LA COURSE AU SO­LER

Après une se­maine mar­quée par quatre vic­toires d’étapes fran­çaises, c’est le vain­queur du Tour de l’ave­nir 2015 qui s’est im­po­sé à Nice. À 24 ans, Marc So­ler fait par­tie de la jeune garde d’une Mo­vis­tar qui vit au rythme de son trio star Quin­ta­na-val­verde

Planète Cyclisme - - PARIS-NICE -

Àune se­maine de Mi­lan-san Re­mo, deux équipes World­tour au­raient pu faire la fête en même temps à des cen­taines de ki­lo­mètres de dis­tance. Par la ma­gie du vé­lo, les Aus­tra­liens de Mit­chel­ton-scott et les Es­pa­gnols de Mo­vis­tar, en course sur Tir­re­no-adria­ti­co et Pa­ris-nice en même temps et aux mêmes heures, s’im­po­saient en pa­ral­lèle sur des étapes-clés des deux courses d’une se­maine au point de se rap­pro­cher éga­le­ment des vic­toires fi­nales sur les deux épreuves. Mal­heu­reu­se­ment pour l’une d’elle, ce­la ne se pas­se­ra pas comme es­pé­ré. Le sa­me­di en Ita­lie, c’était vic­toire au som­met pour Mi­kel Lan­da (Mo­vis­tar) avant celle d’adam Yates (Mit­chel­ton-scott) le di­manche. Et en France, in­ver­se­ment, le sa­me­di Si­mon Yates re­vê­tait le maillot jaune de lea­der après sa vic­toire d’étape à la Col­miane (un an après celle à Fayence) avant que ce soit la Mo­vis­tar qui re­cueille le fruit de son tra­vail le di­manche ! La si­mi­li­tude de ces des­tins d’équipes s’ar­rê­te­ra là. Seule la Mo­vis­tar a réus­si un gros coup en rem­por­tant le clas­se­ment fi­nal sur Pa­ris-nice (et Mit­chel­ton-scott n’a pas rem­por­té Tir­re­no non plus). Si­mon Yates, qui es­pé­rait avoir fait le plus dur sur la course au so­leil le sa­me­di, a dû dé­chan­ter, moins bien le len­de­main, face à la vis­ta et la ma­lice d’un jeune élé­ment de l’ad­ver­saire es­pa­gnol. Dans une équipe où un trio de stars fait la loi et les ré­sul­tats, c’est un jeune plein de pro­messes qui lui a ap­por­té sa 8e vic­toire de la sai­son : Marc So­ler ! Re­te­nez bien ce nom, car on pour­rait vite re­voir le Ca­ta­lan au plus haut ni­veau. Vic­to­rieux du Tour de l’ave­nir en 2015, il est ar­ri­vé dans le pe­lo­ton pro en 2016. Mais s’il a ga­gné dès le mois de juin sur la Route du Sud sa pre­mière vic­toire dans les rangs pro­fes­sion­nels au sprint de­vant… Nai­ro Quin­ta­na et le Bri­tan­nique Hugh Car­thy, la suite n’a pas - fin 2016 et en 2017 - confir­mé le ta­lent en­tre­vu sur la course de ré­fé­rence des Es­poirs à l’au­tomne 2015 (qu’il avait ga­gnée sans rem­por­ter d’étapes, mais en mai­tri­sant Oo­men, He­nao, de Plus ou Martin en mon­tagne). Pour­tant, les louanges pleuvent à son égard. Joa­quim Ro­dri­guez le pré­sente comme le fu­tur grand du cy­clisme es­pa­gnol par « ses qua­li­tés in­croyables en haute mon­tagne et sa fa­cul­té à bien pro­fi­ter de son grand ga­ba­rit sur les contre-le­montre » et on le com­pare ai­sé­ment à Mi­guel In­du­rain et Al­ber­to Con­ta­dor ! Marc, qui de­vait briller dans une équipe s’at­ti­rant toute l’at­ten­tion par les ré­sul­tats de Nai­ro Quin­ta­na et Ale­jan­dro Val­verde, re­met les choses au clair. Il es­pé­rait ga­gner bien­tôt sur le World­tour, c’est fait sur une des plus belles pe­tites courses par étapes.

