L’IN­VI­TÉ DE PIA­NISTE

Fon­da­teur du Groupe Ber­nard Ma­grez, pro­prié­taire de quatre grands crus de Bor­deaux clas­sés, ce com­po­si­teur de vins rares est aus­si un pas­sion­né d’arts et un mé­cène. Il nous parle de son lien par­ti­cu­lier à la mu­sique et au com­po­si­teur de La Flûte en­chan­tée

Pianiste - - SOMMAIRE - Propos re­cueillis par Ja­ny Cam­pel­lo

Ber­nard Ma­grez

Ardent dé­fen­seur des arts, vous avez fon­dé l’Ins­ti­tut Cultu­rel Ber­nard Ma­grez: quelle est sa vo­ca­tion ? L’Ins­ti­tut Cultu­rel a pour vo­ca­tion de sou­te­nir la créa­tion ar­tis­tique. En le fon­dant il y a six ans, j’ai vou­lu rendre à la vie, par amour de l’art et des ar­tistes, la chance qu’elle m’a ac­cor­dée. Mon ac­ti­vi­té de mé­cé­nat re­pose sur mon dé­sir d’ai­der l’autre. Ce sen­ti­ment pro­fond m’ha­bite, j’en fais une ques­tion de de­voir: ai­der avec un grand A ! Les jeunes ar­tistes ont be­soin d’être épau­lés pour se faire connaître et re­con­naître, qu’ils soient peintres, sculp­teurs, ci­néastes ou mu­si­ciens. L’Ins­ti­tut est à la fois un lieu de dif­fu­sion, de ré­si­dence d’ar­tistes et de ren­contres. Mais ce n’est pas tout. J’ai vou­lu éga­le­ment mettre à la dis­po­si­tion des mu­si­ciens, dont la pas­sion, l’en­vie et le ta­lent les classent par­mi les meilleurs, des ins­tru­ments d’ex­cep­tion, en fai­sant l’ac­qui­si­tion d’un vio­lon Ni­co­las Lu­pot de 1795 joué par Guillaume Chi­lemme, d’un vio­lon­celle Fer­di­nand Ga­glia­no de 1788 joué par Ca­mille Thomas, d’un Stra­di­va­rius de 1713 joué par Ni­co­las Dau­tri­court et, ré­cem­ment, d’un al­to Cas­si­ni de 1660 prê­té à Lise Ber­thaud.

Comment est ve­nu votre goût pour la mu­sique ?

Il est ar­ri­vé tard: je suis un au­to­di­dacte. Je n’ai pas eu ac­cès à la mu­sique étant en­fant. À 16 ans, j’ai quit­té l’école pour en­trer en ap­pren­tis­sage. En­suite, j’ai fait croître mon en­tre­prise de né­goce, j’ai tra­vaillé sur l’oe­no­lo­gie et, pas à pas, j’ai ac­quis des vi­gnobles puis des châ­teaux. J’ai dé­cou­vert l’uni­vers de la mu­sique par le concert il y a quelques an­nées. J’ai com­men­cé par al­ler au Grand Théâtre, puis à l’Au­di­to­rium de Bor­deaux.

Quelle mu­sique écou­tez-vous au quo­ti­dien ?

Mo­zart, Mo­zart, tou­jours et seule­ment Mo­zart ! J’écoute ses so­nates pour pia­no à lon­gueur de jour­née dans mon bu­reau, quand je m’y trouve. Toutes ses so­nates, sans pré­fé­rence par­ti­cu­lière. Sa mu­sique m’ap­porte calme, joie et en­chan­te­ment. Elle m’ac­com­pagne dans mes ac­ti­vi­tés d’homme d’af­faires. Il me semble qu’elle rend mon ana­lyse meilleure. Mais il y a une autre rai­son: j’aime l’homme Mo­zart. Je suis tou­ché par sa per­son­na­li­té et son par­cours. Sa vie, ses dif­fi­cul­tés me parlent : son en­fance, sa re­la­tion à son père, son évo­lu­tion, ses suc­cès et ses échecs. Der­rière les oeuvres d’art, je vois les ar­tistes, les êtres hu­mains. C’est pa­reil pour les autres formes d’ex­pres­sion ar­tis­tique. Je suis aus­si at­ti­ré par l’éso­té­risme de Mo­zart, ce­lui dont il est ques­tion dans La Flûte en­chan­tée, mon opé­ra pré­fé­ré. Col­lec­tion­neur et es­thète, vous culti­vez aus­si un art de vivre à la fran­çaise. Quel lien y a-t-il entre un château la tour car­net ou un château pape clé­ment et la mu­sique ? Il y a des si­mi­li­tudes entre l’art des grands vins et ce­lui de la mu­sique: par exemple, l’état in­té­rieur d’un ar­tiste change d’un concert à l’autre. Il ne joue ja­mais deux fois de la même fa­çon, par­fois en rai­son de contin­gences ex­té­rieures. Il en va de même pour le vin qui va­rie d’une an­née à l’autre en fonc­tion de la mé­téo­ro­lo­gie, un ac­teur qui af­fecte la vigne. Tout est af­faire de sen­si­bi­li­té, de vie. Mon ob­jec­tif est de don­ner du bon­heur aux autres par l’ex­cel­lence, que ce soit avec le vin, la mu­sique, la pein­ture, la sculp­ture… Sans ou­blier la gas­tro­no­mie : j’ai ou­vert un res­tau­rant cou­ron­né de deux étoiles [La Grande Mai­son te­nu par Pierre Ga­gnaire, ndlr] où les arômes des plats sont ins­pi­rés de mu­siques dif­fé­rentes, en har­mo­nie avec elles. Le goût est comme l’oreille. Cha­cun pos­sède le sien !

« Sa mu­sique m’ap­porte calme, joie et en­chan­te­ment. »

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