UN GRAND SIBELIUS MI­NIA­TURE

Pianiste - - PIANOS À LA LOUPE - Pro­pos re­cueillis par Sté­phane Frié­dé­rich

LE PIA­NISTE NORV…GIEN A R…UNI UNE S…LECTION DE PE­TITES PI»CES POUR PIA­NO DU COM­PO­SI­TEUR FIN­LAN­DAIS DANS UN DISQUE PA­RU CHEZ SO­NY CLAS­SI­CAL. DES RARET…S QU’IL A INTERPR…T…ES MAGISTRALEMENT. À D…COU­VRIR AB­SO­LU­MENT.

CSi Sibelius jouait avant tout du vio­lon, très ra­pi­de­ment, c’est l’or­chestre qui était de­ve­nu son « ins­tru­ment » de pré­di­lec­tion, à l’ins­tar d’un Ber­lioz ou d’un Mah­ler. Pour­tant, il n’a ces­sé de com­po­ser des pe­tites pièces pour le pia­no. Une pro­duc­tion, d’ailleurs, qu’il a ju­gée avec un cer­tain cy­nisme, af­fir­mant même qu’il écri­vait ces par­ti­tions pour ga­gner de l’ar­gent. Ce­pen­dant, en les in­ter­pré­tant, j’éprouve le sen­ti­ment d’en­tendre l’écho de son or­chestre. En ef­fet, le com­po­si­teur a tes­té de nom­breuses choses au pia­no, ce qui ex­plique que ce cor­pus semble aus­si dis­pa­rate. C’est à nous de cher­cher les pé­pites par­mi toutes ces mi­nia­tures que je com­pare à des pe­tites aqua­relles aux har­mo­nies par­fois étranges. Il existe peu de mor­ceaux im­po­sants. Une seule so­nate de jeu­nesse, pas vrai­ment in­té­res­sante. Quand j’avais une ving­taine d’an­nées, j’ai joué quelques pièces. C’est de­ve­nu plus ré­gu­lier lorsque les édi­tions Breit­kopf & Här­tel ont pu­blié son oeuvre pour pia­no en trois vo­lumes. En­suite, l’un de mes com­pa­triotes, le pia­niste Ha­vard Gimse, a gra­vé l’in­té­grale pour Naxos.

La So­nate n°1 opus 67 est un pe­tit chef-d’oeuvre, elle est très per­son­nelle et simple. L’har­mo­nie est in­croya­ble­ment pro­fonde. Les Cinq Es­quisses opus 114, com­po­sées entre les Sixième et Sep­tième Sym­pho­nies, sont très « or­ches­trées ». D’autres par­ti­tions ont connu beau­coup de suc­cès comme la Ro­mance opus 24 n°9, certes moins per­son­nelle et plus in­fluen­cée par TchaÔ­kovs­ki. En­fin, n’ou­blions pas la Bar­ca­rolle et la cé­lé­bris­sime Valse triste. La fin de la pièce, sim­pli­fiée par Sibelius, ne sonne pas très bien. Je l’ai donc ar­ran­gée, afin que le cli­max cor­res­ponde da­van­tage à ce­lui de l’oeuvre or­ches­trale. Sibelius n’avait vi­si­ble­ment pas beau­coup de temps, ni l’en­vie de faire des ar­ran­ge­ments. Et il n’ima­gi­nait pas non plus que ce mor­ceau puisse être don­né en concert. Di­sons que Sibelius au­rait bien ai­mé avoir le même suc­cès que Grieg avec ses Pièces ly­riques pour les­quelles ce der­nier a ga­gné beau­coup d’ar­gent ! On peut aus­si par­ler de l’in­fluence de Schu­mann, im­por­tante chez tous les mu­si­ciens. Elle est no­table dans le cycle Kyl­li­ki opus 41 que j’ai en­re­gis­tré. C’est im­pos­sible, y com­pris chez Grieg qui a étu­dié à Leip­zig. Sibelius n’a ja­mais cher­ché à écrire des pièces de ca­rac­tère folk­lo­rique. Son état d’es­prit n’était ab­so­lu­ment pas ce­lui d’un Sme­ta­na ou d’un Bartók. Tout est im­bri­qué et le folk­lore n’est ja­mais que re­créé. opus 75 n°5) qui est l’une de ses pièces les plus cé­lèbres. La mé­lo­die est su­perbe, nos­tal­gique, sou­vent pro­po­sée aux ni­veaux in­ter­mé­diaires des conser­va­toires fin­lan­dais. Tech­ni­que­ment, elle est fa­cile. Il faut sim­ple­ment faire preuve d’un peu d’ima­gi­na­tion, car elle ne sonne pas tout de suite comme du Cho­pin. Je conseille aux pia­nistes de pen­ser aux cou­leurs de l’or­chestre de Sibelius et d’évi­ter tout ce qui peut être per­cus­sif. Le chef Paa­vo Ber­glund avec le­quel j’ai beau­coup joué me di­sait qu’il fal­lait en­trer dans le tré­mo­lo des cordes comme si on de­vait na­ger dans une sauce. Je ne sais pas si une telle in­di­ca­tion vous se­ra très utile au pia­no… Je re­tourne à des concer­tos moins connus. J’adore le Con­cer­to n°4 de Rach­ma­ni­nov, le Con­cer­to de Brit­ten et la Fan­tai­sie pour pia­no et or­chestre de De­bus­sy. En 2018, j’ai pré­vu d’en­re­gis­trer les quatre Bal­lades de Cho­pin qui m’ont ac­com­pa­gné tout au long de ma vie de mu­si­cien.

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