PRA­TIQUE

Les sys­tèmes si­len­cieux: la so­lu­tion idéale?

Pianiste - - SOMMAIRE -

L’en­goue­ment pour le pia­no est confron­té de­puis long­temps au chan­ge­ment de nos en­vi­ron­ne­ments qui a conduit à une mo­di­fi­ca­tion des pra­tiques ins­tru­men­tales. Ma­jo­ri­tai­re­ment dû à la di­mi­nu­tion de la su­per­fi­cie des ha­bi­ta­tions et à la piètre iso­la­tion pho­nique de leurs pièces, le tra­vail d’ap­pren­tis­sage est de­ve­nu sy­no­nyme pour l’en­tou­rage d’in­ter­mi­nables gammes égre­nées pen­dant des heures et per­çues comme une vraie nui­sance so­nore. Cette si­tua­tion a en­traî­né pro­gres­si­ve­ment une baisse d’ac­qui­si­tion des pia­nos acous­tiques, au pro­fit des cla­viers nu­mé­riques qui, en ré­ponse, pré­sentent l’énorme avan­tage de maî­tri­ser leur ni­veau gé­né­ral de sor­tie: soit à l’aide d’un simple cur­seur ou d’une pé­dale, soit, mieux en­core, avec un casque qui per­met de pou­voir tra­vailler, im­mer­gé dans un en­vi­ron­ne­ment clos, quand on le sou­haite, sans risque de dé­ran­ger sa fa­mille ou ses voi­sins. Le jeu sur cla­vier nu­mé­rique n’a pour­tant pas que des avan­tages, car il est bien rare de bé­né­fi­cier d’une ré­ponse au tou­cher équi­va­lente aux sub­tiles nuances de l’em­ploi de vrais mar­teaux, à part sur quelques mo­dèles haut de gamme à « mar­teaux re­cons­ti­tués ». D’où l’idée de pou­voir cu­mu­ler les deux atouts: à la fois la sou­plesse et la li­ber­té qu’ap­porte le nu­mé­rique avec la qua­li­té du tou­cher de l’acous­tique… et c’est pré­ci­sé­ment ce que le sys­tème si­len­cieux offre ! Non seule­ment il peut per­mettre de va­lo­ri­ser un mo­dèle an­cien puis­qu’on l’ins­talle aus­si bien sur un pia­no exis­tant que sur un ins­tru­ment neuf en usine, mais il se ré­vé­le­ra aus­si utile pour abor­der le monde de l’in­for­ma­tique mu­si­cale. Bref, le sys­tème silent, ap­pe­lé par­fois « sour­dine nu­mé­rique », pré­sente de réels atouts qui pour­raient bien consti­tuer l’ul­time so­lu­tion pour pro­fi­ter de son pia­no en toute tran­quilli­té, même s’il y a, bien sûr, tout de même quelques li­mites. Nous al­lons, au cours de ce dos­sier, es­sayer de mieux com­prendre com­ment fonc­tionnent les pia­nos si­len­cieux, avant de ré­ca­pi­tu­ler les mo­dèles qui nous sont pro­po­sés sur le mar­ché et de don­ner éga­le­ment quelques ré­fé­rences d’écoutes de qua­li­té.

