Road trip fishing De Syd­ney à Perth par le Nord

Partir Pêcher - - Sommaire N°55 - Texte de Oli­vier Char­pen­tier, pho­tos O. et Su­zy Char­pen­tier

L’Aus­tra­lie est un conti­nent my­thique, le ter­rain rê­vé pour une grande ex­pé­di­tion de pêche et de dé­cou­verte. Mon ob­jec­tif consiste à ba­layer le lit­to­ral aus­tra­lien par le nord pour en dé­cou­vrir ses pos­si­bi­li­tés et ses ri­chesses, en pê­chant uni­que­ment du bord.

Notre par­cours re­lie Syd­ney à Perth, en lon­geant toute la côte Est, Nord, puis celle de l’ouest de l’Aus­tra­lie.18 000 ki­lo­mètres par­cou­rus au volant d’un cam­ping-car pour éven­tail de cli­mats et de pay­sages hors du com­mun. Et au fi­nal, bien plus que des images dans la tête…

La côte Est

Il fait 8° C quand nous ar­ri­vons à Syd­ney en ce dé­but juillet et Su­zy a du mal à me croire quand je lui dis que nous au­rons chaud, peut- être très chaud dans quelques temps. De Syd­ney à Cairns, nous sommes dans la par­tie dé­ve­lop­pée de l’Aus­tra­lie, avec de nom­breuses pe­tites villes bien en­tre­te­nues, des ports ac­tifs et de bonnes routes. Je me ré­gale le long des grandes avan­cées de roches ap­pe­lé es « heads », des es­ta­cades de plu­sieurs cen­taines de mètres qui s’avancent dans la mer. Il y en a un peu par­tout le long de la côte, dès qu’une ri­vière s’y jette. Nam­buc­ca heads, Yam­ba, Tweed Heads… au­tant de hots­pots très po­pu­laires pour les aus­tra­liens. On y pêche en grand nombre les tas­ser­gals, les dau­rades et le fa­meux mul­lo­way, une sorte de grosse cour­bine lo­cale. Ces coins fré­quen­tés par les lo­caux per­mettent d’ échan­ger et d’ en ap­prendre beau­coup sur les tech­niques de pêche lo­cale et sur la ré­gion. Les tas­ser­gals mordent au lan­cer tan­dis que les dau­rades et les pagres pré­fèrent des cre­vettes ou des ca­la­mars po­sés sur le fond. Ils nous ré­galent dans le cam­ping-car.

Au fur et à mesure de notre re­mon­tée vers Cairns, l’air se ra­dou­cit, des man­groves ap­pa­raissent, nous en­trons peu à peu dans un nou­veau mi­lieu. Cairns ne pré­sente à mon avis que peu d’in­té­rêt, à moins d’y al­ler spé­ci­fi­que­ment pour y pê­cher les gros mar­lins ou vi­si­ter la grande bar­rière de co­rail. Tout un bu­si­ness in­ter­na­tio­nal s’est crée au­tour de la vi­site de cet atoll qui, à mon avis, a per­du une grande par­tie de son cô­té na­tu­rel.

Le grand Nord

La vraie aven­ture aus­tra­lienne com­mence plus au nord, sur le Cape York. Le bi­tume laisse place à de la piste de terre rouge, les ha­bi­ta­tions dis­pa­raissent, et les sta­tions de ser­vice aus­si… Fi­na­le­ment, il ne fait pas si chaud, de 20 à 25°C, je m’at­ten­dais à bien pire. La sai­son des pluies doit être beau­coup plus dure. Nous réus­sis­sons à ac­cé­der à des com­mu­nau­tés abo­ri­gènes pa­poues, le« La­ma La­ma» coun­try et Ko­wa­nya­ma. L’ iso­le­ment de ces com­mu­nau­tés est grande tcen’ e st que grâce à la sai­son sèche que nous pou­vons y ac­cé­der. Les nom­breux fran­chis­se­ments de ri­vières et la boue les rendent in­ac­ces­sibles pen­dant la longue sai­son des pluies. L’ ac­cueil y est simple et di­rect, et si on parle de pêche avec le chef du vil­lage, c’est en­core plus simple. A condi­tion de ne pas ame­ner d’ al­cool en ca­deau dans la com­mu­nau­té, chose sé­vè­re­ment pu­nie par­la loi aus­tra­lien ne. C’est là, à l’ em­bou­chure d’ une la­gune, que je vais pou­voir

