AH, VOUS DI­RAI-JE MO­ZART

Le pia­niste et chef al­le­mand Ch­ris­tian Za­cha­rias fré­quente as­si­dû­ment Wolf­gang. Ses conseils pour jouer sa mu­sique.

Pianiste - - LE COIN DES AMATEURS - avec Ch­ris­tian Za­cha­rias

Mo­zart ne par­donne rien.

Il montre qui vous êtes. Le moindre chi­chi sen­ti­men­tal s’en­tend im­mé­dia­te­ment. Tout res­sort beau­coup plus que chez les com­po­si­teurs ro­man­tiques ou même que chez Bee­tho­ven.

Il faut avoir une âme d’en­fant.

En tout cas, jouer Mo­zart avec l’in­no­cence d’un en­fant. Pour­tant, je constate que sou­vent les grands mo­zar­tiens se mettent à Mo­zart tar­di­ve­ment. Mais ce­la n’em­pêche pas la jeu­nesse d’es­prit! Je pense bien sûr à Cla­ra Has­kil: son Mo­zart n’est ja­mais lourd, ni pe­sant, et ne cherche pas à vé­hi­cu­ler un mes­sage phi­lo­so­phique. J’ai un sou­ve­nir d’en­fance : je par­ti­ci­pais à un concours à Stutt­gart. Une jeune pia­niste amé­ri­caine de 11 ans y a joué le Ron­do en ré

ma­jeur. C’était le rêve: l’en­fant qui s’em­pare de Mo­zart avec toute son in­no­cence, sa spon­ta­néi­té et sa sim­pli­ci­té. Je suis pré­sident du Concours Cla­ra Has­kil. J’en­tends beau­coup de Mo­zart et je re­marque que les pia­nistes les moins à l’aise dans sa mu­sique sont ceux qui ont trop de tech­nique!

On peut ima­gi­ner une cla­ri­nette, un hautbois, un vio­lon, un chan­teur…

Si on veut vrai­ment tra­vailler Mo­zart, ce­la aide à la com­pré­hen­sion, à sai­sir l’es­prit de cette mu­sique. Il faut s’ou­vrir, ne pas être que dans le cô­té « pia­no ». Per­son­nel­le­ment, je joue ra­re­ment son ré­per­toire pour pia­no seul. Pour moi, ses oeuvres les plus ac­com­plies sont celles qui im­pliquent un par­te­naire. Au pia­no, il me manque la ré­ac­tion d’un autre ins­tru­ment.

Mo­zart tombe fa­ci­le­ment sous les doigts.

Sa mu­sique est ex­trê­me­ment bien pen­sée pour la main. Il y a des mo­ments où son écri­ture de­vient très ex­perte tech­ni­que­ment. Là, vous pou­vez prendre un trait mo­zar­tien comme une étude. Il est im­por­tant de ne pas dé­con­nec­ter l’ap­pren­tis­sage tech­nique de la mu­sique.

Cer­tains grands tubes sont ac­ces­sibles aux ama­teurs.

C’est une chose fantastique que de pou­voir abor­der ces grandes oeuvres. Mais la plu­part des pro­fes­sion­nels n’osent pas… Je ne connais per­sonne, par­mi mes col­lègues, qui joue cette mu­sique en pu­blic. Ce n’est plus du Mo­zart, c’est du Co­ca-Co­la ! Je veux dire par là qu’il est ex­trê­me­ment dif­fi­cile de faire en­tendre ces mor­ceaux cé­lèbres comme pour la pre­mière fois. Quand l’Or­chestre de Pa­ris m’a de­man­dé de di­ri­ger la Pe­tite mu­sique de nuit, le tube ab­so­lu, j’ai hé­si­té. Fi­na­le­ment, je suis ar­ri­vé à une ver­sion où j’ai eu le sentiment de dé­cou­vrir cette page le jour où je l’ai jouée.

Les pe­tits me­nuets sont for­mi­dables pour en­trer dans Mo­zart.

Les oeuvres de Mo­zart en­fant nous per­mettent de pé­né­trer dans la cui­sine de ce grand gé­nie. Cer­taines pièces sont des vé­ri­tables pé­pites pour cla­vier.

Le Lar­ghet­to du Concer­to n°27 est l’es­sence même de sa mu­sique.

Pia­nis­ti­que­ment, il n’y a rien de plus fa­cile. Mais quand ces notes sonnent avec jus­tesse, c’est le fruit de l’ex­pé­rience d’une vie. Il s’agit de tout rendre avec la plus grande sim­pli­ci­té. Sans être trop simple : quand la sim­pli­ci­té trouve sa trans­cen­dance, on at­teint la pu­re­té. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.