AVAN­TAGES ET LI­MITES

La dis­cré­tion est l’un des pre­miers avan­tages des silent, car le sys­tème se monte à l’in­té­rieur de l’ins­tru­ment et de­vient presque in­vi­sible une fois ins­tal­lé. Seul un pe­tit boî­tier de com­mande, fixé le plus sou­vent sous le cla­vier, reste lé­gè­re­ment ap­pa­rent. La pos­si­bi­li­té de jouer du pia­no sans dé­ran­ger les autres et de s’écou­ter au casque, tout en conser­vant le tou­cher de son ins­tru­ment, est le prin­ci­pal atout des silent. On évite d’in­ves­tir dans un cla­vier nu­mé­rique ou de com­mande en pro­fi­tant quand même des avan­tages de l’évo­lu­tion tech­no­lo­gique. Rien n’em­pêche, en ef­fet, d’uti­li­ser seule­ment le cla­vier du pia­no acous­tique pour pi­lo­ter des ins­tru­ments vir­tuels sur un or­di­na­teur, grâce aux pos­si­bi­li­tés of­fertes par le pro­to­cole MI­DI. Avec le sys­tème si­len­cieux, le pia­niste pro­fite de fonc­tions pra­tiques et di­dac­tiques comme un mé­tro­nome, la trans­po­si­tion, plu­sieurs mor­ceaux de dé­mons­tra­tion et un en­re­gis­treur pour ré­pé­ter ses pièces avec op­tion main droite-main gauche. Ce­lui-ci peut aus­si jouer en duo (deux sor­ties casque), ou l’élève prendre un cours et le pro­fes­seur don­ner sa le­çon en toute dis­cré­tion. Le sys­tème si­len­cieux est adap­té aux écoles de mu­sique dis­pen­sant un en­sei­gne­ment col­lec­tif, puisque tous les étu­diants pour­ront tra­vailler en­semble dans une même pièce sans ja­mais se gê­ner mu­tuel­le­ment. Cô­té in­con­vé­nients, même mu­ni d’un sys­tème si­len­cieux, le pia­no reste un peu so­nore, car on peut en­tendre sa mé­ca­nique. On aban­don­ne­ra les an­ciens cap­teurs mé­ca­niques plus bruyants, au pro­fit des cap­teurs op­tiques uti­li­sés au­jourd’hui. Les so­no­ri­tés de cla­vier nu­mé­rique is­sues du boî­tier dé­pendent de la qua­li­té du sam­pling uti­li­sé, comme l’échan­tillon­nage bi­nau­ral (tech­nique d’échan­tillon­nage ul­tra-so­phis­ti­quée per­met­tant une spa­tia­li­sa­tion du son et une fi­dé­li­té in­croyable) dé­ve­lop­pé sur les der­niers SH Ya­ma­ha. Les types de connexions doivent être pris en compte. Avec une simple sor­tie MI­DI par exemple, il fau­dra se pro­cu­rer une in­ter­face MI­DI/USB en op­tion pour se re­lier à l’or­di­na­teur. Le pia­no même muet reste tou­jours aus­si dif­fi­ci­le­ment in­trans­por­table par rap­port au cla­vier nu­mé­rique. Même si le son du pia­no acous­tique est cou­pé to­ta­le­ment une fois le mode si­len­cieux en­clen­ché, ce n’est pas le cas du cla­vier « à vide » et tous les mo­dèles ne se valent pas ! Mieux vaut es­sayer de jouer un peu avant l’ac­qui­si­tion d’un pia­no pré­équi­pé, his­toire de tes­ter le ni­veau de bruit du cla­vier pour son en­tou­rage.

LE PRIN­CIPE

Les pia­nos si­len­cieux as­so­cient deux fac­tures ra­di­ca­le­ment dif­fé­rentes : la pre­mière étant une mé­ca­nique tra­di­tion­nelle, la se­conde, un mo­dule 100 % nu­mé­rique. C’est la jonc­tion entre les deux, à l’aide de cap­teurs, qui crée vé­ri­ta­ble­ment l’ori­gi­na­li­té de la tech­no­lo­gie silent. Le gé­né­ra­teur de sons, qui porte l’ap­pel­la­tion un peu bar­bare d’« ex­pan­deur », contient les so­no­ri­tés de pia­nos sou­vent is­sues de mo­dèles de concert les plus pres­ti­gieux (Ya­ma­ha CFX, Fazioli, Stein­way D, Bösendorfer Im­pe­rial, etc.). Celles-ci sont re­créées à par­tir de la syn­thèse à « échan­tillon­nage » où cha­cune des notes a été en­re­gis­trée (sam­plée) plu­sieurs fois et co­dée à dif­fé­rents ni­veaux de dy­na­mique, afin de re­pro­duire au mieux les nuances de l’ex­pres­sion. Puis ces échan­tillons sont as­sem­blés sous forme de pro­grammes en re­cons­ti­tuant la tes­si­ture des 88 notes

