3 ques­tions à… Flo­rian Noack

Le jeune pia­niste belge n’hé­site pas à pia­no­ter entre deux voyages.

Pianiste - - REPORTAGE - Pro­pos recueillis par Au­ré­lie Moreau

Vous est-il dé­jà ar­ri­vé de jouer dans une gare ? Je le fais as­sez vo­lon­tiers. J’in­ter­prète sou­vent des pièces grand pu­blic ou celles que j’ai dans les doigts. Là, il se trouve que je re­viens du Mexique et je me suis re­trou­vé dans un aé­ro­port, à At­lan­ta. Il y avait un pia­no à queue sur le­quel jouait un pia­niste de jazz. Je suis res­té pour l’écou­ter, car j’aime bien le « vieux jazz » des an­nées 1920-1930. Puis je lui ai de­man­dé si je pou­vais uti­li­ser le pia­no. Ce­la crée tou­jours des pe­tits mo­ments de contact ou d’échange. Lorsque l’on joue, c’est l’oc­ca­sion d’en­trer en re­la­tion di­recte avec les gens. Par­fois, ils écoutent et font un pe­tit signe de re­mer­cie­ment. Un jour, à la gare de Liège où un pia­no à queue était ins­tal­lé, j’ai com­men­cé à in­ter­pré­ter un peu de Schu­mann et de Men­dels­sohn et une pe­tite foule s’est ras­sem­blée au­tour de moi. Au moins 80 per­sonnes ont ap­plau­di conscien­cieu­se­ment après chaque mor­ceau. Un em­ployé de gare s’est alors di­ri­gé vers moi et m’a dit: « Jouez moins fort! On en­tend même plus les an­nonces, c’est pé­nible ! » Se­riez-vous prêt à or­ga­ni­ser un concert dans une gare ou un aé­ro­port ? C’est im­por­tant que la mu­sique soit pré­sente. Je ne sais pas de quelle fa­çon le ré­ci­tal pour­rait se mettre en place car les gares sont des lieux de pas­sage. Ce qui est pri­mor­dial, c’est que l’on puisse écou­ter de la mu­sique clas­sique par ha­sard, car se rendre dans une salle de concert est dé­jà une dé­marche in­for­mée. Au­jourd’hui, In­ter­net nous pro­pose des conte­nus en fonc­tion de ce qui nous intéresse. Il fau­drait of­frir l’op­por­tu­ni­té, même de ma­nière for­tuite, de tom­ber sur quelque chose que l’on ne connaît pas et se lais­ser la chance d’ap­pré­cier cette dé­cou­verte. Comment rendre la mu­sique ac­ces­sible au plus grand nombre? Il fau­drait par­ve­nir à sor­tir l’au­di­teur d’un rôle pu­re­ment pas­sif. Le ré­ci­tal clas­sique où l’on exige de lui qu’il ne parle, ni ne bouge ne cor­res­pond pas à notre mode de vie ac­tuel. Ce qui est in­té­res­sant avec un vio­lo­niste ou un trom­pet­tiste, c’est qu’il peuvent par­ti­ci­per de ma­nière théâ­trale à un concert. Ils ont la pos­si­bi­li­té de se mou­voir dans l’es­pace lors­qu’ils jouent. Le pia­no est idéal, mais le fait que le pia­niste soit sta­tique reste pro­blé­ma­tique.

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