À LA FIN C'EST TOU­JOURS UN FDJ QUI GAGNE !

An­tho­ny Roux a une belle his­toire. Sans re­gret, ce­lui de ne pas faire le Tour. Le cou­reur de Grou­pa­ma-fdj a mar­né comme un fou au ser­vice de Pi­not sur le Gi­ro avant de se re­lan­cer au mois de juin en s'im­po­sant une dis­ci­pline mo­na­cale. Roux le per­sé­vé­rant

Planète Cyclisme - - CHAMPIONNAT -

Ne cher­chez pas le maillot de champion de France sur le Tour, il n'y est pas ! C'est dom­mage, mais c'est comme ça. An­tho­ny Roux est un su­perbe cou­reur, mais il a suf­fi­sam­ment don­né au Gi­ro, à fer­railler pour Thi­baut Pi­not, que la Grande Boucle n'était ab­so­lu­ment pas dans son pro­gramme cet été. Le nou­veau champion de France n'a au­cun re­gret : « Il y a 5 ou 6 ans, la sé­lec­tion pour le Tour se fai­sait au cul du bus. Marc Ma­diot nom­mait les gars un à un en di­sant “tu y vas parce que tu as fait un bon cham­pion­nat de France”. Mais ça c'est fi­ni main­te­nant. Le Tour est pré­pa­ré de­puis 6 mois et pas uni­que­ment au mois de juin, sur le tard avec des cou­reurs qui marchent bien à ce mo­ment-là. Cha­cun a un rôle dans l'équipe et moi, cette an­née, c'était de ne pas al­ler sur le Tour de France, mais bien sur le Gi­ro pour ai­der Thi­baut Pi­not. » Ma­diot avait don­né son équipe une di­zaine de jours plus tôt avec une équipe ar­ti­cu­lée au­tour du sprin­teur Ar­naud Dé­mare. Alors Roux, avec son beau maillot de champion de France, at­ten­dra le Tour de Wal­lo­nie pour re­ve­nir en selle. « Je ne suis pas dé­çu de ne pas al­ler sur le Tour de France, car je n'ai pas la mo­ti­va­tion d'y être. Le Gi­ro a été dur phy­si­que­ment et émo­tion­nel­le­ment avec Thi­baut. J'ai vrai­ment be­soin de souf­fler. Je vais faire un break avant de re­ve­nir en Bel­gique. » Toutes les équipes n'ont pas la même po­li­tique. Bou­han­ni jouait sa carte sur le Cham­pion­nat de France pour al­ler au Tour avec l'équipe Co­fi­dis et si Cy­ril Gau­tier (11e à 24’’) avait été en Bleu-blanc-rouge,vincent La­ve­nu au­rait re­vu sa po­si­tion pour in- té­grer le Bre­ton chez ag2r La Mon­diale à la place d'un cou­reur nom­mé dès le 19 juin. Jo­sé Mes­ser, le di­rec­teur du spon­sor ing de cette équipe, me­sure l'im­por­tance de ces cou­leurs sur une épreuve comme le Tour : « Le maillot de champion de France doit être sur le Tour pour ag2r La Mon­diale bien évi­dem­ment. C'est pour cette rai­son aus­si que Cy­ril était rem­pla­çant à la no­mi­na­tion du groupe pour le Tour. » Grou­pa­ma-fdj n'a pas fait ce choix, mais l'équipe fran­çaise a une bonne ex­cuse avec un An­tho­ny Roux les­si­vé après la pre­mière par­tie de sai­son : « J'ai at­teint mon pic de forme sur ces Cham­pion­nats de France. Mais dans une se­maine, je se­rai hors du coup » no­tait le rou­leur-pun­cheur au ser­vice de Pi­not ré­gu­liè­re­ment, qui concré­tise plus un but qu'un rêve avec ce maillot. Il s'en ex­plique : « J'ai tou­jours trou­vé classe le fait qu'un cou­reur soit champion de son pays et qu'il gagne une étape sur les trois Grand Tour. Je suis à mi-che­min (il a rem­por­té une étape sur la Vuel­ta 2009). Main­te­nant, il me reste deux étapes à rem­por­ter sur deux Grand Tour. Plus que des rêves, c'était des buts que j'avais en dé­bu­tant ma car­rière. » Le nou­veau champion de France a une quin­zaine de vic­toires chez les pros, mais au­cune n'a le ca­rac­tère de ce titre : « Je ne m'étais pas dé­cou­ra­gé pour pré­pa­rer les Cham­pion­nats, mais je m'étais dit que ma chance était pas­sée, car des jeunes ar­ri­vaient der­rière avec de gros po­ten­tiels. Je pen­sais que ce se­rait com­pli­qué d'être champion de France. Mais en cou­rant sans pres­sion, ça m'a sou­ri et c'est tout sim­ple­ment fou d'avoir ce maillot. » Phi­lo­sophe, ce fi­dèle de la bande à Ma­diot - 11 ans dans la même équipe - avoue sans fard : « Il ne faut pas lâ- cher le mor­ceau. Les pé­pins qui ar­rivent dans une car­rière, ça forge un homme. On sort tou­jours plus grand de dé­faites ou de pro­blèmes de san­té, de chutes. Il faut en­cais­ser et être heu­reux d'être pro et per­sé­vé­rer pour ga­gner. »

