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(1659-1695) (1722-1795) (1813-1888) (1810-1849) (1847-1903) (1797-1828)

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

ans ce nu­mé­ro, nous étu­dions l'Im­promp­tu en mi bé­mol ma­jeur de Schubert. On dit que ce mor­ceau fut mas­sa­cré de­puis des temps im­mé­mo­riaux dans tous les pen­sion­nats de jeunes filles. Voi­là qui est bien pos­sible ! Quoi qu'il en soit, cha­cun de nous a dans l'oreille ce chef-d'Ïuvre dont les gammes vo­lu­biles doivent trans­por­ter l'au­di­teur dans l'ex­tase. Tout pia­niste, en le jouant, de­vrait se sen­tir aus­si libre qu'« un bon na­geur qui se pâme dans l'onde », que Bau­de­laire dé­cri­vait dans son poème Élé­va­tion1. Pour le poète, l'ai­sance du na­geur est bien sžr une mé­ta­phore : celle de l'âme de l'ar­tiste qui, éle­vée par la Beau­té, se li­bère de toute en­trave. Pour le pia­niste, il doit en ètre ain­si lors­qu'il joue cet Im­promp­tu. Tout doit ètre fluide, ai­sé comme les gestes du na­geur. Certes, c'est fa­cile à dire, mais un peu moins à réa­li­ser car, comme le sou­ligne Al­fred Bren­del, il n'y a pas de « rac­cour­ci » pour faire de belles choses. D'abord, sou­ve­nons-nous que la flui­di­té du jeu ne pro­cède pas seule­ment des muscles des doigts. Elle vient plu­tôt de la faèon de trans­mettre très vite la pen­sée au bout de nos doigts, grâce à ce que je nomme « l'in­flux ner­veux ». Notre cer­veau en­voie2 quan­ti­tés d'in­for­ma­tions qui émanent de notre dé­sir de créer de la belle mu­sique. La tech­nique consiste à en­tra”ner nos doigts à obéir très vite, à en faire les « es­claves » de notre soif de beau­té. Mais, au fait, ce vou­loir mu­si­cal, en quoi

Or, pour jouer « égal pour le temps », l'es­sen­tiel est de bien contrô­ler les notes qui tombent sur chaque pul­sa­tion. Dans votre oreille, il im­porte de faire la dif­fé­rence entre les sons qui tombent sur les temps et les autres. Ce sont les notes des temps, ain­si que la par­faite connais­sance de leurs doig­tés, qui per­mettent de contrô­ler le dé­rou­le­ment du mor­ceau Ð ima­gi­nez un che­val que vous te­nez fer­me­ment par le mors, afin de l'em­pè­cher de ga­lo­per sans contrôle. Donc, au­cune note des temps ne doit vous échap­per. Mais, at­ten­tion, ce­la ne veut pas dire qu'il faut leur mettre des ac­cents ! Il convient, au contraire, de des­si­ner chaque ligne mu­si­cale avec élé­gance. Car Cho­pin af­fir­mait aus­si : « Le but n'est pas de sa­voir tout jouer d'un son égal. Il me semble d'un mé­ca­nisme bien for­mé de sa­voir bien nuan­cer une belle qua­li­té de son. C'est pour­quoi Ð et nous le rap­pe­lons sans cesse au tra­vers de ces lignes Ð l'autre clé pour dé­ve­lop­per l'agi­li­té des doigts est de cher­cher à do­ser le poids, à des­si­ner les courbes so­nores avec une vé­ri­table ins­pi­ra­tion ar­tis­tique. En somme, il faut contrô­ler à la fois le rythme et les courbes de phrase. Voi­là tout l'art !

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