UN CONCERT CA­PI­TAL !

Le pia­niste fran­çais n’a pas joué dans une grande salle pa­ri­sienne de­puis dix ans. Le 14 dé­cembre, il se pro­dui­ra à la salle Ga­veau. Au pro­gramme : Haydn, Bee­tho­ven et Cho­pin. Un évé­ne­ment à ne man­quer sous au­cun pré­texte !

Pianiste - - ACTUALITÉS ÉVÉNEMENTS - Pro­pos re­cueillis par Sté­phane Frié­dé­rich

En re­gar­dant les oeuvres que vous avez choi­sies, on est frap­pé par l’im­por­tance de la no­tion de marche dans cha­cune d’entre elles… C’est de l’ordre de l’in­cons­cient, as­su­ré­ment. Mais vous avez rai­son, en jouant la marche im­pla­cable de l’Opus 101 de Bee­tho­ven, puis celle de la Fan­tai­sie en fa mi­neur de Cho­pin, une marche qui n’a rien de fu­nèbre, je par­cours ces rythmes.

Com­ment res­sen­tez-vous le pia­no de Haydn ?

La So­nate-Par­ti­ta en sol ma­jeur de Haydn est un su­blime hom­mage à la mu­sique ba­roque ita­lienne et les Va­ria­tions en fa mi­neur sont, peu­têtre, son chef-d’oeuvre. N’est-ce pas, dé­jà, une in­cur­sion d’un ro­man­tisme contrô­lé dans l’uni­vers mu­si­cal de Schu­bert ? Le fi­nale de la So­na­tePar­ti­ta est une su­bli­ma­tion de toutes les so­nates de Scar­lat­ti et le mou­ve­ment lent est l’une des plus belles et dou­lou­reuses mé­lo­pées qui soient. J’ai une pas­sion pour cette mu­sique. Avec ce com­po­si­teur, on peut se per­mettre une grande fan­tai­sie d’in­ter­pré­ta­tion, car il fut un mo­der­niste à l’écri­ture stu­pé­fiante. Sur ses par­ti­tions, au­cune pé­dale n’est ja­mais spé­ci­fiée, tout comme chez Schu­bert, d’ailleurs. Il nous laisse la grande li­ber­té de nous aven­tu­rer et de trou­ver notre son. À l’in­verse, la mu­sique de Mo­zart, par exemple, est d’une per­fec­tion telle qu’il ne faut rien chan­ger. Ten­ter de re­trou­ver la sim­pli­ci­té de notre en­fance…

Que re­pré­sente pour vous la So­nate n°28 opus 101 de Bee­tho­ven ?

La pre­mière phrase est dé­jà ex­po­sée sans fin… C’est le pres­sen­ti­ment de la mé­lo­die conti­nue chez Wa­gner. Cette so­nate, que j’ai jouée il y a long­temps, est re­dou­table à cause de sa fugue. Mais, à la dif­fé­rence de la So­nate « Ham­merk­la­vier » opus 106 qui est un mo­nu­ment de la dou­leur hu­maine, cette pièce est po­si­tive. Son fi­nale est im­pla­cable, mais joyeux. Un jour, peut-être, je pro­gram­me­rai la « Ham­merk­la­vier ». Il faut tel­le­ment de temps pour l’as­si­mi­ler !

Votre ré­ci­tal s’achè­ve­ra avec trois opus de Cho­pin…

J’ai étu­dié la Bar­ca­rolle avec Do­mi­nique Mer­let et Paul Ba­du­ra-Sko­da. Cette oeuvre est liée à des mo­ments dra­ma­tiques fa­mi­liaux. C’est la rai­son pour la­quelle je ne l’ai pas jouée du­rant vingt-cinq ans. Il m’a fal­lu du temps pour la re­mettre sur le pu­pitre. Pour l’in­ter­pré­ter, comme cer­taines des der­nières grandes ma­zur­kas, il faut res­sen­tir le ba­lan­ce­ment de la mu­sique ; un ba­lan­ce­ment calme du dé­but à la fin de l’oeuvre, rap­pe­lant ce­lui des gon­do­liers vé­ni­tiens. Il ne faut sur­tout pas jouer dans un trois temps « nor­mal ». J’adore l’une des ver­sions d’Ho­ro­witz. Je la trouve sous hyp­nose ! La Bar­ca­rolle est, à mes yeux, le Tris­tan et Isolde de Cho­pin en rai­son, no­tam­ment, de la co­da chro­ma­tique phé­no­mé­nale. Wa­gner a for­te­ment « em­prun­té » à Cho­pin. Ce­lui-ci est tel­le­ment no­va­teur. Il est le plus gé­nial de tous les com­po­si­teurs du ro­man­tisme. Pour Hen­ri Du­tilleux, il était au-des­sus de Schu­mann et de Brahms. L’uni­vers de Cho­pin n’est-il pas le fon­de­ment de votre ré­per­toire ? En ef­fet. So­ny Clas­si­cal m’a d’ailleurs de­man­dé de­puis long­temps d’en­re­gis­trer les Pré­ludes de Cho­pin. C’est ce qu’il y a de plus dif­fi­cile. Les pre­miers évo­luent dans un uni­vers im­ma­té­riel. Il faut être « ailleurs » pour les jouer. Je pense sou­vent à Al­fred Cor­tot et à Guio­mar No­vaes. Puisque vous par­lez de disques, quels sont vos pro­jets ? Je sou­hai­te­rais gra­ver à nou­veau les Da­vid­sbünd­lertänze et l’Hu­mo­reske de Schu­mann. So­ny Clas­si­cal a ac­cep­té et, en échange, j’en­re­gis­tre­rai les Pré­ludes… Com­ment res­sen­tez-vous à pré­sent ces oeuvres de Schu­mann ? À mon avis, je les in­ter­prète de ma­nière beau­coup plus dé­can­tée. Je ne re­nie pas ce que j’ai fait au­pa­ra­vant. Mais, avec l’âge, peut-être, je suis plus calme et res­pire mieux avec les si­lences. Ce­la étant, je ne pro­gramme plus cer­taines par­ti­tions comme les Scènes d’en­fants. Ces cau­che­mars en­fan­tins sont atro­ce­ment dif­fi­ciles et m’échappent.

Quelles sont les oeuvres qui font au­jourd’hui par­tie de votre quo­ti­dien ?

De­puis peu, je joue la der­nière So­nate de Schu­bert. C’est la par­ti­tion qui m’est le plus proche. Une pièce ma­cabre, certes, et dont les deux pre­miers mou­ve­ments me bou­le­versent. On a par­fois évo­qué les « di­vines lon­gueurs » de Schu­bert ! Je n’ai ja­mais per­çu son oeuvre ain­si. En re­vanche, je res­sens une fi­lia­tion nette entre Haydn, Schu­bert et Bru­ck­ner !

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