d’ori­gine et de­viennent ac­ces­sibles par l’uti­li­sa­teur via le pe­tit af­fi­cheur du boî­tier. À cô­té des pia­nos, on trouve gé­né­ra­le­ment des ému­la­tions de cé­lèbres cla­viers élec­tro-acous­tiques des an­nées 1970-1980, tels que les Fen­der Rhodes, Wur­lit­zer 200A ou Cla­vi­net D6 d’Hoh­ner, du cla­ve­cin, des cordes, de l’orgue clas­sique et de jazz comme l’Ham­mond B3. Une li­brai­rie spé­ciale de 128 sons à la norme Ge­ne­ral MI­DI (GM) est sou­vent pro­po­sée, qui donne à la fois la pos­si­bi­li­té d’ac­cé­der aux 16 fa­milles d’ins­tru­ments les plus cou­rantes et d’être com­pa­tible avec la lec­ture de fi­chiers MI­DI. Des cap­teurs pla­cés dans le pia­no vont en­voyer pour chaque note jouée des in­for­ma­tions à l’ex­pan­deur au tra­vers du lan­gage MI­DI adop­té et mis au point en 1983 par les prin­ci­paux construc­teurs ja­po­nais d’ins­tru­ments de mu­sique élec­tro­nique (Ya­ma­ha, Ro­land, Ka­wai…). Ce lan­gage per­met de faire com­mu­ni­quer des pé­ri­phé­riques entre eux (cla­viers, ex­pan­deurs, ef­fets) au moyen d’un pro­to­cole as­sez simple ins­crit en code bi­naire, sous forme de 0 et de 1. Toute ac­tion sur un cla­vier MI­DI quel­conque, même muet, qu’on nom­me­ra alors « cla­vier de com­mande » ou « cla­vier maître », pour­ra prendre une va­leur dans une plage de nuances gé­né­ra­le­ment com­prise entre 0 et 127. La vi­tesse d’en­fon­ce­ment de la touche qu’on ap­pelle « vé­lo­ci­té », la po­si­tion de la note sur le cla­vier ou l’ac­tion des pé­dales sont ain­si des cri­tères qui se­ront pris en compte dans le sys­tème MI­DI.

FONC­TION­NE­MENT TECH­NIQUE

La par­tie nu­mé­rique d’un sys­tème si­len­cieux est com­po­sée de plu­sieurs élé­ments qui com­prennent d’abord un pe­tit boî­tier ré­trac­table, seule par­tie vi­sible qu’on ap­pelle « uni­té de contrôle » si­tuée sous le cla­vier. Gé­né­ra­le­ment équi­pée d’un af­fi­cheur à LED ou LCD, d’un in­ter­rup­teur d’ali­men­ta­tion, de sor­ties casque et de connexions MI­DI/USB, celle-ci est char­gée de sé­lec­tion­ner les so­no­ri­tés et d’ac­cé­der aux ré­glages des fonc­tions in­ternes (édi­tion, en­re­gis­tre­ment, ef­fets…). Elle se re­lie par une nappe à l’uni­té prin­ci­pale po­si­tion­née dans le corps du pia­no, qui in­tègre la prise d’ali­men­ta­tion et les bran­che­ments au rail des cap­teurs des notes et à ceux des pé­dales. Quand on bas­cule en mode si­len­cieux, une barre d’ar­rêt bloque les mar­teaux à quelques mil­li­mètres des cordes avant qu’ils ne les frappent et l’ex­pan­deur prend alors le re­lais des so­no­ri­tés. Grâce à un simple le­vier, une ti­rette ca­chée sous le cla­vier, ou une pé­dale, on change de mode, voire on uti­lise les deux en même temps. Une fois en mode si­len­cieux, les in­for­ma­tions pro­ve­nant des touches du pia­no in­tègrent l’éco­sys­tème au­dio­nu­mé­rique qui per­met alors d’uti­li­ser le pia­no comme un cla­vier de com­mande pour pi­lo­ter n’im­porte quel ins­tru­ment MI­DI ex­terne (syn­thé­ti­seur) ou de té­lé­char­ger des ap­pli­ca­tions sur or­di­na­teur comme des édi­teurs de par­ti­tions, de re­cou­rir à des ins­tru­ments vir­tuels (VSTi) ou de se re­lier à des sta­tions de tra­vail in­for­ma­tique (DAW : Di­gi­tal Au­dio Works­ta­tion). Au­jourd’hui, l’ins­tal­la­tion des cap­teurs ne mo­di­fie plus la sen­sa­tion du jeu pia­nis­tique comme ceux de l’an­cienne gé­né­ra­tion qui étaient consti­tués d’une mé­ca­nique à le­viers et à res­sorts peu fiable dans le temps et as­sez im­pré­cise sur le plan dy­na­mique. En ef­fet, chaque le­vier n’étant pas so­li­daire de la touche, ce­la oc­ca­sion­nait des ra­tés lors des ré­pé­ti­tions. De plus, le res­sort du le­vier alour­dis­sait le tou­cher, même en mode acous­tique, puis­qu’il était pla­cé sous le cla­vier de ma­nière dé­fi­ni­tive. Au­jourd’hui, ce sont des cap­teurs op­tiques qui ana­lysent avec une grande pré­ci­sion la vi­tesse de rap­pro­che­ment de la touche pour cal­cu­ler sa dy­na­mique. Dans cer­tains cas, il n’y a au­cun contact phy­sique entre le cap­teur et le cla­vier: par exemple, Korg uti­lise des cap­teurs à ré­flexion où le si­gnal lu­mi­neux est ren­voyé par un ré­flec­teur col­lé sous la touche, ce qui né­ces­site

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