AP­PREN­TIS­SAGE

L’heure des bonnes ré­so­lu­tions a son­né ! Et si vous re­trou­viez le che­min de votre ins­tru­ment, trop long­temps dé­lais­sé ? Nous vous ai­dons à re­trou­ver les bons ré­flexes.

Pianiste - - SOMMAIRE - Alexandre So­rel

Les bons ré­flexes pour vous re­mettre au pia­no

ma­gi­nons un ins­tant : au­tre­fois, c’est votre mère qui vous em­me­nait à votre le­çon de pia­no. Ou bien était-ce votre grand-mère ? C’était le soir, après l’école, il fai­sait froid. Par­fois, même, il pleu­vait, et vous al­liez au conser­va­toire en lui te­nant la main… Hé­las, vous au­riez tel­le­ment pré­fé­ré res­ter à la mai­son ! Jouer avec les amis, lire des bandes des­si­nées, ne rien faire, tout sim­ple­ment… Ou alors, une dame ve­nait à do­mi­cile don­ner la le­çon, et vous vous ca­chiez sous le pia­no afin qu’elle ne vous trouve pas… Quoi qu’il en soit, le di­manche, votre mère vous de­man­dait im­man­qua­ble­ment : « Est-ce que tu as tra­vaillé ton pia­no ? Mais en­fin, tu sais bien ce que t’a dit ton pro­fes­seur : une heure par jour, au mi­ni­mum ! » C’était tou­jours la même ren­gaine. Ah ! qu’ils étaient hon­nis, ce pia­no de mal­heur et ce per­son­nage aus­tère qui vous for­çait à ra­bâ­cher sem­pi­ter­nel­le­ment la gamme de ré ma­jeur, avec ses deux dièses ! Et puis, d’ailleurs, pour­quoi deux dièses ? Pour­quoi pas trois, ou zé­ro ? Vous ne com­pre­niez rien à l’af­faire. Et quant à Czer­ny ou Ha­non, qu’avaient-ils be­soin de nous tor­tu­rer avec leurs Heures du ma­tin ? Il y avait vrai­ment de quoi gâ­cher toute la sainte journée. Oui, mais voi­là… Vingt an­nées ont pas­sé (ou plus), et vous re­gret­tez amè­re­ment de ne pas avoir conti­nué le pia­no. Tel de vos amis brille lors de vos soi­rées en égre­nant né­gli­gem­ment un air de jazz ou une valse de Cho­pin, et vous le re­gar­dez avec une ja­lou­sie gran­dis­sante. Ses doigts courent sur le cla­vier, lestes comme des oi­seaux. Tous les re­gards, fas­ci­nés, sont fixés sur lui ! « Comme il a de la chance ! », pen­sez-vous. Et d’ajou­ter, en votre for in­té­rieur : « Oui, mais, pour moi, c’est trop tard… Ah ! si j’avais fait l’ef­fort ! » Ne pen­sez pas ain­si ! Et, sur­tout, ne vous ren­dez pas cou­pable. La faute de votre aban­don de ja­dis doit plu­tôt être im­pu­tée à ces pro­fes­seurs que Charles Bau­de­laire nom­mait des « pro­fes­seurs de pia­no or­tho­pé­distes ». Car ce sont eux qui vous ont mal gui­dé(e), à l’époque, en vous as­som­mant d’exer­cices, de gammes et d’ar­pèges, d’arides prin­cipes de sol­fège, vous dé­tour­nant ain­si de la vraie mu­sique, du plai­sir, du beau et de l’agréable. Fort de ce constant, que faut-il faire, alors, lorsque l’on veut se re­mettre au pia­no ?

Par quoi faut-il (re)com­men­cer ?

AI­MER. C’est très simple : la pre­mière chose, la base de tout ap­pren­tis­sage du pia­no, ce doit être l’amour. L’amour de la mu­sique et du mor­ceau que vous dé­ci­dez de jouer. Car rien ne se fait de bien sans amour. C’est vous qui al­lez l’exé­cu­ter, et per­sonne d’autre. Or, si vous ne l’ai­mez pas, vous ne pour­rez pas bien le jouer. L’es­sen­tiel est donc de choi­sir une pe­tite pièce que vous plaît vrai­ment. Il faut que vous l’ayez dé­jà en­ten­due, qu’elle vous charme et chan­tonne dé­jà dans votre tête.

