Face-à-face : Ni­ba­li vs Quin­ta­na

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EXPÉRIENCE

• Vin­cen­zo NI­BA­LI at­taque son 19e Grand Tour le 7 juillet en Ven­dée à 33 ans. Mais l'ita­lien n'a plus ga­gné une course de trois se­maines de­puis plus de 2 ans quand il avait ren­ver­sé le Tour d'ita­lie à quelques jours de l'ar­ri­vée à Rome. Il avait alors rem­por­té son se­cond Gi­ro avec 52’’ d'avance sur Chaves et 1’17’’ sur Val­verde. Le grim­peur Si­ci­lien a dé­cou­vert le Tour il y a 10 ans. Il y est re­ve­nu ré­gu­liè­re­ment avant sa vic­toire en 2014 où il avait lais­sé le duo Fran­çais Jean-ch­ris­tophe Pe­raud à plus de 7’ et Thi­baut Pi­not à 8’. Il est au dé­part de sa 7e édi­tion à Noir­mou­tier. Mais c'est la mort dans l'âme qu'il avait re­non­cé à se pré­sen­ter au Tour d'ita­lie, ju­geant trop pé­rilleux de ten­ter le dou­blé. Cette im­passe vo­lon­taire met en lu­mière l'ita­lien, qui a l'am­bi­tion lé­gi­time de ga­gner son 2e Tour de France. • Nai­ro QUIN­TA­NA est lan­cé sur son 11e Grand Tour en juillet, mais aus­si son 5e Tour de France après 2013, 2015, 2016 et 2017 où il a ter­mi­né 12e à Pa­ris (son plus mau­vais ré­sul­tat). La car­rière dé­file et, à 28 ans, le Co­lom­bien a be­soin d'être sur la pre­mière marche du po­dium aux Champs-ély­sées pour re­joindre par­mi les cham­pions en ac­ti­vi­té Froome et Ni­ba­li, vain­queurs des trois Grand Tour. Deux fois 2e du Tour (2013 et 2015) et une fois 3e (2016), il sent que le mo­ment est ve­nu. Il dit avoir tout mis en oeuvre pour ar­ri­ver dans les meilleures dis­po­si­tions au Grand Dé­part avec seule­ment 29 jours de course et une fraî­cheur qu'il n'avait pas l'an der­nier puis­qu'il avait cu­mu­lé Gi­ro et Tour. Mal­gré sa grosse expérience, Quin­ta­na n'a rem­por­té qu'un suc­cès d'étape sur le Tour de France ! Au Sem­noz en 2013 ! C'est peu pour un tel ta­lent. Manque d'agres­si­vi­té en course, trop cal­cu­la­teur, éter­nel sui­veur, Quin­ta­na a bien des dé­fauts pour ga­gner aus­si peu sou­vent sur la Grande Boucle. Si le Quin­ta­na nou­veau est ar­ri­vé, c'est cet été où jamais.

