Jean-Bap­tiste Du­ver­noy

(1802-1880) Étude en la mi­neur opus 176 n°18

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Cette pe­tite étude de Du­ver­noy est de fac­ture to­nale. Elle contraste avec le riche Noc­turne n°1 de Fau­ré, que nous étu­die­rons ci-après. Ti­rons-en le­çon. À moins d’ap­prendre comme un per­ro­quet, jouer du pia­no exige que l’on com­prenne ce que l’on in­ter­prète. Le rythme, ici, n’est pas dif­fi­cile : ce sont des noires, des croches. Con­cen­trez-vous donc sur les ac­cords, les de­grés sur les­quels s’ap­puie cette pièce. Plus ils sont simples, plus le mor­ceau est consi­dé­ré comme fa­cile. Les ac­cords sont comme les mots du lan­gage par­lé, tan­dis que les notes sont comme des lettres iso­lées, des « k », des « f », des « z ». Of­frez à votre au­di­teur un vrai dis­cours mu­si­cal, avec des mots que vous avez vous-même com­pris !

MES. 1-8 Nous com­men­çons en La mi­neur. Re­gar­dez bien votre main gauche. Nous avons les ac­cords LaDo-Mi… La-Do-Mi… Puis, me­sure n°3, La-RéFa. Et, en­fin, me­sure n°4, re­tour à La-Do-Mi. L’ac­cord de la me­sure n°3, La-Ré-Fa, est le plus dif­fi­cile à mé­mo­ri­ser. Pour­quoi ? Parce que cet ac­cord est dit « ren­ver­sé ». Il s’agit de Ré-FaLa, mais la note la plus grave n’est pas le Ré (on l’ap­pelle « la note fon­da­men­tale »), mais le La, qui est sa quinte. Cette ré­flexion vous en­nuie-t-elle ? Chan­gez d’avis ! Car, si vous ap­pre­nez vos ac­cords, si vous sa­vez les re­mettre dans le bon sens, non seule­ment vous re­tien­drez plus fa­ci­le­ment vos mor­ceaux, mais vous pour­rez im­pro­vi­ser, in­ven­ter vos propres pe­tits chef­sd’oeuvre. Beau­coup de pia­nistes ne com­prennent pas ce qu’ils jouent et c’est pour cette rai­son qu’au moindre coup de vent, ils se trompent. Ap­pre­nez vos ac­cords !

Le sque­lette har­mo­nique. La mé­lo­die de la main droite s’en­roule au-des­sus de ces ac­cords de la main gauche. Elle fait en­tendre tan­tôt des vraies notes, tan­tôt des notes de pas­sage qui créent des frot­te­ments. Il faut y ha­bi­tuer votre oreille et vos doigts. Me­sure n°1, les ren­contres sont des conso­nances. En re­vanche, me­sure n°2, le Si de la main droite crée un frot­te­ment avec le Do de la main gauche. …cou­tez bien cette ren­contre, cette dis­so­nance.

Jouez très en­semble. Jouez vos notes exac­te­ment en même temps. Ce­la per­met de connec­ter nos mains et nos doigts en­semble. Cette connexion est es­sen­tielle pour dé­ve­lop­per la tech­nique et nos ré­flexes. Si l’on ne joue pas par­fai­te­ment en­semble, le corps ne per­çoit pas un tout, il se bloque et re­fuse d’avan­cer. Syn­chro­ni­sez tou­jours les sons. Ai­dez-vous des doig­tés. Ici, notre 3e doigt de la main gauche a ren­dez-vous avec le 2e doigt de la main droite.

Jouez le­ga­to. Les grands traits au-des­sus des notes sont des phra­sés. Ils si­gni­fient qu’il faut re­lier ces notes les unes aux autres grâce à ce tou­cher que l’on nomme le­ga­to. Pra­ti­quer le le­ga­to était, pour Cho­pin, la base de la tech­nique du pia­no. Pour jouer le­ga­to, lorsque vous êtes au mi­lieu de chaque phrase, te­nez bien chaque note jus­qu’à la sui­vante. Faites une ex­pé­rience : ou­vrez le cou­vercle de votre pia­no et re­gar­dez les pe­tits feutres au-des­sus des cordes, les étouf­foirs. Dans le jeu le­ga­to, l’étouf­foir ne doit pas re­tom­ber sur les cordes d’une note avant qu’un autre étouf­foir ne soit re­le­vé sur la note sui­vante. C’est ce­la qui per­met de re­lier les sons. Vi­sua­li­sez ce mé­ca­nisme. Com­pre­nez-le bien, puis ap­pre­nez à le sen­tir sous vos doigts. C’est par ce jeu

conti­nu d’une note à l’autre que vous pour­rez rendre votre mé­lo­die conti­nue, chaude et émou­vante comme une voix hu­maine.

Res­pi­rez entre les phrases. Entre chaque phrase, en re­vanche, il faut res­pi­rer, cou­per le son. Un bon pia­niste joue comme il parle, comme il chante. Et, pour ce­la, il faut sé­pa­rer les phrases. Sur chaque ter­mi­nai­son, al­lé­gez votre poids du bras, tout en conti­nuant à te­nir les touches de l’une à l’autre. Il n’y a qu’un seul moyen pour pou­voir te­nir et al­lé­ger en même temps : dé­blo­quez com­plè­te­ment votre poi­gnet, puis re­lâ­chez-le et al­lé­gez (re­gar­dez votre main qui re­monte). Cou­per avant la phrase de­vient alors fa­cile, car vous n’avez presque plus de poids. Tout ce­la est comme un bal­let, une « danse des mains ». Rap­pe­lez-vous cette phrase de Cho­pin : « Le poi­gnet est (comme) la res­pi­ra­tion dans la voix.

MES. 17-18

L’in­dé­pen­dance des mains est l’une des grandes dif­fi­cul­tés du pia­no. Il faut sou­vent exé­cu­ter une main liée et l’autre main dé­ta­chée. C’est le cas ici.

Me­sure n°17. Te­nez le­ga­to la main gauche. Ce­pen­dant, comme la main droite com­porte des points, dé­ta­chez-la. D’abord, exer­cez-vous

très, très len­te­ment, en col­lant bien votre main gauche et en le­vant très haut, même jus­qu’au­des­sus de votre tête, votre bras droit.

Me­sure n°18. C’est le contraire qui se pro­duit. Te­nez la blanche à la main droite et dé­ta­chez la main gauche. Sen­tez ce qui se passe dans vos bras. Ser­vez-vous de vos oreilles pour contrô­ler ce que vous faites. 1. Fré­dé­ric Cho­pin, Es­quisse pour une mé­thode de pia­no, textes réunis et pré­sen­tés par Jean-Jacques Ei­gel­din­ger, col­lec­tion Har­mo­niques, Flam­ma­rion, Pa­ris, 2000.

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