Lud­wig van Bee­tho­ven

(1770-1827) Al­le­gret­to WoO 53

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Cette pièce de Bee­tho­ven re­vêt un ca­rac­tère très dé­ci­dé et vi­ril. Le pia­niste Al­fred Bren­del sou­ligne com­bien il est im­por­tant de dé­ter­mi­ner la per­son­na­li­té d’une oeuvre. Ce­la nous guide sur la tech­nique à em­ployer. Com­men­çons donc par éprou­ver l’at­mo­sphère de ce mor­ceau.

MES. 1-8

Ten­sions et dé­tentes. Dès le dé­but du thème, ap­pre­nez à res­sen­tir l’al­ter­nance ty­pique entre les ten­sions har­mo­niques et leur dé­tente (leur ré­so­lu­tion), à les éprou­ver tout au­tant par votre sen­si­bi­li­té mu­si­cale que phy­si­que­ment. La ten­sion des sons se ma­té­ria­lise dans le corps du pia­niste par une pe­tite ten­sion des muscles, tan­dis que leur ré­so­lu­tion im­plique un re­lâ­che­ment. Ce « vé­cu phy­sique » de votre mor­ceau est es­sen­tiel. Il est le lien entre votre connais­sance de la par­ti­tion et votre fa­çon de lui don­ner la vie par votre tech­nique. En pra­tique. La me­sure n°1 porte l’ac­cord sol, si bé­carre, ré = ten­sion, ques­tion. Jouez ce­lui-ci comme si vous fai­siez un ef­fort pour tendre un élas­tique et en écar­ter les deux bouts. Ti­rez ! Cette ten­sion s’apaise en­suite me­sure n°2 en sa ré­so­lu­tion sur la to­nique. Re­lâ­chez-vous sur l’ac­cord do, sol, do, mi. Di­mi­nuez le son et re­laxez votre poi­gnet. Faites de même pour toutes les al­ter­nances de cette oeuvre : cher­chez à les pen­ser et à les sen­tir phy­si­que­ment. Pierre San­can, qui était un grand pro­fes­seur de pia­no, ré­pé­tait sou­vent : « Faites des ex­pé­riences ! » Notes sem­blables ré­pé­tées. Tex­ture har­mo­nique. Le dé­bu­tant s’oc­cupe sur­tout du chant. Au contraire, le pia­niste ex­pé­ri­men­té est ca­pable de contrô­ler cha­cune des voix in­ternes. Il les met en va­leur ou les at­té­nue comme s’il était à la tête d’un vé­ri­table or­chestre.

MES. 2-5

Dans ces ac­cords suc­ces­sifs, un do au mi­lieu de la main droite doit être ré­pé­té plu­sieurs fois, d’abord avec le 2e doigt, puis avec le pouce. Ré­pé­tez-le bien, en veillant à lais­ser re­mon­ter la touche au­pa­ra­vant. Si vous ne le faites pas, vous se­rez en­glué(e) dans le cla­vier et vous ne pour­rez pas mé­mo­ri­ser les em­preintes de ces ac­cords, c’est-à-dire l’es­pace entre les doigts (qui cor­res­pond aux in­ter­valles entre les notes). Cet as­pect de la mé­moire phy­sique est fon­da­men­tal. Dé­ve­lop­pez vos em­preintes, comme celles d’un ani­mal dans la terre glaise.

MES. 9-12

Ici, le mo­tif est sé­pa­ré en deux élé­ments. L’un en ac­cords, l’autre lui ré­pon­dant par une gra­cieuse courbe mé­lo­dique. Les deux s’achèvent sur un ques­tion­ne­ment. La maî­trise consiste, d’une part, à ac­qué­rir l’in­dé­pen­dance de plu­sieurs voix dans la main, et d’autre part, à contrô­ler chaque pul­sa­tion. 1. Pre­mier élé­ment : « sib-mib-ré ». Jouez ce pre­mier élé­ment en ac­cords le plus le­ga­to pos­sible. Sur la blanche poin­tée, main­te­nez bien vos doigts dans les touches, de­puis le mi bé­mol jus­qu’au ré qui suit, sans lâ­cher. Votre chant ne doit pas être cou­pé, même si le son du pia­no tend à mou­rir entre deux notes. D’où vient la dif­fi­cul­té ? De ce­ci : s’il nous faut lier ce chant, nous de­vons en même temps, au mi­lieu de la main, ré­pé­ter une note sem­blable, si bé­mol. Il faut donc la lais­ser re­mon­ter au­pa­ra­vant. Ce­la im­plique de sa­voir « di­vi­ser votre main en deux ». La par­tie ex­té­rieure de la main joue le chant le­ga­to, tan­dis que les doigts du mi­lieu ôtent les notes afin de re­jouer si bé­mol. Il faut faire ici un soi­gneux tra­vail d’in­dé­pen­dance, en s’exer­çant d’abord très len­te­ment et en se concen­trant bien sur l’écoute et les

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