LEUR ÉQUIPE

• BAH­RAIN-ME­RI­DA a échoué dans sa quête du po­dium au Gi­ro avec Do­me­ni­co Poz­zo­vi­vo et ce n'est pas le mo­ment de se plan­ter sur le Tour. Brent Co­pe­land a be­soin d'hommes forts aux cô­tés de Vin­cen­zo Ni­ba­li. Les frères Iza­girre, à nou­veau réunis cette sai­son, de­vraient être ses meilleurs al­liés en mon­tagne, alors que l'aus­tra­lien Hein­rich Hauss­ler a été prié de re­voir son pro­gramme d'en­trai­ne­ment en avril pour être sur la start list du Tour ! Si Ni­ba­li a be­soin de sou­tien en mon­tagne, il doit pou­voir comp­ter sur des cou­reurs ex­pé­ri­men­tés avec une pre­mière se­maine par­se­mée de pièges entre la Bre­tagne et Rou­baix. Hauss­ler, 34 ans, après une sai­son de 12 jours de course en 2017 à cause de mul­tiples bles­sures, se­ra son bo­dy­guard. L'équipe du Moyen- Orient a dé­jà des contrats prêts à être si­gnés avec Ro­han Den­nis, Phil Bau­haus et Mike Teu­nis­sen pour 2019, car cette équipe, à sa nais­sance, ne pro­po­sait que des deals de deux ans. Bon nombre de ceux qui vont ac­com­pa­gner Ni­ba­li sur le Tour ont tout in­té­rêt à briller s'ils veulent rester chez Bah­rain-me­ri­da. Le Si­ci­lien sau­ra alors les ré­com­pen­ser. En fa­mille. • Nai­ro Quin­ta­na roule dans une Dream Team, la MO­VIS­TAR, avec Mi­kel Lan­da, Ale­jan­dro Val­verde,an­drey Ama­dor et la jeune pé­pite Marc So­ler, vain­queur de Pa­ris-nice. Mais il sait aus­si qu'il n'a pas une équipe com­plète à son ser­vice. Ce qui pose pro­blème, c'est une évi­dence, à l'an­cien vain­queur du Gi­ro et de la Vuel­ta. D'ailleurs, son plus grand en­ne­mi est bien chez Mo­vis­tar. De­puis l'ar­ri­vée de l'ex­co­équi­pier de Froome, Mi­kel Lan­da, le Co­lom­bien a sen­ti le vent tour­ner comme si la confiance des di­ri­geants es­pa­gnols n'était plus to­tale. Quin­ta­na n'a pas été ma­lin, l'hi­ver der­nier, en ac­cueillant froi­de­ment Lan­da. Après le ré­cent Tour de Suisse, le Co­lom­bien, moins pé­remp­toire, a évo­qué la stra­té­gie de la Mo­vis­tar en dé­cla­rant à pro­pos du Tour : « Il se­ra im­por­tant d'être très fort dès les pre­miers jours de course. La course est dure dès le dé­but. On ver­ra bien qui se­ra le mieux pla­cé pour as­su­rer le lea­der­ship. » Val­verde, qui n'avait pas pré­vu de cou­rir le Tour, vient en ca­pi­taine de route pour at­té­nuer les ten­sions dans l'équipe. Le Mur­cian était sur la route d'oc­ci­ta­nie quand Quin­ta­na et Lan­da étaient en warm-up. Ils n'ont cou­ru que deux fois en­semble de­puis le dé­but de l'an­née, au Pays Basque et ré­cem­ment au Tour

de Suisse. Le Co­lom­bien marche sur des braises dans son équipe. Pas ras­su­rant avant d'af­fron­ter des su­per­stars bien épau­lées dans leurs.

LA SAI­SON

• Une vic­toire sur Mi­lan-san Re­mo, sui­vi d'un coup de sang au Tour des Flandres, avant un aban­don au Tour du Pays Basque, la pre­mière par­tie de sai­son de Vin­cen­zo NI­BA­LI est contrastée. Dans les Ar­den­naises, on ne l'a pas vu, alors qu'a prio­ri, il était sur un ter­rain fa­vo­rable, no­tam­ment sur Liège-bas­togne-liège. Il fi­ni­ra 43e à la Flèche Wal­lonne et 32e sur la Doyenne ain­si qu'à l'am­stel. On l'a re­trou­vé au Dau­phi­né, mais il n'a jamais été dans le coup sur les quatre grosses étapes de mon­tagne. Au fi­nal, à Saint-ger­vais, il a pris une 24e place dé­ce­vante au gé­né­ral à plus de 21’ du maillot jaune, le Gal­lois Ge­raint Tho­mas. L'ita­lien ne vou­lait pas dra­ma­ti­ser sur un par­cours qu'il ju­geait dif­fi­cile : « Mon ob­jec­tif était de faire cette course sans pres­sion et d'être dans un bon rythme dans la pers­pec­tive du Tour. Je n'al­lais pas sur le Dau­phi­né pour le ga­gner, mais pour tra­vailler ma condi­tion. » L'épreuve fran­çaise n'est pas un in­di­ca­teur pour l'ita­lien. En 2012, il avait ter­mi­né 28e du Dau­phi­né avant de prendre la 3e place à Pa­ris der­rière Wig­gins et Froome. Deux ans plus tard, il était 7e du Dau­phi­né avant de dé­fi­ler en jaune sur les Champs ! Ni­ba­li joue sur son expérience. Les faits en Grand Tour lui donnent rai­son. • Nai­ro QUIN­TA­NA a ga­gné l'étape reine du Tour de Suisse en so­lo après un long raid sur les pentes de l'aro­sa. Il avait be­soin de cette vic­toire pour mar­quer les es­prits à trois se­maines du dé­but du Tour. A-t-il convain­cu pour au­tant ? Pas sûr. Le Co­lom­bien a été faible sur le der­nier c, avec une 38e place à 1'59’’ de la ma­chine Ste­fan Küng. Il a ter­mi­né l'épreuve suisse sur la 3e marche du po­dium der­rière Porte et Fu­gl­sang : « J'étais sur le Tour de Suisse pour être dans le rythme et j'en suis sor­ti avec la cer­ti­tude que j'al­lais amé­lio­rer ma condi­tion phy­sique. Le gros bloc de tra­vail avait été fait avant et pen­dant le Tour de Suisse. » Entre l'an­cien roi de la mon­tagne du Tour 2013 et le grim­peur em­pâ­té d'au­jourd'hui, Quin­ta­na pa­raît noyé dans un marc de ca­fé et c'est toute la Co­lom­bie qui plonge dans le doute. De jeunes Co­lom­biens comme Egan Ber­nal - lire par ailleurs son in­ter­view - ont une meilleure cote que Nai­ro Quin­ta­na qui n'a plus ga­gné de Grand Tour de­puis 2 ans. Le grim­peur de la Mo­vis­tar a dé­bar­qué en Ven­dée avec trois po­diums de­puis le dé­but de sai­son, au Ca­ta­logne puis au Tour de Suisse, sans ou­blier ce­lui du mois de fé­vrier à la Co­lom­bia Oro y Paz qui se pas­sait en fa­mille au pays. L'en­semble est dé­ce­vant pour un cou­reur dont on at­tend beau­coup plus.

