Fré­dé­ric Cho­pin

Pianiste - - PÉDAGOGIE -

Cette …tude est sans doute l’une des plus dif­fi­ciles par­mi toutes celles de Cho­pin. On l’ap­pelle sou­vent « Les Fausses Notes ». Ce­la nous donne une pre­mière ap­proche sur la fa­çon de l’étu­dier. Ce qu’il faut faire d’abord est ha­bi­tuer votre oreille à ces mul­tiples dis­so­nances écrites par Cho­pin. Ce sont des ap­po­gia­tures dont la ren­contre avec les notes réelles de l’har­mo­nie crée des frot­te­ments acides. Notre oreille ne les ac­cepte qu’avec dif­fi­cul­té, car elle a ten­dance à pré­fé­rer la conso­nance. C’est pour­quoi il est tou­jours utile, lorsque vous ap­pre­nez un nou­veau mor­ceau, de vous fa­mi­lia­ri­ser avec les dis­so­nances.

PRE­MIÈRE PAR­TIE : VIVACE MES. 1-8

Par­tie dis­so­nante avec le 2e doigt. Se­lon Jan Klec­zyns­ki, Cho­pin ré­pé­tait à ses élèves : « Une note longue est à jouer plus fort, tout comme une note ai­guë. Pa­reille­ment, une dis­so­nance est plus mar­quée. »10 Ha­bi­tuez-vous à la ren­contre dis­so­nante entre le Ré #, qui est joué avec le 2e doigt de la main droite, et la basse Mi, jouée avec le 5e doigt de la main gauche. Ce­la crée une sep­tième ma­jeure âpre. Goû­tez-la d’abord len­te­ment. Plus loin, au 3e temps, le Si, joué par le pouce de la main gauche, ren­contre un La # au 2e doigt de la main droite : en­core une sep­tième ma­jeure ! Ha­bi­tuez votre oreille à ces frot­te­ments tout au long de cette …tude. Ten­dez votre 2e doigt. Par­tie ai­guë, avec le 5e doigt. Faites son­ner en prio­ri­té la par­tie la plus ai­guë. Ré­sis­tez avec votre pe­tit doigt (5e) et ap­pli­quez-lui le poids. Ce­pen­dant, re­gar­dez bien l’écri­ture de Cho­pin. Il sou­haite que nous te­nions la croche poin­tée Mi, jouée avec le pouce, mais non la double-croche, le Si ai­gu. Ôtez ra­pi­de­ment votre 5e doigt de la touche après l’avoir fait son­ner. Fer­mez la main. Cette re­marque est aus­si tech­nique, car elle per­met à votre main de se ra­mas­ser, de re­de­ve­nir com­pacte. Ne gar­dez ja­mais votre main écar­tée : ce­la fa­tigue les muscles in­uti­le­ment. Syn­chro­ni­sez les doubles notes de main droite. Vi­sez l’en­semble par­fait de cha­cune de vos doubles notes (sur les temps). C’est une condi­tion es­sen­tielle de la tech­nique, qui per­met d’en­tendre tous les sons à la fois et dé­ve­loppe la sen­sa­tion des in­ter­valles dans la main, les em­preintes. At­ta­quez avec un tout pe­tit geste ver­ti­cal au mo­ment de tom­ber dans les touches. Gar­dez le coude par­fai­te­ment libre, sans rai­deur, ni écar­té, ni ser­ré contre le corps, lais­sez votre main pen­cher na­tu­rel­le­ment. Cho­pin pré­co­ni­sait dans son Es­quisse de mé­thode : « S’as­seoir au ni­veau des touches blanches, la main ni de­hors ni de­dans. Syn­chro­ni­sez avec la main gauche. Il n’est pas ai­sé de syn­chro­ni­ser la main droite avec l’ar­peg­gian­do de la main gauche. Je re­com­mande de faire tom­ber en­semble les 2e doigts, ce­lui de la main gauche et ce­lui de la main droite. Exemple, me­sure n°1, jouez Si (2e doigt de la main gauche) avec Ré # (2e doigt de la main droite). Pé­dale. Veillez à ce qu’il ne manque au­cune basse dans la pé­dale. Un jeu sans basses n’a pas de corps so­nore et est in­sé­cu­ri­sant. …cou­tez-vous pour ne ja­mais ôter votre doigt de la touche des basses avant d’avoir re­des­cen­du votre pied dans la pé­dale.