Der­nier warm up avant le Tour pour beau­coup

Ju­lian Ala­phi­lippe s'est ras­su­ré dans l'op­tique du Tour sur ce Cham­pion­nat de France : « On n'était que trois cou­reurs. Alors, il fal­lait être pa­tient. Je l'ai été. Je n'ai pas de re­gret, car An­tho­ny Roux est un beau champion de France. Il était plus ra­pide que moi au sprint et son équipe a bien ma­noeu­vré pour ga­gner. » Le meilleur pun­cheur du monde - c'est comme ça que le dé­fi­nit An­tho­ny Roux - était ac­com­pa­gné du gros rou­leur Rémi Ca­va­gna et de Flor ian Sé­né­chal à Mantes- La- Jo­lie. Alors ce n'était pas sur eux que re­po­sait la course. « J'ai fait une grosse se­maine de stage avant ce Cham­pion­nat de France et avant le dé­part du Tour, je fais une re­con­nais­sance avec l'équipe des pa­vés de Rou­baix et sur­tout c'est ré­cu­pé­ra­tion. » L'an­cien sé­lec­tion­neur de l'équipe de France, Ber­nard Bour­reau, en fi­dèle as­si­du des Cham­pion­nats no­tait que la ré­cu­pé­ra­tion avant le Tour se­rait un fac­teur im­por­tant. Il f ai­sait 32° dans les Yve­lines et les cou­reurs ont ava­lé plus de 250 km : « Les gars sont bien pré­pa­rés pour le Tour, mais ça a été un Cham­pion­nat de France très dur avec cette c ha­leur. Ceux qui sont sur le Tour doivent d'abord pen­ser à bien ré­cu­pé­rer avant le grand dé­part en Ven­dée. »

“Il y a 5 ou 6 ans, la sé­lec­tion pour le Tour se fai­sait au cul du bus à l'is­sue du Cham­pion­nat de France avec Marc Ma­diot. Main­te­nant, c'est dif­fé­rent. Le Tour est pré­pa­ré de­puis 6 mois et pas uni­que­ment au mois de juin, sur le tard avec des cou­reurs qui marchent bien !” AN­THO­NY ROUX (GROU­PA­MA-FDJ)

War­ren Bar­guil, Guillaume Mar­tin, Pier re La­tour, Rudy Mo­lard, An­tho­ny Tur­gis sont au­tant de cou­reurs qui se sont ras­su­rés à Mantes-la-jo­lie une se­maine avant le dé­part du Tour à Noir­mou­tier. Ce qui n'était pas for­cé­ment le cas de To­ny Gal­lo­pin qui fe­ra un so­leil à la mi-course et fut conduit à l'hô­pi­tal pour des exa­mens. Plus de peur que de mal pour le Par isien qui res­tait a prio­ri dans les starts pour son hui­tième Tour de France, confir­mé par l’équipe le soir même.

