S’OU­VRIR AU MONDE ET… AU JAZZ

Pianiste - - ACTUALITÉS ÉVÉNEMENTS - Pro­pos re­cueillis par Sté­phane Frié­dé­rich

Pour sa 2e édi­tion au­tom­nale, le fes­ti­val, qui se dé­roule à Er­stein, en Al­sace, pro­pose une pro­gram­ma­tion pas­sion­nante. Son di­rec­teur mu­si­cal, le pia­niste Vincent Lar­de­ret, nous en pré­sente les grandes lignes.

Q uels sont les axes de votre pro­gram­ma­tion ? J’ai sou­hai­té une pro­gram­ma­tion à la fois plus in­ter­na­tio­nale et moins stan­dar­di­sée. Plus in­ter­na­tio­nale avec la ve­nue de per­son­na­li­tés aus­si riches que Phi­lippe Bian­co­ni, Marc Cop­pey, Ni­co­las Dau­tri­court, Va­dym Kho­lo­den­ko et Nel­son Goer­ner, no­tam­ment. Moins stan­dar­di­sée, car les ar­tistes in­vi­tés ont bai­gné dans des cultures dif­fé­rentes qui en­ri­chissent notre ap­proche du pia­no. C’est le cas du pia­niste Her­bert Schuch, qui a étu­dié en Al­le­magne et au­près d’Al­fred Bren­del, et de la pia­niste po­lo­naise Ewa Osins­ka, dis­ciple de Vla­do Per­le­mu­ter. Elle a gra­vé l’in­té­grale de l’oeuvre de Cho­pin et est une grande in­ter­prète de Szy­ma­nows­ki. On en­tend peu de tels mu­si­ciens en France, comme si cer­tains ne de­vaient jouer avant tout que dans leur pays na­tal ! À ce point ? Oui, en ef­fet. L’école de pia­no al­le­mande, celle des Her­bert Schuch, Bernd Glem­ser et Mar­tin Helm­chen, de­meure as­sez fer­mée. Non au sens pé­jo­ra­tif du terme, mais parce que l’en­sei­gne­ment mu­si­cal se fait ex­clu­si­ve­ment en Al­le­magne, con­trai­re­ment à beau­coup de pia­nistes du reste du monde qui vont étu­dier à l’étran­ger (j’en suis un bon exemple, ayant tra­vaillé en Al­le­magne avec Bru­no Leo­nar­do Gel­ber). Cette for­ma­tion ex­clu­sive dans son pays d’ori­gine se re­trouve aus­si chez des pia­nistes russes ou ita­liens. Ce­la dé­fi­nit la construc­tion mu­si­cale et pia­nis­tique de ces ar­tistes et leur par­cours sin­gulier. Vous ac­cueillez d’autres grandes per­son­na­li­tés… Nous in­vi­tons des grands noms de la scène in­ter­na­tio­nale, et pas seule­ment des pia­nistes, car la mu­sique de chambre est in­con­tour­nable, et nous ré­ser­vons aus­si une place pour de jeunes ta­lents tels que la Géor­gienne Ana Ki­pia­ni, Deuxième Prix du Concours in­ter­na­tio­nal Pia­no Cam­pus 2017, à qui j’ai at­tri­bué le Prix Spé­cial Pia­no au Mu­sée Würth. Pour la pre­mière fois, nous ac­cueillons un en­semble de jazz, le Trio Co­lin Val­lon. Cette ou­ver­ture des ré­per­toires cor­res­pond à la phi­lo­so­phie du fes­ti­val. Le 10 no­vembre, vous joue­rez des oeuvres de De­bus­sy, Liszt, Berg et Fal­la. Un ré­ci­tal en avant-pre­mière de votre pro­chain al­bum dont la sor­tie est pré­vue en jan­vier 2018. Il réuni­ra le Se­cond Livre des Pré­ludes et le Pre­mier Livre des Images de De­bus­sy… Le cen­te­naire De­bus­sy est une belle op­por­tu­ni­té. Après deux vo­lumes consa­crés à Ra­vel pa­rus chez Ars Pro­duk­tion, il s’agit d’une suite dis­co­gra­phique lo­gique, car je de­meure at­ta­ché à la mu­sique fran­çaise, même si ce n’est qu’une par­tie de mon ré­per­toire. À ces pièces s’ajou­te­ra une oeuvre en pre­mière mon­diale… Je ne vous en dis pas da­van­tage. Quelle so­no­ri­té re­cher­chiez-vous pour ce pro­gramme ? Ars en­re­gistre dans une église de Wup­per­tal, en Al­le­magne. L’acous­tique très na­tu­relle de l’édi­fice convient ma­gni­fi­que­ment au pia­no. J’ai cher­ché une pa­lette de cou­leurs cor­res­pon­dant bien sûr à l’es­thé­tique des oeuvres de De­bus­sy et à la modernité de son lan­gage. La pré­ci­sion des cou­leurs d’un pia­niste tels qu’Ar­tu­ro Be­ne­det­ti Mi­che­lan­ge­li m’a pro­fon­dé­ment mar­qué. …vi­dem­ment, la ma­gie des cou­leurs de­bus­systes im­plique aus­si un tra­vail par­ti­cu­lier sur l’ex­pres­sion poétique et l’at­mo­sphère si contem­pla­tive. Pour­riez-vous dé­fi­nir da­van­tage l’in­fluence de Mi­che­lan­ge­li ? Ses in­ter­pré­ta­tions ont ap­por­té à une mu­sique elle-même d’une très grande pré­ci­sion une ex­trême clar­té dans les cou­leurs, la pré­ci­sion du tou­cher et l’uti­li­sa­tion de la pé­dale. On a pu par­ler, au su­jet du pia­niste, d’un jeu « ob­jec­tif », mais nul­le­ment froid. Dans le cas d’oeuvres dites « im­pres­sion­nistes », ce n’est pas un pa­ra­doxe. En ef­fet, l’im­pres­sion­nisme que ré­cu­sait De­bus­sy en per­sonne n’est pas sy­no­nyme de flou ou d’im­pré­ci­sion. Et pour­tant le Pre­mier Pré­lude, Brouillards, du Se­cond Livre n’est-il pas jus­te­ment une des­crip­tion de l’im­pres­sion­nisme ? De­bus­sy donne des in­di­ca­tions très dé­taillées, con­trai­re­ment à Ra­vel qui in­vite à de nom­breux ques­tion­ne­ments dus aux fautes dans les édi­tions qui ont per­du­ré si long­temps… Si le res­pect ab­so­lu du texte di­rige avant tout mon in­ter­pré­ta­tion, j’as­sume tou­jours mes concep­tions, tout en sa­chant me dé­ta­cher des di­verses in­fluences !

Les ar­tistes du fes­ti­val : Vincent Lar­de­ret (pia­no) (10 no­vembre), Va­dym Kho­lo­den­ko (pia­no), classe de maître de Phi­lippe Bian­co­ni (11), Ewa Osins­ka, Phi­lippe Bian­co­ni (pia­nos) (12), Co­lin Val­lon Trio (pia­no, contre­basse, bat­te­rie) (14), Ni­co­las Dau­tri­court (vio­lon), Marc Cop­pey (vio­lon­celle), Vincent Lar­de­ret (17), Ana Ki­pia­ni (pia­no), Marc Cop­pey, Pe­ter Laul (pia­no) (18), Her­bert Schuch, Nel­son Goer­ner (pia­nos) (19). du 10 au 19 no­vembre, mu­see-wurth.fr

Vincent Lar­de­ret.

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