pê­cher de su­perbes bar­ra­mun­dis, pois­son my­thique et sym­bole du nord de l ’ Aus­tra­lie. Ce pois­son est un mé­lange d’otho­lite des côtes afri­caines et de perche du Nil. Chas­seur cô­tier, il se nour­rit de crabes, cre­vettes et de pe­tits poissons le long des plages et des man­groves. Comme dans toute pêche de la­gune, le cal­cul de la ma­rée est indispensable pour réus­sir, d’au­tant plus qu’elles sont très fortes dans le nord de l’ Aus­tra­lie. Cô­té leurres, tout peut mar­cher pour ce pré­da­teur, mais les poissons na­geurs peu plon­geants et les leurres souples sont les plus ef­fi­caces. D’ autres poissons viennent se joindre au fes­ti­val de chasse s dans les em­bou­chures, comme les que en fishes,l es thre ad fins( ca­pi­taines del’ In doPa­ci­fique) et des fla­theads. Peu à peu, nous quit­tons l e Cape York pour at­ta­quer la côte Nord et contour­ner le golfe de Car­pen­ta­ria. Je dis bien at­ta­quer, car les pistes de­viennent très dures à cet en­droit, avec des cen­taines de ki­lo­mètres de tôle on­du­lée. De Ka­rum­ba à Bor­ro­loo­la, il fau­dra à plu­sieurs re­prises r es­ser­rer l es visses du châs­sis et veiller aux ré­serves en eau et en car­bu­rant.

C’est ici le vrai « bush » aus­tra­lien

L’ac­cès au lit­to­ral est dif­fi­cile à cet en­droit. La piste ne longe pas la mer, et les ri­vières à tra­ver­ser sont un obs­tacle sup­plé­men­taire. Ici en­core, la sai­son sèche fa­ci­lite notre pro­gres­sion. Les Aus­tra­liens qui pra­tiquent

la pêche dans cette ré­gion sont mu­nis de pe­tites em­bar­ca­tions en alu­mi­nium, mon­tées sur le toit des 4X4 et, ai­dés d’un pe­tit mo­teur, ils re­joignent en ba­teau les fa­meuses em­bou­chures des ri­vières. On ren­contre toutes sortes d’ani­maux sur le che­min, de gros va­rans, des ser­pents, des kan­gou­rous, des émeus et de nom­breux oi­seaux. Les per­ro­quets ca­ca­toès en grandes co­lo­nies sont par­ti­cu­liè­re­ment im­pres­sion­nants et ne manquent pas de vous ré­veiller tôt le ma­tin dans un grand va­carme. Au mi­lieu de tout ce­la, et mal­gré les contraint es, je vais trou­ver des ri­vières très pois­son­neuses, car les bar­ra­mun­dis re­montent aus­si en eau com­plè­te­ment douce. Armé d’une canne à lan­cer et de quelques leurres, re­mon­ter ces ri­vières à pied au mi­lieu des per­ro­quets et des kan­gou­rous à quelque chose de ma­gique. La vé­gé­ta­tion y est aus­si très sur­pre­nante. Il faut en re­vanche faire très at­ten­tion aux cro­co­diles de mer qui sont bien pré­sents dans cette zone. Maître mot : ne ja­mais pê­cher au ni­veau de l’eau et se te­nir éloi­gné de la berge ! Cer­tains gros spé­ci­mens vien­dront même es­sayer de vo­ler ma prise au bout de ma ligne. Im­pres­sion­nant ! Pas touche à mon bar­ra­mun­di ! Cer­taines r iv i ères f orment aus­si des t rous d’eau en sai­son sèche, l es f ameux « wa­ter holes » , dans les­quels les poissons se re­trouvent pri­son­niers le temps d’une sai­son. J’ai eu la chance d’y at­tra­per, outre les bar­ra­mun­dis, des pe­tits tar­pons de la va­rié­té in­do-pa­ci­fique, de vrais tar­pons mi­nia­tures !

