UN POÈTE DANS LA VILLE ROSE

Pianiste - - ACTUALITÉS ÉVÉNEMENTS -

Le 21 sep­tembre, la 38e édi­tion du fes­ti­val tou­lou­sain a ac­cueilli An­drew Ty­son, le jeune pia­niste amé­ri­cain, pour un ré­ci­tal pour le moins ins­pi­ré.

On doit à Ca­the­rine d’Ar­gou­bet, la di­rec­trice ar­tis­tique de Pia­no aux Ja­co­bins, de nous pré­sen­ter ce mu­si­cien rare en France. Il com­mence son pro­gramme par la So­nate en la ma­jeur D.664 de Schu­bert. Les pre­mières me­sures dé­routent par la so­phis­ti­ca­tion pous­sée du jeu. On se dit de prime abord : « Voi­là bien du chi­qué ! » et que le pia­niste en fait beau­coup trop. Mais, ra­pi­de­ment, l’oreille s’ac­croche, cap­ti­vée, et on com­prend où il veut nous em­me­ner, comme un par­fum com­plexe et sub­til dé­livre une à une ses es­sences. La So­nate 1.X. 1905 de Janá­cek offre un contraste sai­sis­sant par sa noir­ceur. An­drew Ty­son pro­pose ici une autre fa­cette de son jeu, re­quise par les titres de ses deux mou­ve­ments: Le Pres­sen­ti­ment et La Mort. Plus de lé­gè­re­té qui vaille, Don Juan est face au Com­man­deur ! Le jeune pia­niste en donne une in­ter­pré­ta­tion qui sus­cite l’ef­froi, où la vio­lence des at­taques et les ca­dences abruptes al­ternent avec la mé­lan­co­lie. La Lutte ar­dente du vert et de l’or, cette com­po­si­tion émi­nem­ment poé­tique du com­po­si­teur Mi­chel Pé­tros­sian, fait ré­fé­rence à Gas­ton Ba­che­lard. Fai­sant preuve d’un grand sens de l’ar­chi­tec­ture, An­drew Ty­son livre, de son écri­ture com­plexe, une lec­ture claire, avec une grande mi­nu­tie de tou­cher. De cette pe­sée sa­vante et ins­pi­rée naît sous ses doigts une oeuvre cap­ti­vante. Puis l’in­ter­prète touche-à-tout re­monte le temps avec Cho­pin, pui­sant dans ses grands cycles un noc­turne, une ma­zur­ka et une étude. Le voi­ci qui sort une nou­velle pa­lette avec ces trois pièces brèves. Il nous fe­rait croire qu’il a chan­gé de pia­no ! An­drew Ty­son conclut avec une Rhap­so­die es­pa­gnole de Liszt in­can­des­cente, or­ches­trale, dé­me­su­rée, d’une vi­tesse ver­ti­gi­neuse, au per­lé bouillon­nant et aux cou­leurs tran­chées. Il re­vient avec, pour bis, deux so­nates de Scar­lat­ti, dans une ver­sion ori­gi­nale et dé­li­cate: il prend son temps, leur donne de l’air. Que de ta­lent chez ce mu­si­cien ! Un cock­tail d’ima­gi­na­tion, de raf­fi­ne­ment et de poé­sie.

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