NE PAS METTRE LA BARRE TROP HAUT. Quel que soit votre ni­veau pas­sé, pour vous re­mettre au pia­no après ce long si­lence, ne choi­sis­sez sur­tout pas une oeuvre trop dif­fi­cile re­la­ti­ve­ment à votre an­cien ni­veau. Au contraire, elle doit être plus fa­cile. Don­nez­vous les moyens de vous faire plai­sir, de vous va­lo­ri­ser, et aus­si de faire plai­sir à votre en­tou­rage ! Si vous avez un pro­fes­seur pour vous conseiller, c’est par­fait. Il pour­ra vous pro­po­ser plu­sieurs mor­ceaux et, sur­tout, vous les jouer, vous les faire en­tendre. Ce guide bien­veillant peut aus­si être un ami pia­niste ama­teur, un col­lègue mé­lo­mane. Si vous ne dis­po­sez pas d’un tel ap­pui ? Nous vous pro­po­sons jus­te­ment, dans ce nu­mé­ro de Pia­niste, nombre de mor­ceaux de Mo­zart très jo­lis et as­sez fa­ciles d’ac­cès. Quoi de mieux que du Mo­zart pour vous y re­mettre ? C’est tout de même le gé­nie ab­so­lu de la mu­sique ! Voi­ci, donc, plu­sieurs pe­tites oeuvre que ce pro­dige com­po­sa entre 5 et 9 ans (ce­la donne le tour­nis…). Choi­sis­sez celle qui vous semble la plus plai­sante. Pre­nons, par exemple, le pe­tit Me­nuet KV5 *. Il est fort joyeux, vif, peu dif­fi­cile, et sonne très bien.

Comment s’y prendre ?

CHAN­TER. D’abord, ap­pre­nez à chan­ter la mé­lo­die de main droite. Par ana­lo­gie, si l’on veut des­si­ner un arbre, que faut-il faire ? Il faut d’abord re­gar­der l’arbre, exa­mi­ner sa forme et ses pro­por­tions. En­suite seule­ment, votre crayon ou votre pin­ceau peut se po­ser sur la toile et des­si­ner. Pour vos doigts, c’est la même chose : ils ne peuvent des­si­ner la mu­sique sur les touches du pia­no que si vous avez cette mu­sique dans l’oreille, que vous sa­vez la chan­ter… Cho­pin ré­pé­tait : « Il vous faut chan­ter si vous vou­lez jouer du pia­no. » C’est le plus im­por­tant à sa­voir dans l’art du pia­no, et on l’ou­blie bien trop sou­vent. Si tant de per­sonnes ont aban­don­né la pra­tique, c’est qu’on ne les a pas per­sua­dées qu’il faut sa­voir chan­ter chaque note du mor­ceau

Il faut ai­mer un mor­ceau pour bien l’in­ter­pré­ter

avant de le jouer (même celles de la main gauche) et, tout au­tant que les doigts, en­traî­ner la voix et l’oreille mu­si­cale. Ne dis­po­sant pas du bon ou­til, elles se sont dé­cou­ra­gées. Vous vou­lez re­com­men­cer le pia­no ? Alors, re­pre­nez sur de bonnes bases, avec une vi­sion vraie, juste et saine de la mu­sique – et pas seule­ment du pia­no –, et vous ver­rez que vos pos­si­bi­li­tés de pro­gres­sion sont sans li­mites.

