AU COEUR DE L’IN­TIME

Pianiste - - EN COUVERTURE -

Le pia­niste Phi­lippe Cas­sard est l’au­teur d’un pas­sion­nant ou­vrage consa­cré à Schubert, l’un de ses com­po­si­teurs de pré­di­lec­tion. Ex­trait.

« La mo­des­tie na­tu­relle de Schubert, confi­nant à la ti­mi­di­té, sa gen­tillesse una­ni­me­ment dé­crite par ceux qui le fré­quen­taient al­laient de pair avec un manque d’am­bi­tion ma­ni­feste chaque fois qu’il eut l’oc­ca­sion de bri­guer des postes ins­ti­tu­tion­nels im­por­tants. Bien que Schubert rê­vât constam­ment de loin­tains voyages, et bien qu’il pas­sât d’ailleurs d’heu­reux mo­ments à l’ex­té­rieur de Vienne, chez des amis à la cam­pagne ou dans d’autres villes d’Au­triche, il re­cher­chait une vie ca­sa­nière, dis­crète et tran­quille, seule­ment per­tur­bée par d’in­ces­sants dé­mé­na­ge­ments qui té­moignent de ses dif­fi­cul­tés fi­nan­cières. Il avait un ca­rac­tère peu en­clin aux pas­sions, une ap­ti­tude à la ré­si­gna­tion face aux échecs sen­ti­men­taux ou pro­fes­sion­nels. En somme – et ce n’est pas un crime de lèse-ma­jes­té que de le sug­gé­rer : l’ar­tiste Franz Schubert, le com­po­si­teur Franz Schubert, c’est aus­si Mon­sieur Tout-le-monde à des an­nées-lu­mière du sta­tut de di­vi­ni­té na­tio­nale d’un Bee­tho­ven ou, en Al­le­magne, d’un Goethe. Avec ses sou­cis contin­gents de chaque jour, son pe­tit cercle d’amis, le plai­sir in­ex­tin­guible de com­po­ser qui semble avoir été son unique source d’éner­gie, et le sen­ti­ment, ac­quis très tôt, que sa vie ne se­rait pas un ro­man, Schubert a réus­si, au-de­là des 600 textes et poèmes mis en mu­sique sous forme de lie­der et d’en­sembles vo­caux, à par­ler de l’homme à tra­vers lui-même, Franz Schubert, c’est-à-dire de l’homme qui nous res­semble, le contraire de l’ar­tiste sur son pié­des­tal. »

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