Des stars de moins en moins nom­breuses, une course tou­jours plus ser­rée

« C’est l’ac­com­plis­se­ment d’un rêve. J’ai res­sen­ti une très grosse émo­tion. Je suis fier de me re­trou­ver au pal­ma­rès de cette épreuve, aux cô­tés d’autres très grands noms du cy­clisme. Je pro­gresse chaque an­née et je m’ha­bi­tue à cou­rir dans des courses de cette ca­té­go­rie. Pe­tit à pe­tit, je conti­nue. » Alors qu’on se di­sait que Yates avait peut-être cal­mé tout le monde le sa­me­di soir en s’im­po­sant seul à la Col­miane, un grand es­pa­gnol lon­gi­ligne de 24 ans a don­né une le­çon tac­tique à un pe­lo­ton de nou­velles têtes. « Après tout le temps que j’avais per­du le sa­me­di (46’’ sur l’aus­tra­lien), je n’es­pé­rais pas me re­trou­ver en si bonne po­si­tion le di­manche. Avec l’équipe, nous avons pla­ni­fié une stra­té­gie sur une at­taque loin de l’ar­ri­vée, à une qua­ran­taine de km du but. » Dans la côte de Peille, dif­fi­cul­té qui avait failli of­frir la vic­toire sur Pa­ris-nice par le pas­sé à Al­ber­to Con­ta­dor : « j’ai ten­té de co­pier ce qu’il avait fait pour pié­ger le maillot jaune. Je m’en suis sou­ve­nu. » À l’in­verse du Pis­to­le­ro, la tac­tique a bien fonc­tion­né pour le cou­reur is­su du club Ama­teurs de Li­zarte, centre de for ma­tion des Mo­vis­tar. « Fraile était de­vant, de la Cruz nous a re­joint. À par­tir de ce mo­ment-là, je ne me suis plus po­sé de ques­tion. C’était “full gaz” ! » Et voi­là comment, pour quelques se­condes de plus, Marc a rem­por­té le pre­mier gros suc­cès de sa car­rière ! Dans une course où les stars sont de moins en moins nom­breuses, le sus­pense est tou­jours plus pré­sent. 2’’ d’écart en 2017 au pro­fit d’he­nao sur Con­ta­dor et 4’’ en­core en 2016 (pour Tho­mas de­vant Con­ta­dor), le nom du vain­queur n’au­ra été dé­cou­vert en­core que le di­manche en fin d’après-mi­di avec un écart 1er-2e de 4’’. Si Dé­mare, vain­queur le pre­mier soir, ne se fai­sait au­cune illu­sion sur son ap­ti­tude à rap­por­ter le maillot jaune à Nice, San­chez (As­ta­na), lea­der du­rant quatre jours et sur­tout Yates ont cru pou­voir l’em­por­ter. Mais dans une épreuve sans grosses stars (Froome, Bar­det, Gil­bert, van Aver­maet, Sa­gan, Tho­mas, Du­mou­lin à Tir­re­no, Pi­not et Quin­ta­na en pré­pa) mal­gré la pré­sence de Bar­guil, Ala­phi­lippe, Za­ka­rin, He­nao, Rol­land ou Gal­lo­pin, des “nou­velles têtes” ont brillé au som­met du clas­se­ment. Der­rière So­ler, on re­trouve Yates à 4’’ seule­ment, les frères Iza­girre (Bah­rain-me­ri­da) et les Belges Wellens (Lot­toSou­dal) et Theuns (BMC). Un clas­se­ment qui sort de l’or­di­naire, ren­dant la course in­cer­taine jus­qu’au bout. Le spec­tacle, So­ler l’a fait à la Con­ta­dor et on s’en contente. ui ? « On ne va pas le brus­quer. Ce n’est pas dans son ca­rac­tère, mais avec ses énormes qua­li­tés, il est ca­pable d’al­ler très loin. Il ne vous di­ra ja­mais qu’il veut rem­por­ter le Tour, mais je pense qu’il en est ca­pable ! » Ces pro­pos d’eu­se­bio Un­zue, pa­tron de l’équipe, se passent de com­men­taire. Ce­lui qui avait fait ga­gner In­du­rain dans les an­nées 90 sait que quoi il parle.

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