JO­HANNES BRAHMS (1833-1897)

Pianiste - - HIFI LE CHOIX DE LA RÉDACTION - Sté­phane Frié­dé­rich

So­nate n°3 opus 5. In­ter­mez­zi opus 76 n°3, n°4, opus 116 n°4, opus 117 n°2, opus 118 n°2 et n°3. Ca­pric­cio opus 116 n°1. 4 Kla­vierstücke opus 119. Valse opus 39 n°15. Bal­lade opus 118 n°3 Nel­son Freire (pia­no) Dec­ca 4832154. Date non pré­ci­sée. 1 h 13’

Un de­mi-siècle après ses pre­miers Brahms (So­nate pour pia­no n°3 opus 5, Rhap­so­die opus 119 n°4, Ca­pric­cio en si mi­neur opus 76 n°2) gra­vés pour CBS et re­pa­rus, il y a peu, sous éti­quette So­ny, le pia­niste bré­si­lien re­vient à ses pre­mières amours. Entre-temps, dans les an­nées 2005 et 2006, il a en­re­gis­tré les deux concer­tos aux cô­tés du Ge­wand­haus de Leip­zig, sous la ba­guette de Ric­car­do Chailly. L’in­fluence de ces té­moi­gnages compte-t-elle dans ce pro­gramme pour pia­no seul ? La ré­ponse est af­fir­ma­tive ! En ef­fet, à l’époque des concer­tos, Nel­son Freire re­fu­sait dé­jà de s’aban­don­ner aux so­no­ri­tés ve­lou­tées de l’or­chestre, pro­po­sant une lec­ture d’une hau­teur de vue peu com­mune à l’au­di­teur. Au­jourd’hui, il contient à nou­veau les cou­leurs sans as­sé­cher l’oeuvre. Le choix des pièces est in­tel­li­gent et va­rié. L’in­ter­prète offre ain­si le por­trait so­nore le plus large qui soit, de la Troi­sième So­nate (1853) à l’Opus 119 (1893). Pia­nis­ti­que­ment, il as­sume des risques, bien que les doigts ne soient plus tou­jours aus­si ir­ré­pro­chables comme au dé­but du Scher­zo de la So­nate. Peu im­porte. Il a pré­fé­ré cette prise parce qu’elle pos­sède un souffle na­tu­rel. Les opus mé­dians, eux, ont une âme nar­ra­tive, celle des lie­der ou d’un aria d’opé­ra, genre qui pas­sionne Freire, mais pour le­quel, pa­ra­doxa­le­ment, Brahms n’a com­po­sé au­cune note. Des quatre der­niers opus, on re­tient un jeu à la li­mite du rai­dis­se­ment, mais aus­si une fougue et un sens du drame ma­gni­fiques. Nel­son Freire porte l’élo­quence de ces pages avec force et une li­ber­té qui n’ap­par­tient qu’à lui. Cette in­tran­quilli­té peut sur­prendre comme dans l’In­ter­mez­zo opus 117 n°2 joué si ra­pi­de­ment, dans un seul élan. C’est du grand et très beau pia­no, al­tier (Bal­lade) et qui ne laisse rien dans l’ombre. Il est, en un sens, com­plé­men­taire à ce­lui d’un Arcadi Volodos qui nous a ré­cem­ment sub­ju­gués, moins par son éner­gie que par ses cou­leurs. Brahms, dé­ci­dé­ment, est in­fi­ni.

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