LEUR MEN­TAL

• Le re­quin nage dans des eaux calmes de­puis qu'il est chez Bah­rain-me­ri­da. Il a rem­por­té le Tour de Lom­bar­die en oc­tobre 2017 et Mi­lan-

San Re­mo en dé­but de sai­son. Vin­cen­zo NI­BA­LI avait ga­gné son pre­mier Grand Tour avec une Vuel­ta, alors qu'il n'avait que 25 ans ! Il sait com­ment ap­pré­hen­der ce type d'évé­ne­ment, aus­si bien sur la du­rée que dans la du­re­té. Et s'il n'a pas ga­gné de Grand Tour de­puis 2016, il est mon­té deux fois sur des po­diums l'an der­nier, au Gi­ro (3e) et sur la Vuel­ta (2e) : « Je tra­vaille sur mon ob­jec­tif. Je sais où je vais » di­sait-il avant d'en­ta­mer son ul­time pré­pa­ra­tion. Le Si­ci­lien est al­lé peau­fi­ner le tra­vail dans les Do­lo­mites, au Pas­so San Pel­le­gri­no, à 2.000 m. d'al­ti­tude. Le re­quin de Mes­sine reste un re­dou­table pré­da­teur. Même en eaux calmes, il sent l'odeur du sang. Pour ne rien lâ­cher. • Nai­ro QUIN­TA­NA compte les an­nées pas­sées chez Mo­vis­tar. Il est ar­ri­vé chez les Es­pa­gnols en 2012 et il s'est construit une car­rière sous les ordres d’eu­se­bio Un­zué. Quand il faut al­ler au char­bon, le Co­lom­bien trouve l'éner­gie pour bien faire. Mais de­puis trois ans, il des­cend moins sou­vent à la mine et se contente de suivre pour ne pas ex­plo­ser. Quin­ta­na n'est pas fa­cile à cer­ner, même pour Un­zué le ma­na­ger. Cette sai­son, le grim­peur co­lom­bien est res­té long­temps chez lui pour pré­pa­rer le grand ren­dez-vous de la sai­son et il a fait ac­ces­soi­re­ment de la po­li­tique. Il a sou­te­nu le nou­veau pré­sident élu, Ivan Duque. Fi­na­le­ment, la Mo­vis­tar a ré­cu­pé­ré un Quin­ta­na prêt à al­ler au com­bat. Comme Duque dans un pro­ces­sus de dia­logue avec les forces re­belles du pays. Quin­ta­na a dé­mon­tré son en­vie sur la “queen stage” en Suisse. Mais quand il dit « c'est la course qui dé­ci­de­ra qui doit être lea­der chez Mo­vis­tar, » on sent bien qu'il s'élance dans l'in­cer­ti­tude pour le plus grand chal­lenge de sa car­rière après avoir ter­mi­né deux fois 2e du Tour en 2013 et 2015.

VER­DICT

• Quin­ta­na a une équipe plus forte que Ni­ba­li, mais l'ita­lien est dans un groupe bien plus sain et plus so­li­daire, où la hié­rar­chie est clai­re­ment dé­fi­nie. Un pour tous, tous pour Ni­ba­li. La Dream Team des Mo­vis­tar de­vien­dra fi­na­le­ment un han­di­cap pour le Co­lom­bien s'il ne fait pas la dif­fé­rence très tôt pour s'as­su­rer le sou­tien de co­équi­piers. En fin de compte, s'il est bien en jambes sur le Tour,vin­cen­zo Ni­ba­li de­vrait faire par­ler son expérience en 3e se­maine. Le re­quin fait sou­vent la dif­fé­rence à ce mo­ment-là. Dans ce match pal­pi­tant de juillet, NI­BA­LI bat QUIN­TA­NA par chaos !

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