Erik Sa­tie

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Erik Sa­tie ré­di­geait des re­marques far­fe­lues sur ses par­ti­tions. Sur celle-ci, il n’y a au­cun nu­mé­ro de me­sure. À ses pauvres in­ter­prètes, il donne quan­ti­tés d’in­di­ca­tions bi­zarres. Ain­si, vers le dé­but de cette Troi­sième Gnos­sienne, il a écrit: « Con­seillez-vous soi­gneu­se­ment » ou « Mu­nis­sez-vous de clair­voyance » ou en­core « Seul, un ins­tant ». Qu’est-ce que ce­la peut bien vou­loir dire ? Il n’y a pas de ré­ponse, car la mu­sique, c’est un art, et un art, c’est du mys­tère, de la ma­gie, de l’amour, du drame ou toute chose que nous ne pou­vons pas dé­crire avec des mots. Ces in­di­ca­tions ne sont donc pas à prendre au pied de la lettre. Ce ne sont que des pistes, des clins d’oeil mo­queurs et grin­çants. À nous de res­sen­tir à tra­vers ces phrases si­byl­lines la beau­té tra­gique du mes­sage de Sa­tie.

1re LIGNE

Rythme. La basse et l’ac­com­pa­gne­ment de main gauche. En pre­mier lieu, il faut bien jouer de la main gauche avec un rythme obs­ti­né de syn­cope. C’est lui qui hyp­no­tise l’au­di­teur et donne sa tris­tesse au mor­ceau. Voi­ci com­ment le jouer :

La basse en ronde La est une note longue. Faites-la son­ner suf­fi­sam­ment afin qu’elle dure long­temps. Lan­cez bien le son. Au pia­no, ce­lui-ci

1.

com­mence à s’éteindre dès que nous avons émis la note. Donc, plus les notes doivent du­rer long­temps, plus il faut les jouer fort.

L’ac­cord en blanche Do-Mi-La est une syn­cope, c’est-à-dire une note longue qui com­mence sur cette par­tie faible de la phrase et doit se pro­lon­ger. Ap­puyez-la aus­si suf­fi­sam­ment.

En re­vanche, la der­nière noire (l’ac­cord DoMi-La) re­pré­sente la fin de ce mo­tif. Elle vient après la syn­cope. At­té­nuez-la au maxi­mum, et lais­sez votre poi­gnet se re­laxer com­plè­te­ment et re­mon­ter tout seul. Al­lé­gez ! Chant, main droite. Main­te­nant, voyez la phrase de droite : La-La, Ré #-Ré #, Fa #-Fa #… Des­si­nez­la. Pro­non­cez bien la pre­mière note La, afin de nous faire en­tendre que ce­la com­mence. Tom­bez avec un peu de poids. Pré­pa­rez votre La dans votre tête. Un bon pia­niste en­tend à l’avance ce qu’il va jouer et, sur­tout, com­ment il va le jouer. Il an­ti­cipe le beau son par son dé­sir mu­si­cal et son geste. Puis nous ren­con­trons un in­ter­valle dou­lou­reux La-Ré #. Il s’agit d’une quarte aug­men­tée. Sen­tez-vous la tris­tesse qu’ex­prime Sa­tie par ce seul in­ter­valle ? À la fin de ce pre­mier bout de phrase, le Fa # en croche est lié vers le même Fa # en note noire. Il est donc lui aus­si une syn­cope, une note com­men­cée à contre­temps et qui se pro­longe.

2. 3.

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