ro­main nous pré­sente une bête de plus de 20 lb cap­tu­rée dans l’em­bou­chure de la la­gune où j’ai pris le même jour mon vieux di­no­saure.

Cer­taines en­trées de la­gune ne fai­saient pas plus de deux mètres de lar­geur et étaient ca­chées dans la vé­gé­ta­tion.

La ré­com­pense pour le pê­cheur mais aus­si pour le guide qui se se­ra don­né bien du mal pour ac­cé­der à cette ma­gni­fique la­gune des géants !

Ch­ris­tophe avec un autre tro­phée co­lom­bien, il fe­ra quatre très gros poissons ce jour-là !

Voi­ci le se­cond bac lors du re­tour, un en­gin im­pro­bable digne du film « Mad Max » !

L’em­bou­chure de la ri­vière dans l’Oré­noque, un bon sec­teur à paya­ra.

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