SA SOURCE DE VIR­TUO­SI­TÉ

Pianiste - - L’INVITÉ DE PIANISTE - Pro­pos re­cueillis par El­sa Fot­to­ri­no

Le di­rec­teur dé­lé­gué à la pré­si­dence de Da­none et pré­sident des Ren­contres mu­si­cales d’…vian puise dans la mu­sique clas­sique des mo­ments de pas­sion, qu’il par­tage avec le pu­blic dans la salle de la Grange-au-Lac.

Le groupe Da­none a ré­cem­ment re­lan­cé les Ren­contres mu­si­cales d’…vian. Vous en êtes à l’ini­tia­tive. Pour­quoi ? Voir la ma­gni­fique Grange-au-Lac qua­si­ment vide et uti­li­sée seule­ment quelques fois dans l’an­née me fen­dait le coeur. Cette salle en forme de boîte à chaus­sures a la par­ti­cu­la­ri­té d’être en­tiè­re­ment en bois, ce qui lui donne un cô­té ex­trê­me­ment in­time et cha­leu­reux. Seuls deux dé­tails dé­rogent à la règle: les lustres en cris­tal de Ve­nise et la conque de ré­flexion du son en alu­mi­nium. L’équi­pe­ment a été com­man­dé par An­toine Ri­boud (fon­da­teur de Da­none, ndlr) pour l’usage du vio­lon­cel­liste Ms­ti­slav Ros­tro­po­vitch. J’ai le sou­ve­nir mé­mo­rable d’un ré­ci­tal de Gri­go­ry So­ko­lov dans cette salle – qui doit re­mon­ter à deux col­lec­tion­neur de disques de mu­sique clas­sique. Il fait par­tie des quelques rares per­sonnes ca­pables de dis­tin­guer les dif­fé­rentes ver­sions d’une même oeuvre, y com­pris in­ter­pré­tées par le même mu­si­cien. Quand j’avais 4 ans, il m’a em­me­né à mon pre­mier ré­ci­tal. C’était Me­nu­hin dans Bach. Je suis même al­lé faire si­gner mon al­bum dans sa loge. Puis d’autres concerts ont sui­vi : Rich­ter, Stern…

Pra­ti­quez-vous un ins­tru­ment?

J’ai été va­gue­ment ten­té. Je vou­lais ap­prendre le vio­lon, mais j’en ai été dis­sua­dé car j’étais gau­cher. Ce­la a eu rai­son de ma mo­ti­va­tion qui ne de­vait pas être si pro­fonde. Je suis un gar­çon un peu pa­res­seux et je n’au­rais cer­tai­ne­ment pas eu le goût de la dis­ci­pline et de la dif­fi­cul­té. J’ap­par­tiens à cette ca­té­go­rie de per­sonnes qui sont plus sen­sibles au ta­lent Kre­mer. Et, évi­dem­ment, dans Bach, les in­ter­pré­ta­tions de Glenn Gould, avec une pré­fé­rence pour les der­niers en­re­gis­tre­ments. Ce qui est ma­gni­fique, c’est ce cô­té piqué, très dé­ta­ché, qui donne un sen­ti­ment d’es­pace entre les notes, de res­pi­ra­tion. J’ai plus de mal avec les grandes ef­fu­sions ro­man­tiques. Ré­cem­ment, en voi­ture, je suis tom­bé en ar­rêt sur une ver­sion du Cla­vier bien tem­pé­ré dif­fu­sée à la ra­dio, in­ter­pré­tée par Bea­trice Ra­na. Sa vi­sion n’est pas très goul­dienne, mais non moins su­blime. Je suis aus­si très sen­sible à la mu­sique fran­çaise de la fin du XIXe au dé­but du XXe siècle. Sa­tie par Al­do Cic­co­li­ni fait par­tie des in­con­tour­nables de ma dis­co­gra­phie. Dans la mu­sique baroque comme dans la mu­sique fran­çaise, j’ap­pré­cie le cô­té in­tel­lec­tuel, as­sez construit. Pour moi, écou­ter de la mu­sique reste une ex­pé­rience in­time. J’aime bien en écou­ter seul.

Rap­pe­lons que vous êtes un pro­fes­sion­nel de la com­mu­ni­ca­tion. Qu’est-ce que la mu­sique clas­sique peut ap­por­ter à un groupe comme Da­none ?

Rien. Si vous pre­nez des ini­tia­tives seule­ment pour l’image, vous êtes mort. Nous avons re­lan­cé les Ren­contres car nous pos­sé­dons la Gran­geau-Lac. Notre ambition est de de­ve­nir une référence ar­tis­tique. Pas de va­lo­ri­ser l’image du groupe. L’art dans le mé­cé­nat n’a de va­leur que s’il y a une forme de gra­tui­té dans la dé­marche.

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