NUAN­CER. Jouez tou­jours en cher­chant à nuan­cer chaque phrase, chaque note sous vos doigts, de la plus belle ma­nière pos­sible. Ne jouez ja­mais « seule­ment pour les notes », mais tou­jours avec mu­si­ca­li­té. Ces pia­nistes dé­cou­ra­gés se­raient bien moins nom­breux si, à la place d’heures et d’heures de ra­bâ­chage inu­tile, on leur rap­pe­lait que l’on joue du pia­no pour émou­voir, pour pro­duire de la mu­sique qui touche l’âme et le coeur. C’est jus­te­ment en cher­chant la beau­té du son et de la phrase que l’on dé­ve­loppe au mieux, au pia­no, la tech­nique et le tou­cher. Une pro­gres­sion optimale

ÉTU­DIER AVEC MÉ­THODE. Si vous re­com­men­cez le pia­no, n’ou­bliez pas non plus ce­ci : jouer, c’est en­traî­ner nos ré­flexes. Or, les fausses notes peuvent « s’in­crus­ter » dans nos doigts tout au­tant que les notes justes. Sa­voir comment s’exer­cer est donc es­sen­tiel pour ac­qué­rir une bonne tech­nique : il faut pro­cé­der avec mé­thode, ja­mais en « mode brouillon ». Dans notre pe­tit Mo­zart, par exemple, jouez d’abord le mor­ceau d’un bout à l’autre (com­men­cez par le plai­sir : il est bon d’avoir une idée de l’en­semble, même si ce n’est pas par­fait !). Puis pas­sez aux choses sé­rieuses : étu­diez alors mains sé­pa­rées, bout par bout, frag­ment par frag­ment. Dites-vous, par exemple : « Au­jourd’hui, je vais ap­prendre d’abord la pre­mière ligne, la main droite toute seule, jus­qu’à ce que ce­la soit bien. » Ap­pre­nez à fa­çon­ner mu­si­ca­le­ment ce pe­tit pas­sage, jus­qu’à ce qu’il vous pa­raisse beau et nuan­cé, et qu’il n’y ait plus aucune hé­si­ta­tion ni fausse note. Si vous n’en êtes pas ca­pable à la vi­tesse nor­male du mor­ceau (le tem­po), jouez plus len­te­ment. De­main, vous pas­se­rez au frag­ment sui­vant et voi­là tout ! En pro­cé­dant ain­si, vous ap­pren­drez en beau­coup moins de temps. Gardez à l’es­prit la fable de La Fon­taine, Le Lièvre et

la Tor­tue : sa mo­rale vous se­ra utile ! Il y a grand avan­tage à étu­dier ain­si. D’abord, les pé­riodes d’études sont moins longues, on se fa­tigue moins. En­suite, en ten­tant d’amé­lio­rer des pas­sages dif­fé­rents, jour après jour, on ne se lasse pas du mor­ceau. Il faut gar­der de la fraî­cheur d’es­prit quand on joue. Si­non, comment de­ve­nir un ar­tiste ?

PAR­FAIRE VOS CONNAIS­SANCES. Si vous êtes fer­me­ment dé­ci­dé à re­prendre la pra­tique du pia­no, il va fal­loir ap­pré­hen­der vrai­ment le mor­ceau et dé­cor­ti­quer ce qui le com­pose, c’est-à-dire le sol­fège, l’har­mo­nie et les de­grés de la gamme sur les­quels le jouer. Pour ce faire, vous pou­vez faire ap­pel à un pro­fes­seur ou consul­ter les livres adé­quats. Res­sen­tir la mu­sique, vi­brer avec elle, c’est bien sûr le plus im­por­tant. Mais si vous vou­lez pro­gres­ser du­ra­ble­ment et gran­dir dans la mu­sique, il vous fau­dra ap­prendre à nom­mer et dé­crire ses élé­ments consti­tu­tifs. Si vous faites tout ce­la avec sin­cé­ri­té et pa­tience, nul doute que vous réa­li­se­rez votre rêve : vous re­joue­rez du pia­no, et pro­ba­ble­ment mieux qu’au­tre­fois ! Nous vous sou­hai­tons donc un bon re­tour dans le monde mer­veilleux de la mu­sique et du pia­no, un uni­vers sans fin qui, si l’on s’y plonge avec vo­lon­té, coeur et sa­gesse, peut li­vrer la clé du bon­heur.

Pou­voir chan­ter les notes avant de les jouer est es­sen­tiel

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