Clas­sique et jazz

Pianiste - - PIANOS À LA LOUPE - Jérémie Bi­go­rie Clé­ment Ser­ra­no

Cette ru­brique pré­sente une sé­lec­tion des disques et DVD ré­cem­ment pa­rus. Les « maes­tros » de dis­tinguent tout par­ti­cu­liè­re­ment ceux qui, se­lon nous, ont mar­qué ou mar­que­ront la dis­co­gra­phie.

éga­li­té sous les doigts du pia­niste fran­çais. Une vi­sion au de­meu­rant plei­ne­ment as­su­mée, qui culmine dans la pous­sée ly­rique du deuxième mou­ve­ment no­té An­dante, mais pris à des­sein plus len­te­ment, avec un très beau sens des res­pi­ra­tions. Violent, ten­du, le Scher­zo a des al­lures de course à l’abîme avant un fi­nale aux phra­sés brus­qués. Notre pré­fé­rence va aux deux pre­miers mou­ve­ments et, sur l’en­semble de la so­nate, à Ra­du Lu­pu (Dec­ca), Bru­no Leo­nar­do Gel­ber (EMI) ou Ev­ge­ny Kis­sin (So­ny). La So­nate de Berg frappe par la clar­té des plans so­nores quand Al­fred Bren­del (Phi­lips) cultive un clair-obs­cur ex­pres­sion­niste et une li­ber­té ago­gique qu’on rap­pro­che­ra de Schu­mann. Un disque qui s’im­pose par sa hau­teur de vue.

Seong-Jin Cho offre un Concer­to pour pia­no de Cho­pin riche en fi­nesse et ma­tu­ri­té so­nore, ac­com­pa­gné par un or­chestre ré­so­lu­ment tour­né vers le bel can­to mo­zar­tien. S’en dé­gage alors un dia­logue mu­si­cal où les deux forces se com­plètent, le pre­mier osant l’in­to­na­tion lé­gère, là où le se­cond couvre ses ar­rières par un son ro­buste et im­mé­diat. Une re­la­tion qui n’est pas sans rap­pe­ler la mu­sique de Ri­chard Strauss, la voix de­vant se lais­ser por­ter par l’éner­gie or­ches­trale pour exis­ter. Aus­si, l’in­ter­pré­ta­tion semble se construire da­van­tage sur l’im­pres­sion que sur le sen­ti­ment, se dif­fé­ren­ciant de la cou­leur ap­puyée de Zi­mer­man ou de la fé­ro­ci­té sous-ja­cente d’Ar­ge­rich. En té­moigne le troi­sième mou­ve­ment, l’en­semble ve­nant pri­vi­lé­gier le poids de la ma­tière, et non l’af­fi­nage de la note. Qua­li­té qui a tou­te­fois ses li­mites si l’on est adepte du ca­rac­tère pré­cieux cher au com­po­si­teur po­lo­nais. On pour­rait re­pro­cher un autre dé­faut au so­liste. Si son ar­ti­cu­la­tion se ré­vèle sé­dui­sante, sa trop grande mé­ti­cu­lo­si­té force l’au­di­teur à se concen­trer uni­que­ment sur l’ins­tru­ment, et non plus sur les pu­pitres. Con­cer­nant en­fin les Bal­lades, Seong-Jin Cho livre une lecture jouée avec apai­se­ment et plé­ni­tude, confir­mant ain­si sa quête per­ma­nente de pu­re­té so­nore. Un jeune ta­lent à suivre.

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