« RUDOLF SERKIN, THE COMPLETE CO­LUM­BIA AL­BUM COL­LEC­TION »

Pianiste - - HIFI LE CHOIX DE LA RÉDACTION -

OEuvres de Bach, Bee­tho­ven, Brahms, Cho­pin, Haydn, Men­dels­sohn, Mo­zart, Re­ger, Schu­bert, Schu­mann et Strauss Qua­tuor Busch, Pa­blo Casals (vio­lon­celle), Or­chestres de Pitts­burgh, New York, Phi­la­del­phie, Cle­ve­land, dir. Fritz Rei­ner, Bru­no Wal­ter, Eu­gene Or­man­dy, Georg Szell… So­ny Clas­si­cal 75 CD 88985404062. 1941 à 1981.

En pré­sen­tant le legs de Rudolf Serkin (1903-1991), So­ny Clas­si­cal achève l’une de ses plus am­bi­tieuses ré­édi­tions d’ar­chives. Cette somme mu­si­cale – on ne trou­ve­ra au­cun in­édit, Serkin s’étant tou­jours mon­tré mé­fiant à l’égard des mi­cros – dresse le por­trait d’un pia­niste né en Bo­hême et for­mé aux sources vien­noises, de Haydn au post­ro­man­tisme. Elle se concentre, par consé­quent, sur quelques com­po­si­teurs es­sen­tiels : Bee­tho­ven, Brahms, Mo­zart, Schu­bert et Schu­mann. Les mul­tiples ver­sions donnent une idée pré­cise du ré­per­toire : pas moins de quatre mou­tures du Con­cer­to n°4 et trois autres de la So­nate « Clair de lune » de Bee­tho­ven, quatre lec­tures, aus­si, de cha­cun des deux concer­tos de Brahms et trois autres du Con­cer­to n°20 de Mo­zart et du Con­cer­to de Schu­mann… L’in­tran­si­geance est le maître mot du pia­no de Serkin. Une in­tran­si­geance ana­ly­tique à la­quelle toute la pen­sée mu­si­cale est sou­mise : cou­leurs, timbres, phra­sés et tem­pi sont fixés dès les pre­mières gra­vures cap­tées au cours de la Se­conde Guerre mon­diale. L’in­tran­si­geance de Serkin se nour­rit éga­le­ment d’une re­dé­cou­verte pro­gres­sive des fa­meux « Ur­text », d’un re­tour né­ces­saire aux sources des ma­nus­crits. Dans le ré­per­toire de Bee­tho­ven, pré­ci­sé­ment (so­nates, mu­sique de chambre et concer­tos), le mu­si­cien ré­vèle une concep­tion et un jeu dé­can­té. Il ne fait au­cune conces­sion au gran­diose fac­tice ou à la confes­sion sen­ti­men­tale, y com­pris dans les par­ti­tions les plus char­gées ex­pres­si­ve­ment du ro­man­tisme de Schu­mann et de Brahms. Il se mé­fie des émo­tions et d’une sur­en­chère vir­tuose, n’en­re­gis­trant les Pré­ludes de Cho­pin qu’en 1976. Serkin a conscience d’être, au len­de­main de la guerre, le dé­po­si­taire d’une tradition qui prend sa source en Eu­rope cen­trale. Avec d’autres mu­si­ciens, éga­le­ment juifs exi­lés, il en de­vint l’un des gar­diens, for­mant à son tour des gé­né­ra­tions d’ar­tistes de­puis sa nou­velle pa­trie, les …tats-Unis, que ce soit au Cur­tis Ins­ti­tute ou à Marl­bo­ro dont So­ny a pré­ser­vé quelques cap­ta­tions. Ces disques, ex­cel­lem­ment bien pré­sen­tés dans leurs po­chettes d’ori­gine, re­mas­té­ri­sés, dé­voilent la concep­tion d’un in­ter­prète dont l’oeuvre et l’éthique res­tent des mo­dèles. Une le­çon de maître.

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