La Fé­dé­ra­tion va se fâ­cher

Romain Bar­det ne fait plus les Cham­pion­nats de France de­puis 3 ans ! C'est comme si Ted­dy Ri­ner ne fai­sait pas le Tour­noi de Pa­ris de Judo. Alors la Fé­dé­ra­tion, en ac­cord avec la Ligue Na­tio­nale de Cy­clisme, en­vi­sage sér ieu­se­ment de re­voir son rè­gle­ment pour obli­ger les stars du cy­clisme fran­çais à par­ti­ci­per à cet évé­ne­ment. Michel Cal­lot, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion, veut al­ler vite sur le su­jet : « Une règle s'im­pose désor mais. Marc Ma­diot, le pré­sident de la Ligue, est tout à fait en ac­cord avec moi sur ce su­jet. On a be­soin des meilleurs cou­reurs fran­çais au dé­part du Cham­pion­nat de Fr ance. » Si cette règle est bien vo­tée d'un com­mun ac­cord par la Fé­dé­ra­tion et la Ligue , des sanc­tions ac­com­pa­gne­ront les équipes qui ne jouent pas le jeu. De quel or dre ? Des sanc­tions fi­nan­cières cer tai­ne­ment. Le pr ochain r en­dez- vous des Cham­pion­nats de France est fixé en Loire-at­lan­tique, à La Ha ye-fouas­sière dans le Vi­gnoble nan­tais. Thi­baut Pi­not, Romain Bar­det fe­ront-ils leur grand re­tour à cette oc­ca­sion ? Michel Cal­lot l'es­père, car pour l'ins­tant, il r este au stade des pistes pour les or­ga­ni­sa­tions 2020 et 2021, alor s qu'il sou­hai­tait avoir une pro­gram­ma­tion à moyen ter me sur cet évé­ne­ment, en pla­ni- fiant le tra­vail de dif­fé­rentes villes sur trois ans. Évi­dem­ment, les villes et les co­mi­tés de cy­clisme, pr ivés des stars fran­çaises ces der­nières an­nées, ne se bous­culent pas au por­tillon dans ces condi­tions. Et c'est aus­si pour ce­la que Michel Cal­lot n'a pas de ville or­ga­ni­sa­tr ice au-de­là de 2019 ! Entre trou­ver un site pour l'or­ga­ni­sa­tion des Cham­pion­nats du monde 2023 - le plus im­por­tant étant quand même d'avoir 30 mil­lions d’eu­ros de bud­get - et pla­ni­fier des Cham­pion­nats de France sur des cir­cuits sé­lec­tifs, la Fé­dé­ra­tion n'a pas fi­ni de frap­per aux portes dans les ré­gions « qui ont une culture forte du cy­clisme » aime-t-il ré­pé­ter. En at­ten­dant, la vie d'an­tho­ny Roux n'al­lait pas chan­ger. Mais dans un gros éclat de r ire, il plai­san­tait : « Ça va peut-être chan­ger mon sa­laire ! De­main, je vais man­ger une glace avec mon en­fant en bord de mer. » Ce gar­çon a bien une saine phi­lo­so­phie de la vie, en tout cas.

s rt o Sp e- ss re P J, D F a- m pa u ro G te lis yc C e ip u q É Joie in­tense et émo­tions chez Grou­pa­ma-fdj. Après le bi­sou d’ar­thur Vi­chot, an­cien double champion de France, An­tho­ny Roux ar­rose des membres du staff et des équi­piers de cham­pagne au bus, sous le re­gard amu­sé de Ma­rion Ga­chies, une des at­ta­chées de presse de l’équipe. Au sein de l’équipe, le Cham­pion­nat de France, c’est une tra­di­tion !

Au sprint à Mantes-la-jo­lie, il n’y au­ra pas pho­to. Roux n’y croit pas. Mais il a bien bat­tu Tur­gis, ca­ché, Ala­phi­lippe et La­tour. Du beau bou­lot pour un titre mé­ri­té !

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