La Rop­per ri­ver, la Ka­the­rine ou l’Ord dans l a ré­gion du Kim­ber­ley sont par­faites pour ces pêches iti­né­rantes à pied. On dé­couvre aus­si dans ces en­droits les fa­meux « mud crabs », des crabes aux pinces énormes qui vivent dans la man­grove. A l ’ aide d’un pe­tit ca­sier pliant ache­té dans un ba­zar, et ap­pâ­té d’un mor­ceau de pois­son, on en pren­dra des gros, qui amé­lio­re­ront bien le me­nu dans le cam­ping-car.

L’Ouest

Plus on avance vers l’ouest, plus la vé­gé­ta­tion de­vient aride. Dans la ré­gion du Kim­ber­ley on ren­contre même des bao­babs. Il n’y en a pas qu’en Afrique ! Etape sui­vante, la pe­tite ville de Broome et le Cap Le­veque, cé­lèbres pour leurs éle­vages d’huîtres per­lières. Là en­core, l’ap­proche n’est pas fa­cile et c’est par une piste en mau­vais état qu’on ar­rive au bout du cap Lé­veque. La pêche du bord y est très pro­duc­tive, sur­tout en surf­cas­ting de nuit, et les nom­breuses plages sau­vages per­mettent de pra­ti­quer un peu par- tout. J’ai eu de gros com­bats sur des re­quins de ré­cif et des raies, mais aus­si des gol­den t re­val­lies et des mé­rous. La des­cente le long de la côte Ouest est t rès ex­ten­sive, mais l a route de­vient bonne et se rap­proche de la mer, ce qui fa­ci­lite la pros­pec­tion. Là aus­si, le lan­cer et le surf­cas­ting sont les tech­niques reines, mais en pen­sant à mettre un bas de ligne d’acier car les tha­zards et autres re­quins sont nom­breux. Je pren­drai aus­si plu­sieurs splen­dides co­bias, de ma­gni­fiques lut­teurs. Les alen­tours de Port Hed­land et Ex­mouth sont les meilleurs pour ten­ter les gros co­bias du bord. On trouve un peu par­tout des pe­tits ter­rains de cam­ping le long du lit­to­ral, non loin des pointes ro­cheuses qu’ils af­fec­tionnent. Les co­bias mordent au lan­cer sur des pop­pers, mais aus­si en surf avec des vifs ou des mor­ceaux de poissons. Le top, c’est d’ar­ri­ver à at­tra­per de pe­tits mu­lets vi­vants qu’on lance dans les che­naux de ma­rée. Ils ne tardent pas à in­té­res­ser un pré­da­teur. Le temps presse un peu et il nous faut re­ga­gner Perth. Ra­pide pas­sage sur la pé­nin­sule de Shark Bay, mais nous n’au­rons pas le temps d’al­ler jus­qu’au au bout du cap. Dans les der­nières étapes, la ver­dure re­vient. On se croi­rait presque en Ir­lande. Le se­mi-dé­sert cède sa place aux prai­ries, aux cultures et à d’im­menses champs de fleurs de toutes les cou­leurs. L‘ur­ba­ni­sa­tion de Perth, ville mo­derne et or­don­née met fin à notre pé­riple.Nous re­vien­drons en Aus­tra­lie, car il reste tant à dé­cou­vrir. •

Bar­ra­mun­di pris dans les trous d’eau as­sé­chés.

Jo­li queen­fish d’une em­bou­chure.

Gros bar­ra­mun­di de l’em­bou­chure dans le La­ma La­ma coun­try.

Bao­bab du Kim­ber­ley.

Les fa­meux mud crabs !

En Aus­tra­lie, mieux vaut ne pas avoir peur des dis­tances...

Pe­tite igno­bi­lis au lan­cer dans la la­gune.

Kan­gou­rou... nos com­pa­gnons de voyage.

Le queen­fish ra­pide comme l’éclair.

Cro­co­dile sur les bords de l’Ord ri­ver. Ils ont très mau­vaise ré­pu­ta­tion.

Les ser­vices sont rares sur les pistes du nord. L’or­ga­ni­sa­tion est de ri­gueur.

Jo­li co­bia pris du bord.

Une énorme raie en surf­cas­ting noc­ture.

Un fla­thead très bon à man­ger…

Su­zy a trou­vé les ca­ba­ce­ras du bao­bab pour faire le jus de bouye ver­sion aus­tra­lien !

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