JEAN-PAUL GASPARIAN LE RUSSOPHILE

Pour son pre­mier disque qui pa­raît chez Evi­dence Clas­sics, le jeune pia­niste a réuni trois com­po­si­teurs russes.

Pianiste - - VIE DE LÉGENDE - Pro­pos recueillis par Sté­phane Frié­dé­rich

Comment avez-vous choi­si les oeuvres de votre al­bum ?

Elles re­flètent mon par­cours mu­si­cal. J’ai bé­né­fi­cié de l’en­sei­gne­ment fran­çais au Conser­va­toire de Pa­ris, mais aus­si de ce que l’on nomme l’école russe. En ef­fet, ma mère, qui a été mon pre­mier pro­fes­seur, a étu­dié à l’Académie russe de mu­sique Gnes­sine et j’ai tra­vaillé au­près de Ta­tia­na Ze­lik­man et Elis­so Virs­sa­ladze. Mais, cu­rieu­se­ment, c’est au Conser­va­toire de Pa­ris, dans la classe de Jacques Rou­vier, que j’ai abor­dé les …tudes-Ta­bleaux

op. 39 de Rach­ma­ni­nov. Les to­na­li­tés, les cou­leurs sont plus sombres dans l’Opus 39 que dans celles de l’Opus 33. Qui plus est, il y a des cor­res­pon­dances avec la mu­sique de Scria­bine, quand on écoute at­ten­ti­ve­ment les Cin­quième et Sep­tième …tudes. Plus en­core, dans la Sixième

…tude, on per­çoit éga­le­ment l’in­fluence de Pro­ko­fiev. L’écri­ture sou­vent ver­ti­cale et par­fois néo­clas­sique de Pro­ko­fiev se teinte d’une vio­lence ryth­mique et érup­tive que l’on re­trouve dans la So­nate n°2 de Scria­bine, l’un des « hé­ri­tiers » du post­ro­man­tisme. Le com­po­si­teur s’éman­ci­pa de la to­na­li­té dans ses pièces les plus tar­dives. Un autre pa­ra­mètre qui entre en ligne de compte dans ce disque est ce­lui de l’His­toire. Tout le pro­gramme tourne au­tour de l’an­née 1917. Une an­née dé­ci­sive pour la Rus­sie, et qui se ré­vèle mu­si­ca­le­ment dans les contrastes les plus ex­trêmes : l’hé­ri­tage de l’an­cien ré­gime, le mé­lange d’ar­chaÔsme mê­lé d’in­fluences religieuses, une exi­gence de re­nou­veau, de mo­der­ni­té, etc.

Outre le fait his­to­rique, qu’est-ce qui dé­fi­nit ce qu’était un mu­si­cien russe en 1917 ?

Au-de­là des mu­si­ciens, il faut pen­ser la culture russe dans sa glo­ba­li­té : lit­té­ra­ture, poé­sie, pein­ture – les …tudes-Ta­bleaux sont au­tant des études, au sens lit­té­ral du terme, que des pein­tures en mu­sique – et le ci­né­ma nais­sant. La pé­riode ré­vo­lu­tion­naire offre un foi­son­ne­ment cultu­rel pro­di­gieux. On ne peut iso­ler l’hé­ri­tage ro­man­tique (Rach­ma­ni­nov) de la ra­di­ca­li­té en mu­sique (Pro­ko­fiev). Rach­ma­ni­nov va très loin dans l’écri­ture, et Pro­ko­fiev de­meure un mé­lo­diste de gé­nie.

Avez-vous été in­fluen­cé, dans ces pièces, par les grands in­ter­prètes russes du pas­sé ?

J’ai été nour­ri par la dis­co­thèque fa­mi­liale, les Rich­ter, So­fro­nitz­ky, Gi­lels, Ho­ro­witz… L’im­por­tant est de construire sa propre in­ter­pré­ta­tion, de pa­tien­ter, jus­qu’à es­ti­mer que l’on a ac­quis une vi­sion sin­gu­lière des oeuvres.

Par­lez-nous de l’en­re­gis­tre­ment…

Ce fut une ex­pé­rience pas­sion­nante, pour la­quelle il m’a fal­lu re­trou­ver le souffle du concert et ou­blier l’an­goisse de me dire que c’était « dé­fi­ni­tif ». Il m’a fal­lu pré­ser­ver aus­si la spon­ta­néi­té du jeu et l’éner­gie tout au long des trois jours d’en­re­gis­tre­ment (c’est la rai­son pour la­quelle j’ai dé­cou­vert la né­ces­si­té d’une pe­tite sieste du­rant les après-mi­di, afin de mé­na­ger mon éner­gie !). Ap­prendre à gé­rer celle-ci pour ga­gner du temps est un bon exer­cice. J’ai res­pec­té le plan­ning que je m’étais fixé, à sa­voir toutes les …tudes-Ta­bleaux le pre­mier jour, puis Pro­ko­fiev le deuxième, et, en­fin, Scria­bine le troi­sième. Je suis vrai­ment heu­reux du ré­sul­tat fi­nal.

« Tout le pro­gramme de ce disque tourne au­tour de l’an­née 1917. »

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