George Ger­sh­win

(1898-1937) Pré­lude n°2 en ut dièse mi­neur

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Il y a une sorte de sen­sua­li­té nos­tal­gique dans ce Pré­lude de Ger­sh­win, qui ne sau­rait s’ex­pri­mer au tra­vers du car­can d’un tem­po trop ri­gide. C’est la rai­son pour la­quelle le com­po­si­teur a no­té en tête de sa par­ti­tion « Po­co ru­ba­to ». Cette pièce, qui s’ins­pire du blues, a un par­fum jaz­zy de Rhap­so­dy in Blue, de Brook­lyn et de Nou­veau Monde.

MES. 1-2

Lier l’ac­com­pa­gne­ment. Ger­sh­win a écrit « p le­ga­to ». Il est fon­da­men­tal de bien ap­prendre à jouer lié cet ac­com­pa­gne­ment de main gauche, d’au­tant que ce des­sin se re­pro­duit tout au long de la pièce. Ici, il n’est pas ai­sé de jouer lié car la plus haute des deux notes de­vient la plus basse dans l’ac­cord sui­vant. On ne peut donc pas lier par­fai­te­ment avec les doigts parce que le 3e doigt (Fa #) passe par-des­sus le 2e doigt (Mi #). Il n’y a qu’une so­lu­tion : lier le plus pos­sible entre la par­tie ai­guë, le Mi # (2e doigt), et la par­tie basse, le Fa # (avec le 3e doigt). En somme, ima­gi­nez une par­tie cen­trale Mi # - > Fa # - > Mi #. C’est elle qui per­met d’as­su­rer la liai­son. Il est fré­quent que nous ne puis­sions pas lier un chant par la par­tie prin­ci­pale et que nous de­vions lier par une autre par­tie. Nous ver­rons cette tech­nique dans la Valse en la bé­mol de Cho­pin, que nous al­lons étu­dier pages 52-57.

MES. 4-8

Com­ment jouer une syn­cope ? Cha­cun sait que la mu­sique de Ger­sh­win est proche du jazz. Or, dans le jazz, les syn­copes sont fré­quentes. Re­te­nez bien com­ment jouer cor­rec­te­ment les syn­copes, ce se­ra utile dans la Valse de Cho­pin, mais aus­si dans tant d’autres par­ti­tions comme la So­nate « Pa­thé­tique » de Bee­tho­ven, que nous abor­de­rons dans le pro­chain nu­mé­ro de Pia­niste. Une syn­cope est une note qui com­mence sur un temps faible (ou sur une par­tie faible du temps) et qui se pro­longe sur le temps sui­vant. Il faut ap­puyer la syn­cope plus qu’une note nor­male en la pen­sant « en ap­pel », sans l’apla­tir. Après avoir joué une syn­cope, il faut sen­tir que l’on se ré­ta­blit aus­si­tôt sur la pul­sa­tion nor­male de la me­sure. Ap­pli­quons ici ces prin­cipes à la me­sure n°6. D’abord, sen­tez votre pul­sa­tion sur le Si qui est le 1er temps. En­suite, ap­puyez votre syn­cope, Sol, à contre­temps (2e croche). Sen­tez-le comme une ques­tion, d’au­tant qu’il s’agit de la quinte de l’ac­cord. En­fin, ré­ta­blis­sez-vous sur le 3e temps à la main gauche (Fa #-Do #) en per­ce­vant l’im­pul­sion. Cou­pez très net­te­ment votre si­lence à la main droite. Un si­lence mal cou­pé fait perdre la pul­sa­tion.

MES. 11-12 3. 2. 1.

Notes longues et ren­contres har­mo­niques. Ger­sh­win écrit de riches ren­contres entre les doubles notes de la main gauche (Mi-La #, Mi #La bé­carre, Fa #-Sol #, Mi #-La #) et les rondes : basse et note ai­guë de main droite. Pour que notre oreille per­çoive bien toute cette ri­chesse har­mo­nique, il ne suf­fit pas de te­nir le doigt. Il faut vrai­ment que les sons soient en­ten­dus en­semble, qu’ils se su­per­posent. C’est pour­quoi il faut pro­je­ter les sons longs. Il ne faut pas qu’ils aient le temps de mou­rir trop tôt avant de ren­con­trer ceux du des­sous ou du des­sus. Ne l’ou­bliez ja­mais : au pia­no, sa­voir jouer les sons longs est la base d’un beau son.

MES. 18–21

Gui­dez-vous par le 2e doigt dans la par­tie cen­trale. Le thème prin­ci­pal (Sol #-Si, Sol #, SiSol #) est ici re­pris en oc­taves. Pour­tant, il faut le lier avec les doigts aus­si par­fai­te­ment qu’au dé­but. Uti­li­sez des doig­tés qui per­mettent de lier les oc­taves (la pé­dale ne suf­fit pas) : 4e doigt sur les touches noires, 5e doigt sur touches blanches. Liez en sui­vant la par­tie cen­trale qui est jouée par votre 2e doigt : Mi-Ré #-Do #, Ré #… /Ré #, Ré #, Do #, Ré #, etc. C’est de cette par­tie du 2e doigt que dé­pend le le­ga­to. C’est aus­si elle qui dé­tient la pul­sa­tion après la syn­cope. Sa­chez chan­ter cette par­tie. Nuan­cez sa courbe mu­si­cale. Ten­dez votre 2e doigt. Cho­pin ac­cor­dait une im­por­tance par­ti­cu­lière au 2e doigt. Dans ses Es­quisses pour une mé­thode de pia­no, il pré­cise : « Point d’ap­pui, l’in­dex qui par­tage

4 la main par moi­tié pour les écarts. » Gestes et « non-gestes ». Dans ce Pré­lude, les écarts de doigts sont grands. Faites le moins de gestes pos­sible, afin de ne pas perdre de

1. 2.

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