Georges Bi­zet

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Cette belle mé­lo­die fait par­tie des oeuvres de Bi­zet mé­con­nues. L’au­teur de Car­men n’a en ef­fet pas com­po­sé que ce cé­lé­bris­sime opé­ra. Il a aus­si écrit de très belles pièces pour pia­no dont voi­ci un exemple.

Le but es­thé­tique. Lorsque nous jouons une par­ti­tion comme celle-ci, il faut vi­ser la sim­pli­ci­té dans l’in­ter­pré­ta­tion. Pour cette rai­son, le pia­niste doit se gar­der de som­brer dans la miè­vre­rie, de mul­ti­plier les nuances ex­ces­sives, les ri­tar­dan­dos de mau­vais goût.

MES. 1-8

Le chant. Le Le plus im­por­tant est de faire pla­ner le chant au-des­sus de la basse et de l’ac­com­pa­gne­ment. Il faut aus­si bien l’ac­cen­tuer, trou­ver les ap­puis justes afin de chan­ter. Il faut en­fin jouer le plus le­ga­to pos­sible avec les doigts. Bi­zet a écrit un grand trait de phra­sé qui va de la me­sure n°1 à la me­sure n°8. Ne croyez pas que la pé­dale suf­fise pour as­su­rer le le­ga­to ! Seule la vé­ri­table te­nue par le doigt peut as­su­rer ce « cou­lé » et le can­ta­bile né­ces­saire. Pour ce­la, il faut sub­sti­tuer. Cho­pin di­sait tou­jours : « Il faut mul­ti­plier les sub­sti­tu­tions. » In­dé­pen­dance dans la main. Jouer le­ga­to cette par­tie de chant de­mande beau­coup d’in­dé­pen­dance, car la main droite se voit aus­si confier une par­tie de l’ac­com­pa­gne­ment cen­tral qui est par­ta­gé entre les deux mains. …tu­diez len­te­ment, afin de bien sen­tir ce par­tage de votre main droite en deux par­ties. L’har­mo­nie dicte les ap­puis. C’est aus­si en res­sen­tant le par­cours har­mo­nique de l’oeuvre que vous trou­ve­rez les bons ap­puis du chant. À la basse, nous com­men­çons par la to­nique Do. Po­sez bien ce Do. Re­laxez votre bras gauche vers le bas. Ce­pen­dant, la main droite dé­bute par un Mi qui est la tierce de l’ac­cord. La tierce est im­por­tante, car elle dé­ter­mine le mode, mais elle n’est pas aus­si lourde que la fon­da­men­tale. À la main droite, n’as­seyez pas votre Mi. Le chant s’élance dé­jà vers l’avant. La me­sure n°2 conserve la même har­mo­nie (celle de la to­nique), mais elle ex­pose deux fois la quinte Sol, cha­cune à la par­tie ex­trême. De ma­nière gé­né­rale, la quinte d’un ac­cord est moins lourde, moins af­fir­ma­tive que sa fon­da­men­tale. Si vous ne vou­lez pas faire des fausses notes dans ce large dé­pla­ce­ment (ni tom­ber à cô­té !), al­lez cher­cher aux deux mains ce Sol sans tom­ber du bras. On le voit, la place des notes dans l’har­mo­nie condi­tionne la tech­nique. Elle est aus­si la clé du vrai can­ta­bile.

MES. 5

Doubles notes: très « en­semble ». For­cez­vous ! Met­tez vos doigts à la même taille et ne vous lais­sez rien pas­ser ! Au pia­no, il faut jouer les doubles notes par­fai­te­ment en­semble. Me­sure n°5, nous avons un in­ter­valle de quarte à la main droite, La-Ré, joué avec les 2e et 4e doigts. Exé­cu­tez ces deux notes ri­gou­reu­se­ment en même temps. La syn­chro­ni­sa­tion est cru­ciale pour la tech­nique et la mé­moire. Elle nous force à en­tendre les in­ter­valles ver­ti­caux entre les notes (mé­moire au­di­tive) et elle per­met de sen­tir l’in­ter­valle entre nos doigts (mé­moire phy­sique). Tout au long de ce mor­ceau, jouez vos doubles notes très en­semble.

MES. 8-16

Notes plus ap­puyées : ap­pog­gia­tures. Un jeu qui s’écrase sur des notes tran­si­toires est aus­si mau­vais tech­ni­que­ment et mu­si­ca­le­ment qu’un jeu qui n’ap­puie pas les bonnes notes. Voyez ici quelles notes il faut ap­puyer ou al­lé­ger. Le Ré de la me­sure n°12 et le Si de la me­sure n°13 sont des ap­pog­gia­tures. Elles créent une dis­so­nance. En­suite, Ré trouve sa ré­so­lu­tion sur Do, et Si sur La, me­sure sui­vante. Ap­puyez les ap­pog­gia­tures et al­lé­gez leur ré­so­lu­tion. Si vous ne le faites pas, vous au­rez l’af­freuse sen­sa­tion de flot­ter dans le cla­vier. Votre jeu se­ra phy­si­que­ment in­cer­tain et vous res­sen­ti­rez un trac pa­ra­ly­sant.

MES. 13-14

Faites comme Jeanne d’Arc: il ne faut ja­mais conce­voir la mu­sique uni­que­ment par ac­cords, ver­ti­ca­le­ment, mais aus­si cher­cher à « en­tendre des voix », des lignes ho­ri­zon­tales dans la mu­sique, per­met­tant d’en­chaî­ner ces ac­cords. Le com­po­si­teur Vincent d’In­dy a écrit dans son Trai­té de com­po­si­tion :« L’étude des ac­cords pour eux-mêmes est, du point de vue mu­si­cal, une er­reur ab­so­lue, car l’har­mo­nie pro­vient de la mé­lo­die et ne doit ja­mais en être sé­pa­rée. Les phé­no­mènes mu­si­caux doivent tou­jours être en­vi­sa­gés dans le sens ho­ri­zon­tal (sys­tème de la mé­lo­die si­mul­ta­née), et non dans le sens ver­ti­cal, comme le fait la science har­mo­nique telle qu’elle est en­sei­gnée de nos jours. Dans cette pièce de Bi­zet, sui­vez par exemple ce pe­tit contre-chant : me­sure n°13, il écrit un Sol

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