LES GESTES 1.

Main droite: le bon geste à faire. Sur chaque temps de la main droite, Cho­pin a écrit une ap­pog­gia­ture. Il faut la sou­li­gner un peu. Pre­nez-la en des­cen­dant de la main. Exemple, pre­mier ac­cord, jouez Ré #-Si (avec les 2e et 5e doigts) en tom­bant un peu de haut en bas avec la main. Des­cen­dez le poids et faites son­ner. Mais le cla­vier nous gêne. N’ou­blions pas, comme le rap­pelle Hen­rich Neu­haus, que « l’in­ter­pré­ta­tion se com­pose de trois élé­ments : la mu­sique, le pia­niste et l’ins­tru­ment ». Or, ici, la note Ré # est une touche noire du cla­vier. Elle se trouve donc en hau­teur par rap­port aux touches blanches. Il est moins fa­cile de re­des­cendre sur une touche noire puis­qu’elle se trouve en hau­teur. Il faut donc bien sou­le­ver notre poids sur la note pré­cé­dente. En somme, il faut an­ti­ci­per votre ap­pui par le geste. Pas­si­vi­té du poi­gnet. Com­ment an­ti­ci­per par le geste ? On parle sou­vent de « gestes du poi­gnet ». En réa­li­té, ce terme n’est pas exact. Ce n’est pas le poi­gnet qui est ac­tif, c’est le coude qui s’al­lège. Le poi­gnet se contente, lui, d’être com­plè­te­ment pas­sif et re­laxé. Pour pe­ser dans chaque temps (et d’au­tant plus sur les touches noires), faites les gestes sui­vants sur la croche poin­tée qui pré­cède (jouée avec le pouce). Dé­blo­quez votre poi­gnet, tout en te­nant la note. Al­lé­gez votre poids dans la touche, mais sans la lâ­cher.

Cou­pez. …tant al­lé­gé(e), vous pou­vez alors re­des­cendre fa­ci­le­ment sur l’ap­pog­gia­ture, même si c’est une touche noire du cla­vier.

c. d. a. b.

Temps forts-temps faibles. Pour chaque me­sure, ce­la donne donc trois mi­nus­cules gestes de haut en bas. Ce­pen­dant, ne jouez pas les trois temps avec le même poids. At­té­nuez les 2e et 3e temps et faites un geste plus pe­tit sur les temps faibles.

Main gauche: la voix cen­trale avec le 2e doigt. Ce qui est dif­fi­cile ici est d’en­chaî­ner ra­pi­de­ment les ac­cords ar­pé­gés de la main gauche. Con­dui­sez vos en­chaî­ne­ments par la voix cen­trale. Elle est le fil d’Ariane qui per­met de re­lier chaque ac­cord au sui­vant. Exemple: de la me­sure n°1 à la me­sure n°2, il faut pas­ser de l’ac­cord de Mi mi­neur ren­ver­sé (Sol-Mi-Si) à La mi­neur (La-DoMi). Or, il existe une note com­mune à ces deux har­mo­nies, le Mi. Ce Mi doit être joué deux fois avec le 2e doigt. Ré­pé­tez-le bien. Sen­tez la touche qui re­monte sous votre 2e doigt. Ne res­tez pas « col­lé(e) » de­dans. Si vous ne lais­sez pas re­mon­ter le Mi, vous n’au­rez pas l’em­preinte et votre main se­ra comme « en­gluée » dans les touches. Geste la­té­ral du poi­gnet. Cette note cen­trale Mi sert éga­le­ment de pi­vot la­té­ral et agit comme un axe cen­tral qui per­met d’ef­fec­tuer au­tour d’elle un geste la­té­ral du poi­gnet, quand on vient de la note la plus grave de l’ar­pège et que l’on va vers la note la plus ai­guë. …cou­tez cette voix pi­vot. Exer­cez ce geste.

Les deux mains. On constate que les deux mains n’ef­fec­tuent pas du tout le même geste: la main droite agit de haut en bas, tan­dis que la main gauche pi­vote la­té­ra­le­ment, ce qui per­met d’ar­pé­ger. En­traî­nez-vous à ces gestes consciem­ment. En­suite, tout ce­la se­ra in­té­gré dans votre corps et vous n’y pen­se­rez plus.

2. 3.

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