GRAN­DIOSES SOI­RÉES RUSSES

Pianiste - - ACTUALITÉS ÉVÉNEMENTS -

Les 21 et 22 no­vembre der­nier, le maes­tro Va­le­ry Ger­giev a don­né l’in­té­grale des Concer­tos pour pia­no de Pro­ko­fiev, sui­vie d’ex­traits de suites des bal­lets Ro­méo et Ju­liette et Cen­drillon. Compte ren­du.

Pre­mière soi­rée. Deuxième Prix du Concours TchaÔ­kovs­ki, George Li exé­cute le Concer­to n°1 avec brillance et fier­té, do­té d’une tech­nique irréprochable mal­gré le manque de ma­gie : une pres­ta­tion suf­fi­sante pour ins­tau­rer un rap­port ma­gné­tique entre les mu­si­ciens et la salle. On croit voir Denis Mat­suev bon­dir sur le cla­vier, as­sé­ner à coups de bu­rin les to­na­li­tés si­bé­riennes du Deuxième Concer­to. Une bar­ba­rie tout en fi­nesse, que l’on pour­rait qua­li­fier de « main de fer dans un gant de ve­lours ». Et, sou­dain, l’in­at­ten­du pré­vi­sible: un té­lé­phone por­table sonne. Ger­giev et Mat­suev se re­tournent en di­rec­tion du bruit, l’air me­na­çant (et russe, de sur­croît). Le pia­nistes russe bombe le torse puis fi­nit par se rai­dir en di­rec­tion du pia­no, jouant quelques notes qui rap­pellent étran­ge­ment le pa­ra­site so­nore émis dans la salle. Le pu­blic rit. Mat­suev achève fi­na­le­ment son in­ter­pré­ta­tion avec le troi­sième mou­ve­ment de la So­nate n°7 de Pro­ko­fiev. Quel brio ! Place en­suite au jeune pro­dige pour le der­nier Concer­to du lun­di: Alexan­der Ma­lo­feev, 15 ans. Sa ma­tu­ri­té sur­prend. L’ado­les­cent prouve qu’il dé­passe le ni­veau exi­gé des conser­va­toires, ef­fec­tuant avec une ai­sance folle les dif­fé­rents contrastes entre le ly­risme et l’ef­fet de per­cus­sion. Un gé­nie qui se confirme par une On­dine de Ra­vel ha­bi­tée et sans sen­ti­men­ta­lisme. À l’or­chestre uni­que­ment, des ex­traits des suites du bal­let Ro­méo et Ju­liette et du Pré­lude à l’après-mi­di d’un faune de De­bus­sy, ou le calme après la tem­pête. Splen­dide. Le 22 no­vembre, Ser­gei Red­kin pose sa main droite sur le ta­bou­ret. Les longs doigts fins de sa main gauche sont plei­ne­ment mo­bi­li­sés pour le Concer­to n°4, un jeu fé­lin bien qu’acerbe, une maî­trise sans faille des obs­tacles in­hé­rents à ces pages si dif­fi­ciles. Dans le Concer­to n°5, Va­dym Kho­lo­den­ko est hal­lu­ci­nant: coups de griffe, avant-bras aé­riens, per­cus­sion sans agres­si­vi­té gra­tuite, vir­tuo­si­té lé­gère, dou­ceur rê­veuse (mais oui !), élas­ti­ci­té, ri­gueur... Le spec­tacle est au­tant vi­suel qu’au­di­tif. Sus­pen­du aux gestes du ma­gis­tral Ger­giev et em­me­nant l’or­chestre dans une ago­gique com­plexe, il livre une lecture de haut vol, lim­pide, pas­sion­nante de cette oeuvre si ar­due. L’au­di­toire lui si­gni­fie clai­re­ment son ad­mi­ra­tion, les mu­si­ciens leur res­pect. L’or­chestre du Ma­riins­ky ter­mine avec la même verve par des ex­traits de Cen­drillon. Une soi­rée gran­diose.

De­nis Mat­suev.

Clé­ment Ser­ra­no et Syl­via Avrand-Mar­got George Li.

Va­dym Kho­lo­den­ko.

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